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ECONOMIE

Du jamais vu. Flambée de la viande ovine qui frôle les 200 DH/kg

À l’approche de Aïd al-Adha, la viande ovine atteint jusqu’à 170 DH le kilo chez le boucher. Pour les morceaux les plus demandés, les prix grimpent à 190, voire 200 DH le kilo. Ces niveaux sont inédits au Maroc par leur ampleur, mais aussi par la rapidité avec laquelle ils se sont imposés.

Viande ovine. Le kilo grimpe à 200 DH chez le boucher.
Viande ovine. Le kilo grimpe à 200 DH chez le boucher.
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Le 4 mai 2026 à 18h26 | Modifié 4 mai 2026 à 18h48

Cette flambée ne concerne pas seulement le consommateur qui achète de la viande au détail. Elle joue aussi un rôle direct dans la formation du prix du mouton vif. Plus le prix du kilo chez le boucher augmente, plus le prix élevé du mouton de l’Aïd devient psychologiquement acceptable pour le consommateur.

Une flambée qui s’auto-alimente

Média24 avait déjà expliqué comment le prix de détail de la viande ovine pouvait servir d’ancre au prix du mouton vif. Quand le boucher vend l’agneau à 150 ou 170 DH le kilo, un mouton vendu à 70 ou 80 DH le kilo vif devient plus facile à justifier.

Le consommateur ne compare plus seulement un mouton à un autre mouton. Il compare le prix de l’animal à la viande qu’il pourra réellement récupérer après abattage.

Quand le prix de détail de la viande ovine rejoint le prix implicite du mouton vif, la hausse du mouton trouve une forme de légitimité économique. Elle devient plus cohérente, donc plus difficile à casser.

Le marché semble désormais aller plus loin. Il ne s’agit plus seulement d’aligner le prix du mouton vif sur le prix du boucher. Le fait que le prix chez le boucher monte suffisamment haut crée aussi un écart favorable au prix de l’animal vif.

Dans un reportage réalisé par Médias24, le lundi 4 mai 2026, dans les anciens abattoirs de Casablanca, le prix du mouton vif se situait entre 75 et 80 DH le kilo. En retenant l’hypothèse d’un rendement carcasse de 50%, cela correspond à un prix implicite de la viande compris entre 150 et 160 DH le kilo. Ce niveau reste inférieur aux 170 DH affichés chez certains bouchers.

Ce que cet écart signifie pour le consommateur

L’écart renforce ainsi la cohérence du prix du mouton vif. Il rend son niveau plus crédible aux yeux du marché et donne aux vendeurs un argument supplémentaire pour maintenir des prix élevés.

À 170 DH le kilo chez le boucher, un mouton vif à 4.000 DH n’apparaît plus comme une exception. Il devient le reflet d’un marché ovin où tous les prix ont fortement augmenté.

Ce que cela implique pour les abattoirs

Certains professionnels évoquent des retards, voire des refus de livraison aux abattoirs.

Une source professionnelle nous confirme que certains chevillards refusent ou limitent désormais les livraisons aux abattoirs, créant ainsi un écart entre l’offre disponible et la demande du marché.

Même à demande stable, cette contraction de l’offre suffit à exercer une pression supplémentaire sur les prix. Le résultat est visible aujourd’hui avec des niveaux devenus indécents.

Un marché qui échappe aux règles habituelles

Sur un marché ordinaire, une hausse excessive des prix finit par freiner la demande. Si le poulet devient trop cher, une partie des ménages réduit sa consommation ou se tourne vers un autre produit. Si les œufs montent excessivement, la demande recule. Si les fruits et légumes augmentent trop vite, les consommateurs arbitrent.

En théorie, cette baisse de la demande crée ensuite un surplus d’offre. Les vendeurs sont contraints de réviser leurs prix. Le marché s’autorégule.

Pour le mouton de l’Aïd, la logique est différente. L’arbitrage est plus faible. Pour beaucoup de familles, l’achat du mouton ne relève pas seulement de la consommation de viande. La demande est religieuse, sociale et symbolique. Beaucoup de ménages continuent d’acheter même lorsque le prix devient très élevé.

Le sacrifice reste perçu comme une obligation religieuse ou comme une norme sociale forte. Cela réduit fortement l’élasticité de la demande, c’est-à-dire la réaction des quantités achetées à la hausse du prix.

Les vendeurs savent que la demande ne disparaît pas facilement. Ils savent aussi que les ménages peuvent protester, retarder l’achat, comparer les prix, mais qu’une grande partie d’entre eux finira par acheter.

Cette situation donne aux vendeurs un pouvoir de marché exceptionnel dans les derniers jours avant l’Aïd.

Pourquoi l’ANOC juge la flambée des prix anormale

Contacté par Médias24, Abderrahman Mejdoubi, président de l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC), considère que les prix pratiqués actuellement sont déconnectés de l’état réel du marché.

"Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas logique. L’offre existe, elle est abondante, et pourtant les prix restent très élevés. Les prix pratiqués chez certains bouchers ne reflètent pas la réalité du marché. À mon sens, le prix de la viande issue du vif ne devrait pas dépasser 120 DH le kilo. Or on voit aujourd’hui des consommateurs faire la queue pour acheter de la viande à 140 DH le kilo", explique-t-il.

Selon lui, deux facteurs contribuent à cette flambée. D’abord, les grandes surfaces, qui appliquent des marges jugées trop élevées. Ensuite, le comportement des consommateurs, qui continuent d’acheter malgré des prix très hauts.

"Les marges pratiquées par les grandes surfaces, ainsi que le comportement de certains consommateurs, contribuent à la hausse des prix. Alors qu’un boucher peut se contenter d’une marge de 10 à 20 DH le kilo, les grandes surfaces cherchent des marges plus importantes ", souligne Abderrahman Mejdoubi.

"Ce n’est pas rationnel. Il faut comparer, chercher et négocier. Le consommateur doit aller vers les souks et les marchés qui seront mis en place par le ministère de l’Agriculture à travers le Royaume. Plus de 34 souks seront ouverts. C’est là que le consommateur peut voir les moutons, comparer les prix, négocier et choisir selon la qualité. Le souk permet justement d’ajuster le prix au niveau réel de chaque mouton", conclut-il.

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Le 4 mai 2026 à 18h26

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