BMCI-Crédit du Maroc : ce que pèserait le futur pôle bancaire de Holmarcom
Le rachat de la participation de BNP Paribas dans la BMCI, s’il est validé par les instances de régulation, ouvrirait la voie à une fusion avec Crédit du Maroc. Que pèserait alors le nouvel ensemble ? Et comment rebattrait-il les cartes du secteur bancaire ? Si toute projection précise reste délicate, une fusion ne se résumant pas à l’addition mécanique des indicateurs, nous vous proposons une première lecture indicative de la recomposition du paysage bancaire qui pourrait se dessiner.
Une fusion n'est jamais une simple équation arithmétique. Mais à supposer qu'elle le soit, que pèserait le nouvel acteur bancaire à naître de la fusion de CDM et de la BMCI, après la finalisation de l'opération à la fois sur le volet réglementaire et opérationnel ?
Le communiqué annonçant la signature de l'accord ne parle pas à proprement dit d'une fusion. Les partenaires lui substituent le terme "rapprochement". Ceci dit, il mentionne sans équivoque l'ambition de faire "émerger un acteur bancaire de plus grande envergure, doté d’expertises et de capacités renforcées, lui permettant de créer davantage de valeur pour ses clients, d’offrir plus d’opportunités à ses collaborateurs et de renforcer sa contribution à l’économie nationale".
Alors, quelle place ce nouvel acteur pourrait-il prétendre occuper sur l’échiquier bancaire ?
Ce que rachète Holmarcom Finance Company (HFC)
En reprenant les parts de BNP Paribas dans la BMCI, HFC intégrera la banque ainsi que les filiales détenues par celle-ci. Selon les informations publiques, cela inclut des filiales dans le leasing, l’offshore, la finance, la bourse…
Un mariage bancaire pour peser davantage
À la lecture des chiffres 2025, un rapprochement ferait changer le futur ensemble immédiatement d’échelle. Avec un total bilan estimé à 162,5 MMDH, CDM/BMCI se propulserait au 6ᵉ rang, devant Saham Bank (136,1 MMDH). Alors que, séparément, les deux banques étaient largement devancées par la banque de MHE.
Selon nos estimations, et dans l’hypothèse où Saham Bank n’améliorerait pas ses indicateurs d’ici là, cette dernière se placerait derrière le nouvel ensemble en devenir porté par les Bensalah en termes de produit net bancaire également. Le bloc CDM-BMCI se hisserait au quatrième rang du marché marocain par le PNB, derrière Attijariwafa Bank, BCP et Bank of Africa, mais devant Saham Bank, CIH Bank et Crédit Agricole. L’écart avec les trois premiers resterait important, mais Holmarcom disposerait d’un véritable pôle bancaire intermédiaire, d’une taille suffisante pour peser davantage dans la banque de détail, la banque d’entreprise et les métiers spécialisés.
Le poids commercial serait lui aussi significatif. Les dépôts cumulés des deux établissements ressortiraient à 111,7 milliards de dirhams, positionnant le nouvel ensemble à la 5ᵉ place quelques milliards derrière Saham Bank. Il reste néanmoins loin du top 3 du secteur que sont AWB, BCP et BOA.
Sur le plan des résultats, l’effet de taille serait plus mesuré. Un résultat net part du groupe agrégé de 1,299 milliard de dirhams, placerait CDM-BMCI au cinquième rang du marché, derrière Saham Bank. Ce chiffre doit être lu comme un ordre de grandeur, avant toute prise en compte des coûts d’intégration, des synergies ou des ajustements liés à une éventuelle fusion.
Holmarcom face au défi de l’intégration bancaire
L’intérêt industriel de l’opération tient surtout à la complémentarité des deux établissements. Crédit du Maroc affiche une trajectoire de croissance soutenue, avec un résultat net part du groupe de 864 millions de dirhams, un ratio de solvabilité de 14,85 % et un réseau de 268 agences. La banque a également renforcé ses métiers de paiement, de bancassurance et de financement durable.
BMCI apporte pour sa part une franchise historique, un réseau de 235 agences, 293 guichets automatiques, une base corporate installée et des expertises identifiées dans le cash management, le factoring, le change, la banque privée et les services transactionnels. Son ratio de solvabilité consolidé s’établit à 13,4 %, avec un ratio CET1 de 10 % et un ratio de liquidité de 118 % à fin 2025.
Le partenariat commercial prévu avec BNP Paribas constitue un autre élément structurant. Le groupe français sortirait du capital de BMCI, mais conserverait une présence au Maroc à travers ses activités de banque d’investissement et de location longue durée via Arval Maroc. L’accord avec Holmarcom doit aussi assurer une continuité de service aux clients de BMCI et aux entreprises clientes de BNP Paribas opérant au Maroc.
Reste le chantier de l’intégration. Une fusion bancaire ne se résume pas à l’addition de deux bilans. Elle suppose une harmonisation des systèmes, des offres, des réseaux, des cultures commerciales et des processus de risque.
Si l’opération est menée à son terme, Holmarcom ne ferait pas naître un nouveau géant bancaire marocain. Le futur groupe resterait loin du trio de tête. Mais il pourrait installer un quatrième pôle solide, mieux armé pour investir, élargir son offre et défendre ses positions dans un marché bancaire de plus en plus exigeant. Pour Holmarcom, ce serait surtout le passage d’une présence bancaire significative à un rôle de consolidateur assumé du secteur financier marocain.
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