African Lion 2026 : à Cap Drâa, les drones FPV s'invitent sur le théâtre d’exercice
Une précision chirurgicale pour quelques centaines de dollars : le drone FPV a brisé les codes de la guerre conventionnelle. Face à ce prédateur qui impose un stress permanent aux troupes au sol, les Forces armées royales ripostent.
Lors des exercices de l’African Lion à Cap Drâa, les Forces armées royales (FAR) ont plongé dans le futur de la guerre : le drone FPV (First Person View). En parallèle de la mise en place d’un centre de formation régional dans le Royaume, dédié aux drones et aux technologies modernes du champ de bataille, l’objectif des exercices est de maîtriser l'outil offensif, mais aussi de s'en protéger.
"À Cap Drâa, on est en train de tester cette évolution de l’utilisation des FPV, mais surtout les possibilités de contre-mesures", explique notre consultant militaire Abdelhamid Harifi.
Une précision "démocratisée" et redoutable
Le drone FPV, dont la notoriété a explosé avec le conflit en Ukraine, a radicalement changé la donne économique et tactique de la guerre moderne. À l'origine, il s'agit de simples drones civils bas de gamme, extrêmement accessibles et peu coûteux, détournés de leur usage initial pour devenir des munitions rôdeuses d'une efficacité redoutable.
"On peut les équiper d'ogives de RPG ou même d'obus d'artillerie, comme on l'a vu à Gaza avec des munitions israéliennes modifiées pour devenir explosives au premier contact", précise Abdelhamid Harifi.

La force de cet engin réside dans son rapport coût-efficacité. Pour les armées ne disposant pas de budgets colossaux, le FPV offre un accès inédit à la frappe de haute précision. Équipé d’un écran ou d'un casque vidéo, l'opérateur pilote l'engin en immersion totale, ce qui lui permet de traquer avec précision tout mouvement ennemi.
Cette accessibilité s'étend jusqu'à la formation des pilotes. En Ukraine, les recrues détournent des jeux vidéo grand public comme Grand Theft Auto 5 (GTA V) pour s'entraîner aux manœuvres complexes et perfectionner leurs réflexes avant d'aller sur le terrain.
En termes d'allonge, si les modèles standards couvrent des distances de 10 à 20 km, de nouvelles versions de drones guidés par fibre optique ont fait leur apparition, capables de frapper jusqu’à 50 km de distance, tout en restant insensibles aux brouillages électroniques classiques.
L’impact tactique est dévastateur. Au-delà de l'infanterie, ces drones visent des points névralgiques pour paralyser l'adversaire : "On les utilise contre les chars et les véhicules blindés de transport, en ciblant spécifiquement le toit ou les chenilles. Mais ils servent aussi à frapper les batteries d'artillerie, les centres de commandement opérationnel ou les stations radars mobiles". L'objectif est "d'aveugler" la partie adverse, notamment sa défense aérienne, pour briser sa capacité de réaction.
GoPro POV: Ukrainian FPV drone hits Russian soldiers comrade. pic.twitter.com/vzWxeSkIvM
— Combat Footage (@Comba8Footage) May 4, 2026
La survie par le mouvement : le stress continu du soldat
Sur le terrain, l’omniprésence des FPV impose une pression psychologique et opérationnelle sans précédent. Les unités vivent en effet dans un "état de stress continu". "Toute cible, toute unité immobile est une unité vulnérable", résume Abdelhamid Harifi.
"Il faut rester tout le temps en mouvement et, même en déplacement, changer de direction toutes les deux ou trois minutes pour rompre les lignes d'acquisition des drones", explique notre expert. Cette règle d'or s'accompagne d'un impératif de dissimulation. Le camouflage de l’infanterie et des unités mobiles doit être renforcé à l'extrême pour échapper à l'œil des caméras thermiques et optiques.
Cette menace "low-cost" oblige donc les États à investir lourdement dans des systèmes de protection coûteux. "Ces États doivent de plus en plus investir en FPV pour transférer ce stress à la partie adverse", estime Abdelhamid Harifi.
L’IA : vers des drones FPV totalement autonomes
L’une des ruptures majeures observées récemment, et confirmées par les enseignements des conflits en Ukraine et au Mali, est l’intégration massive de l’intelligence artificielle (IA) dans le guidage et l’autonomie des drones ces derniers mois. "Il existe désormais des FPV qui peuvent opérer seuls, sans la moindre intervention humaine. Grâce à l’IA, ils possèdent l’autonomie nécessaire pour détecter une cible et l’attaquer de manière totalement indépendante", explique notre consultant.
Face à ces prédateurs autonomes, les FAR testent des solutions de pointe pour neutraliser ces algorithmes de mort avant qu’ils ne frappent. "Nous voyons les possibilités de contre-mesures, que ce soit à travers des systèmes de défense, le développement de tactiques spécifiques ou l’usage de nouvelles technologies comme la défense laser et le brouillage intense".
Un impératif stratégique pour le Maroc
Pour les FAR, l’adoption du drone FPV n’est plus une simple option technologique, mais un véritable "must" stratégique. Face à l’urgence pour le Maroc de développer une capacité de production en série à un coût abordable, l’enjeu est de disposer d’un volume de feu capable d’infliger des pertes majeures à l’adversaire.
L’efficacité du FPV repose toutefois sur une modernisation profonde de la doctrine militaire marocaine, qui doit s'articuler autour de plusieurs couches de défense et d'attaque :
- La formation et la doctrine : il est impératif d’imprégner l’infanterie ainsi que les unités mécanisées et motorisées de nouvelles tactiques. Cela passe par une redéfinition de la nature des mouvements sur le champ de bataille pour briser la prévisibilité face aux capteurs ennemis.
- La technologie de pointe : le Maroc doit investir massivement dans des outils de protection électronique, notamment des systèmes de brouillage intense pour saturer les fréquences de commande des drones, mais aussi explorer des solutions de rupture comme la défense laser.
- L'adaptation au terrain : la maîtrise de l’environnement devient une arme. Abdelhamid Harifi suggère d'apprendre aux unités à s'appuyer sur les conditions climatiques et topographiques pour servir de "boucliers" naturels contre la menace FPV.
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