Casablanca : les pêcheurs s’inquiètent de la dangerosité du nouveau port
L’Agence nationale des ports (ANP) a annoncé à Médias24 il y a quelques jours l’achèvement du nouveau port de pêche de Casablanca. Le président de la chambre des pêches maritimes réagit en déclarant que le raccourcissement par 5 de la distance entre l’entrée du port et la côte mettra en danger les bateaux. Kamal Sabri pense que cette nouvelle configuration pourrait les pousser à refuser de déménager leurs activités dans le nouveau port. De son côté, la DG de l’ANP, Nadia Laraki, affirme que le déménagement a déjà commencé et qu’il n’y a aucun risque car les ingénieurs ont tout prévu.
A peine achevé, le nouveau port de pêche de Casablanca suscite des inquiétudes chez le président de la chambre des pêches maritimes de l'Atlantique Nord qui dénonce un projet conçu sans concertation avec la profession et qui pourrait non seulement s’avérer dangereux mais aussi moins lucratif pour les pêcheurs.
Une digue trop courte pour casser la houle
« Le nouveau port pose un vrai problème de sécurité car il n’est plus protégé de la houle par la jetée Moulay Youssef devenue trop courte.
« Concrètement, l'entrée du nouveau port n'a pas, comme l'ancien port, la protection de cette digue car il a été construit au-delà de cette jetée centenaire longue de 3.500 mètres.
« Cela ne manquera pas de poser de gros problèmes aux nombreux bateaux qui rentrent ou partent pêcher en particulier pendant les périodes de mauvais temps.
« Pour éviter cette exposition à la houle, l’ANP aurait dû faire une extension de cette jetée avant de construire le port à l'intérieur d'une zone protégée par cette même digue.
« L’ANP a construit le port sans concertation avec les pêcheurs »
« Je dois préciser que cette lacune va non seulement mettre en danger les bateaux de pêche mais aussi le chantier naval dont les ateliers de réparation sont tout proches de cette zone », dénonce Sabri en accusant, visiblement furieux, l’ANP d'avoir conçu le projet sans concertation avec les opérateurs.
« L’Agence a travaillé seule sans se concerter avec les professionnels de la pêche ou le chantier naval. De plus, elle ne communique pas alors qu’elle est censée écouter l’avis des armateurs avant de réaliser ce genre d’infrastructure.
Le danger risque de diviser le rythme de travail des pêcheurs par 3
« Si la digue n'est pas étendue, la circulation des navires de pêche deviendra plus risquée et donc ils ne pourront plus travailler au même rythme qu’avant.
« En temps normal, les chalutiers faisaient 180 marées par an mais aujourd'hui ils risquent de passer à 40 - 60 jours de travail.
« En effet, l’ancien port, bien abrité par la digue Moulay Youssef, avait un accès facile à n'importe quel moment de la journée ou de la nuit et ce quelles que soient les conditions météorologiques.
« Ce ne sera plus le cas dans le nouveau port car au moindre coup de grain, les bateaux ne pourront plus appareiller ni accoster.
L’entrée du nouveau port est 5 fois plus proche de la côte
« Si le risque est plus grand, c’est parce que l'entrée du port est désormais à 200 m de la côte alors que l’ancien était situé à 1 kilomètre.
"De plus, l'ANP a construit une autre digue à moins de 50 mètres de la jetée Moulay Youssef ce qui va beaucoup compliquer l'entrée et la sortie des navires et des 380 barques de pêche car la distance entre les deux est trop courte pour faire passer aisément un grand bateau et encore moins 2 en même temps.
« Sachant que l’entrée du port est 5 fois plus proche de la côte, les manœuvres d'entrée et de sortie seront plus compliquées voire dangereuses avec les bateaux plus menacés par la houle et les vagues.
« Avec ce risque accru, les armateurs et les marins ne se précipiteront pas à l’inauguration prochaine du nouveau port car il en va de la sécurité des nombreuses vies humaines à bord des bateaux de pêche.
