Mines. Bien classé par l’Institut Fraser, le Maroc encore freiné par plusieurs faiblesses structurelles
ANALYSE. Classé 15e sur 68 pays par l’Institut Fraser en matière d’attractivité minière, le Maroc confirme son positionnement parmi les destinations africaines les plus prometteuses pour l’investissement. Mais derrière cette performance, les opérateurs pointent des fragilités persistantes, notamment en matière de données géologiques, de cadre réglementaire et d’efficacité administrative, qui continuent de freiner le plein déploiement du potentiel du secteur.
L’évaluation annuelle du secteur minier réalisée par l’Institut Fraser, think tank canadien, a placé le Maroc en 15ᵉ position parmi 68 pays sur la base de l’attractivité pour l’investissement. Ce classement positionne le Maroc comme deuxième destination africaine dans ce domaine, derrière le Botswana.
Le classement de cette année s'appuie sur une enquête menée du 5 août au 26 novembre 2025 auprès d'un panel de décideurs et d’experts, dont plus de 46% sont des présidents ou vice-présidents d'entreprises minières cumulant des dépenses d'exploration de l'ordre de 4,2 milliards de dollars en 2025.
Le rapport a indiqué qu’au Maroc, les opérateurs miniers sondés ont exprimé une inquiétude croissante concernant les bases de données géologiques du pays, la loi minière et l’administration minière.
Malgré le bon classement du Maroc aux niveaux international et régional, la perception des opérateurs miniers est un signal qu’il ne faut pas ignorer, et l’évidence ultime que notre pays passe à côté d'opportunités d’investissement majeures. Dans un monde où la perception domine l’économie et la politique, l'ignorer reviendrait à rendre le pays moins attractif pour l’investissement minier étranger, alors que le sous-sol marocain est encore sous-exploré et pourrait receler de nouvelles richesses.
Pour aller plus loin, notre analyse a particulièrement décortiqué les trois préoccupations majeures des opérateurs miniers sondés par l’Institut Fraser, et montre qu’il ne manque pas grand-chose, si ce n'est une volonté politique déterminée, pour renforcer l'attractivité du secteur.
Décryptage de la méthodologie Fraser
Tout d'abord, il convient de souligner que les 68 pays retenus dans ce classement ont tous été évalués par un minimum de 5 participants au sondage, critère indispensable pour ne pas être écarté de l'évaluation. Le maintien du Maroc dans toutes les éditions du classement depuis 2021 témoigne donc du fort intérêt que lui portent les opérateurs.
Concernant la méthodologie d’évaluation, l'indice global d'attractivité des investissements est calculé en combinant deux indicateurs évalués de manière indépendante afin d'éviter tout biais d'opinion :
- L'indice du potentiel minier (attractivité géologique) : le Maroc a occupé la 9ᵉ place sur 41 pays.
- L'indice de perception des politiques : il sonde les avis sur l'encouragement gouvernemental à l'investissement minier. Sur ce point, le Maroc se classe 25ᵉ sur les 68 juridictions évaluées.
Dans un échange avec Médias24, Julio Mejía, rapporteur de l’évaluation, a précisé que les trois principaux freins relevés et pouvant affecter l'investissement minier au Maroc sont les suivants :
- La base de données géologiques : ce critère englobe la qualité et l'échelle des cartes, ainsi que la facilité d'accès à l'information géologique. 60% des répondants ont identifié ce point comme une source de préoccupation.
- La loi minière : les investisseurs évaluent ici si les procédures judiciaires sont équitables, transparentes, rapides et administrées de manière efficace. 50% des sondés considèrent qu’il ne constitue pas un facteur d’attrait pour l’investissement.
- L’administration minière : l'administration, l'interprétation et l'application de la réglementation en vigueur constituent le troisième obstacle. 43% des personnes interrogées affirment que ce facteur dissuade le choix de l’investissement dans ce pays.
En revanche, le sondage a mis en évidence des points forts qui renforcent l'attractivité de la destination marocaine pour l'investissement minier :
- Le fort potentiel minier (sous réserve de politiques optimales) : associé à un environnement réglementaire aux meilleurs standards internationaux, une fiscalité compétitive et un climat politique stable, le potentiel minier du pays est jugé très attractif par 60% des personnes interrogées.
- La qualité des infrastructures : ce point inclut l'accès au réseau routier, aux ports, aux plateformes logistiques ainsi que la disponibilité de l'électricité. 60% des sondés considèrent que la qualité de ces infrastructures est un facteur encourageant.
- La sécurité : le climat de sécurité au Maroc est également perçu par 60% des répondants comme un atout majeur favorisant l'investissement.
Analyse de la disponibilité et de l'accessibilité des données géologiques et minières du Maroc
La promotion de l’investissement dans le secteur minier repose fondamentalement sur la qualité et l'accessibilité de l'information géologique. Elle devrait émaner en premier lieu du ministère de tutelle, dont la mission est de diffuser des données pertinentes, actualisées et éclairantes pour les investisseurs potentiels, afin de leur permettre d'identifier les opportunités et de cibler des analogues miniers à fort potentiel.
Le site web du ministère offre un accès libre à neuf ouvrages permettant de comprendre la géologie minière de chaque région du Maroc. Réalisés par d'éminents chercheurs marocains et français, ces documents sont structurés sous forme de circuits géologiques. Rédigés en français et édités par le ministère en 2011, ils s'inscrivent dans la collection des "Notes et mémoires du Service géologique du Maroc".

Outre ces neuf volumes, cette collection constitue une base de données détaillées et une archive historique des travaux géologiques menés depuis 1927, couvrant aussi bien les thématiques minières que géologiques.
