Un choc logistique derrière la baisse des exportations textiles au T1 (-14%)
Avec une baisse de 14,1 % au premier trimestre 2026, les chiffres du textile marocain donnent l’image d’un secteur en difficulté. Selon les professionnels, ils reflètent surtout un choc logistique temporaire, provoqué par les intempéries de l’hiver et concentré sur les flux avec les principaux marchés, notamment l’Espagne. Le deuxième trimestre permettra de vérifier l’ampleur du rattrapage attendu.
L’essentiel :
- Les exportations marocaines du textile et du cuir ont chuté de 14,1% au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Tous les segments du secteur sont en baisse.
- Cette baisse ne traduit pas une crise du secteur. Elle n'est pas non plus directement liée aux tensions au Moyen-Orient.
- L’explication est d'abord d'ordre logistique. Les intempéries de l’hiver ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et de livraison, notamment entre le Maroc et l’Espagne, principal débouché des exportations du secteur.
- Le deuxième trimestre sera décisif. Une partie des exportations du premier trimestre a été reportée aux mois suivants.
Les détails :
Un choc logistique derrière le recul des exportations
À fin mars 2026, les exportations marocaines du textile et du cuir se sont établies à 9,8 MMDH, contre 11,4 MMDH à la même période de 2025, selon les données de l’Office des changes. Le secteur accuse ainsi une baisse de 14,1%.
La baisse a touché l’ensemble des segments du secteur. Dans le détail, les vêtements confectionnés, premier segment exportateur du secteur, ont reculé de 15,5%. Les articles de bonneterie ont baissé de 14,3%. Les chaussures ont reculé de 7%.
Le premier trimestre 2026 affiche, en valeur, le niveau d'exportations le plus faible sur la période 2022-2026.
Contacté par Médias24, Redouane Lachgar, consultant en stratégie industrielle, indique que cette baisse relève d’abord d’un choc logistique, et non d’un essoufflement structurel du secteur du textile.
"La baisse observée ne traduit pas une crise économique du secteur. Elle s’explique d’abord par un choc logistique exceptionnel lié aux intempéries qui ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et de livraison, notamment entre le Maroc et l’Espagne, durant la période allant de la mi-décembre à la mi-mars", explique-t-il.
"Dans un secteur aussi dépendant des importations et des exportations rapides, quelques semaines de perturbations peuvent fortement retarder les livraisons. C’est ce qui s’est produit au premier trimestre 2026", ajoute-t-il.
Selon notre source, les commandes n’ont pas disparu : ce sont les délais de transport, les rotations maritimes et l’acheminement des intrants qui ont été perturbés.
"Les commandes existaient, mais les délais de transport, les rotations maritimes et l’acheminement des intrants ont été affectés. Ce n’est donc pas une crise de demande, ni une perte de compétitivité immédiate du textile marocain. C’est d’abord un problème de transport", précise-t-il.
Le modèle marocain du textile fonctionne comme une chaîne très intégrée avec l’Europe, en particulier avec l’Espagne. Une large partie de l’activité repose également sur la sous-traitance.
"Les entreprises importent des intrants, les transforment localement, puis réexportent les produits finis vers les marchés européens. Dans ce modèle économique, le transport maritime joue un rôle décisif", souligne Redouane Lachgar.
"Lorsque les rotations maritimes sont perturbées, l’impact ne se limite pas à l’exportation du produit final. Il touche aussi l’arrivée des matières premières, puis les délais de production et de livraison. Par ricochet, c’est le volume des exportations enregistrées sur la période qui s’en trouve affecté", poursuit-il.
Un rattrapage attendu au deuxième trimestre
Le premier trimestre constitue généralement une période forte pour les exportations textiles marocaines. Cette année, cette période forte a coïncidé avec les intempéries et les perturbations logistiques.
Selon Redouane Lachgar, une partie des flux qui devaient être comptabilisés au premier trimestre a donc été reportée au deuxième trimestre.
"Historiquement, le début d’année est une période de pic pour les exportations textiles. Or, cette année, ce pic a coïncidé avec des conditions météorologiques défavorables et des perturbations logistiques. Il faut donc éviter de lire les chiffres du premier trimestre comme une tendance structurelle. Une partie des exportations attendues a été décalée vers les mois suivants", indique-t-il.
"L’analyse la plus pertinente sera celle du deuxième trimestre. Elle permettra de mesurer le rattrapage des exportations, lié au report d’une partie du pic habituel vers les mois suivants. Le vrai test sera de voir si le secteur récupère les volumes retardés après la normalisation des liaisons maritimes", poursuit notre interlocuteur.
Par ailleurs, Redouane Lachgar écarte un lien direct avec les tensions au Moyen-Orient. Selon lui, ces tensions peuvent affecter les routes commerciales, les délais ou les coûts à moyen terme, mais elles n’expliquent pas directement la baisse enregistrée à fin mars 2026.
"Je ne relierais pas cette contre-performance aux tensions au Moyen-Orient. Leur effet, si la situation persiste, devrait être plus visible vers la fin de 2026 et le début de 2027. Pour l’instant, la contraction des exportations textiles s’explique en grande partie par le choc de transport provoqué par les intempéries de l’hiver", conclut-il.
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