« Hormis ce problème de sécurité, les magasins construits pour que les professionnels déposent leur matériel de pêche (filets …) ne répondent pas aux normes internationales », conclut Sabri qui affirme exprimer le mécontentement de la profession face au manque de communication de l’ANP.
« L’avenir montrera qu’il n’y a aucun danger »
Sollicitée pour réagir aux déclarations de notre précédent interlocuteur, Nadia Laraki, DG de l’ANP, a dans un premier temps refusé de répondre avant de dire que ces critiques dataient déjà de 3 à 4 ans.
« A l’ANP, nos ingénieurs travaillent dans les règles de l’art et par conséquent, il n'y a ni malformation ni défaut de conception dans le nouveau port de Casablanca.
« Je ne veux pas m’étendre car c'est un débat stérile qui ne mérite pas d'être tenu en ce moment.
« Tout ce que je peux dire est qu’il n’a jamais été question d’étendre la jetée Moulay Youssef et que contrairement à certaines rumeurs, les armateurs préparent déjà leur déménagement », conclut Laraki qui ajoute que l'avenir montrera que le nouveau port de pêche offre toutes les garanties de sécurité.
Mise à jour: Au lendemain de la parution de cet article, le président Sabri a tenu à nous préciser qu'il n'y avait aucun déménagement en cours des armateurs sachant qu'ils refusent toujours de signer les conventions nécessaires aux transferts avec l'agence nationale des ports.
À découvrir
à lire aussi
Article : Bourse. Le pourquoi de la décision de Sothema de diviser ses actions par cinq, l'intérêt pour les investisseurs
À compter du 5 mai 2026, le titre Sothema changera de format à la Bourse de Casablanca. Derrière cette opération technique, des enjeux de liquidité, d’accessibilité du titre et d’attractivité auprès des investisseurs particuliers. Décryptage.
Article : Bonnes feuilles. Et si on faisait renaître le Conseil national du commerce extérieur ?
Ancienne conseillère auprès de plusieurs Premiers ministres, Nezha Lahrichi revient, dans "Le Pouvoir entre réalisme et illusion", sur une trajectoire passée au plus près de la décision publique. Le livre tient à la fois du témoignage, du portrait politique et de l’essai sur les dérives contemporaines du pouvoir. Médias24 en publie ici des bonnes feuilles consacrées au Conseil national du commerce extérieur, institution dont l’histoire contrariée résonne avec une question très actuelle : comment penser, organiser et anticiper le commerce extérieur marocain ?
Article : African Lion 2026 : à Cap Drâa, les drones FPV s'invitent sur le théâtre d’exercice
Une précision chirurgicale pour quelques centaines de dollars : le drone FPV a brisé les codes de la guerre conventionnelle. Face à ce prédateur qui impose un stress permanent aux troupes au sol, les Forces armées royales ripostent.
Article : Du jamais vu. Flambée de la viande ovine qui frôle les 200 DH/kg
À l’approche de Aïd al-Adha, la viande ovine atteint jusqu’à 170 DH le kilo chez le boucher. Pour les morceaux les plus demandés, les prix grimpent à 190, voire 200 DH le kilo. Ces niveaux sont inédits au Maroc par leur ampleur, mais aussi par la rapidité avec laquelle ils se sont imposés.
Article : “Rabat ne sera pas une ville-musée”. La transformation de l'offre culturelle de la capitale expliquée par Mehdi Bensaïd
ENTRETIEN. Dans un contexte de transformation accélérée des infrastructures de la capitale, le ministre de la Culture revient pour Medias24 sur les leviers qui doivent faire de Rabat un pôle culturel majeur à l’international. Entre modernisation, développement de la formation et démocratisation de l’accès à la culture, Mehdi Bensaid défend une vision globale à long terme.
Article : Hébergement touristique : 2.500 établissements soumis aux visites mystères dès mai 2026
Le ministère du Tourisme, dirigé par Fatim-Zahra Ammor, lance dès mai 2026 des "visites mystères" pour évaluer 2.500 établissements classés, intégrant la qualité de service au système de classement afin de s’aligner sur les standards internationaux et soutenir l’objectif de 26 millions de touristes à l’horizon 2030.