De son côté, le volet cartographique propose un catalogue dynamique des cartes disponibles, accompagnées du prix d’acquisition, là encore rédigées en français. Si la carte géologique au 1/1.000.000 couvre l'ensemble du territoire national, le maillage se réduit aux échelles plus fines : environ 50 % de couverture pour l'échelle 1/100.000 (le taux peut être amené à 70 % en combinant ces cartes avec les cartes géologiques à l’échelle 1/200.000), et seulement 19 % pour l'échelle 1/50.000 (à défaut d’actualisation des données du ministère).

Ce taux de couverture modeste à haute résolution s'explique par la nature de la cartographie géologique. Il ne s'agit pas de simples représentations graphiques, mais du résultat d’importants investissements géologiques multidisciplinaires. À titre indicatif, la réalisation d'une seule carte au 1/50.000 nécessite un budget variant entre 1 et 2 millions de dirhams, voire plus en fonction de la complexité et de l'accessibilité de la région étudiée.
Or, si la qualité scientifique des données produites n'est pas à remettre en cause, plusieurs freins à l'investissement subsistent.
La langue française, bien que pertinente dans un contexte, ne permet pas d’attirer un maximum d’investisseurs étrangers. Une traduction ou une mise à disposition en anglais, la langue universelle des affaires et de l'investissement, rendrait les données géologiques marocaines plus accessibles et fluidifierait l'efficacité des projets.
Outre un manque d'actualisation globale des plateformes, la consultation du site du Département de la Transition énergétique (mem.gov.ma) révèle une erreur d’affichage du serveur lors de la sélection de la version anglophone.
Contrairement au ministère de tutelle, l'ONHYM assure efficacement sa mission promotionnelle en mettant à disposition des données chiffrées, claires et accessibles en anglais, bien que son périmètre se limite logiquement à son propre portefeuille de projets.
Pour le ministère, il suffirait pourtant d'ajustements basiques pour rattraper ce déficit de communication, surtout au regard des opportunités d’investissement que présente le Maroc par rapport à d’autres destinations (accès à l’énergie verte, fiscalité incitative, infrastructures logistiques stratégiques, grande et longue expérience minière…).
Réforme minière : une course contre la montre avant la fin du mandat gouvernemental
Sur le plan réglementaire, la réforme de la loi 33-13 relative aux mines se fait toujours attendre. Elle s'articule autour de mesures innovantes, stratégiques et responsables. Parmi elles, un cadre ESG applicable sur l'intégralité du cycle de vie de la mine, la revalorisation du statut de l’employé minier, la construction d’une chaîne de valeur intégrée, l’encadrement réglementaire des minerais critiques et stratégiques…
Lors de la discussion du budget sectoriel 2026 en commission parlementaire, la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, s'était pourtant engagée à réintroduire le texte dans le circuit d'adoption avant fin décembre 2025. Aujourd'hui, la session parlementaire de printemps représente la dernière chance pour faire aboutir cette réforme. À défaut, ce chantier stratégique risque fort d'être reporté au prochain mandat gouvernemental.
Au-delà d’une réforme, la loi minière actuelle ne présente certainement aucune entrave directe à l’investissement, vu qu’elle définit l’ensemble des procédures à suivre ainsi que les obligations et responsabilités de chaque partie, bien que des améliorations soient possibles pour renforcer la transparence du secteur et l’efficacité de l’administration chargée des mines.
De même, à l’image des données minières, il est nécessaire de mettre en ligne une version anglaise du code minier pour bien promouvoir les bonnes pratiques légales dans le secteur.
En marge de la deuxième édition du Congrès international des mines, tenue à Marrakech du 24 au 26 novembre 2025, le ministère a présenté son projet de cadastre minier numérique. Ce dernier devait être opérationnel dès ce mois de mars 2026, alors qu'il ne reste que deux semaines avant la fin du mois.
La démonstration de sa préversion informe qu’elle devrait permettre l'acquisition en ligne des données géologiques, identifier clairement les blocs ouverts à l'investissement et améliorer l'efficacité de l'administration minière.
En espérant qu’il ne tarde pas, le nouveau cadastre devrait agir comme un guichet unique entièrement dématérialisé, grâce à la numérisation de 40 procédures administratives liées à la demande, à l'octroi et au suivi des licences minières, ce qui permettra d’offrir ainsi un nouvel élan à une nouvelle génération d’investissements miniers.
En définitive, le secteur minier présente un risque d’investissement élevé, ce qui exige d'attirer des capitaux étrangers capables de supporter un tel niveau de risque. Par rapport à d’autres secteurs, son importance majeure réside dans sa capacité à créer des opportunités de développement dans des zones reculées. Si les grands opérateurs nationaux ont su jouer ce rôle de pivot de développement, l’exemple récent de la compagnie minière canadienne Aya Gold & Silver illustre parfaitement les fruits de la réforme minière de 2015.
Forte d’une expertise africaine reconnue et d'un environnement d’investissement marocain porteur d’opportunités, elle a su s’intégrer rapidement dans le tissu minier à travers la mine d’argent de Zgounder, qui a doublé la capacité de production marocaine en argent, ainsi qu'avec le projet de Boumadine qui devrait, à l’horizon 2030, promouvoir le développement de la région de Drâa-Tafilalet, jusqu'ici dominée par l’activité minière artisanale.
Poursuivre la mise à niveau du secteur grâce à la digitalisation de l'administration et se montrer plus attentif aux doléances des parties prenantes, constituent les véritables leviers de croissance. C'est à ce prix que le Maroc pourra attirer davantage de capitaux et révéler le plein potentiel de son sous-sol.
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