WAC. Chronique d’une crise sans fin
En difficulté depuis plusieurs semaines, les Rouges et Blancs s’enfoncent dans une spirale négative sur le plan sportif, incapables de retrouver de la constance dans les résultats comme dans le contenu. À cette situation déjà préoccupante s’ajoute désormais une nouvelle crise en coulisses, symbole d’un climat de tension devenu récurrent au sein du club.
L’essentiel :
Le Wydad Athletic Club (WAC) traverse une nouvelle zone de turbulence, aussi bien sur le terrain qu’en coulisses. Entre résultats décevants, instabilité sur le banc et tensions internes, le club casablancais semble enlisé dans une crise devenue structurelle.
Les Rouges et Blancs peinent à retrouver une dynamique cohérente. Un constat qui met surtout en lumière des problèmes de gouvernance et de continuité sportive.
Les faits en bref :
- Une nouvelle crise interne a éclaté en parallèle des contre-performances sportives.
- Le bureau dirigeant a annoncé sa démission à venir lors de la prochaine assemblée générale.
- Le club a connu plusieurs changements d’entraîneurs en moins de deux saisons.
- Plus de 130 mouvements (arrivées et départs) ont été enregistrés depuis l’été 2024.
- Le club reste en course pour une qualification continentale.
Les détails :
Au risque de se répéter, la fin de saison du Wydad Athletic Club s’écrit encore une fois en pointillés. Bien malin celui qui pourrait prédire l’épilogue de l’exercice d’un club auquel les joueurs et les dirigeants ne croient plus vraiment.
Même si la beauté du football réside dans son imprévisibilité, la crise dans laquelle est plongé le WAC couvait depuis bien longtemps.
Les raisons de la colère des supporters sont légitimes. Car si le sentier qui mène au succès est balisé, les hautes sphères du WAC ont tout fait pour passer à côté.
Au fond, la situation actuelle du WAC n’est pas si surprenante. Comment peut-il en être autrement lorsque l’instabilité est devenue une marque de fabrique ?
Une réalité pourtant loin d’être catastrophique sur le plan comptable
Depuis la prise de fonction de Hicham Aït Menna en juillet 2024, les portes du club sont ouvertes aux quatre vents.
Les entraîneurs et les joueurs se succèdent sans ligne directrice, censée être incarnée par un projet sportif en adéquation avec l’identité du club. Car pour atteindre les sommets, toute la difficulté consiste à créer une osmose. Une harmonie menant à un alignement des planètes au-dessus d’un seul club, au moins le temps d’une saison.
Mais comment réussir ce dessein alors que les pièces du puzzle sont aussi changeantes qu’une veste réversible ? Un constat qui ne prend même pas en compte l’instabilité émotionnelle et l’absence de sérénité dans la difficulté.
Parce qu’au fond, le Wydad n’est pas si largué que ça. Certes, l’élimination en quart de finale de la Coupe de la Confédération a fait très mal, on y reviendra. Mais à l’heure d’affronter le CODM, ce mercredi 6 mai, le WAC n’est qu’à sept points du leader (MAS) et à cinq unités du podium. Avec douze matchs encore à jouer, soit 36 points à distribuer.
S’il est difficile d’imaginer le WAC finir champion, une qualification en Ligue des champions n’est pas totalement illusoire. Du moins sur le papier. En tout cas, il n’y a pas encore le feu au lac, malgré une série de résultats négatifs.
Sauf que voilà, les derniers soubresauts n’ont fait qu’accentuer une réalité pourtant loin d’être catastrophique sur le plan comptable.
Démission du bureau dirigeant lors de la prochaine assemblée générale
Le bureau dirigé par Hicham Aït Menna a fini par rendre les armes après la défaite face à la Renaissance de Zemamra (1-0), dimanche dernier.
Dans un communiqué publié sur ses canaux officiels, le club casablancais a annoncé "la démission du bureau dirigeant lors de la prochaine assemblée générale ordinaire et élective, par respect des responsabilités et des engagements actuels".
Le même document précise l’ouverture du dépôt des candidatures pour la présidence du club, du 5 au 20 juin 2026, en vue de préparer cette assemblée.
Pis, les adhérents du Wydad exigent la démission immédiate de Hicham Aït Menna. Rien de bien surprenant, tant il est considéré par beaucoup comme la cause de tous les maux du club. Sauf que ceux qui veulent aujourd’hui sa chute sont les mêmes qui l’ont porté au sommet.
Voici un résumé en trois dates :
- 1er juillet 2024 : désigné président délégué par intérim, il reprend le flambeau après la crise institutionnelle liée à l’arrestation de Saïd Naciri.
- 24 juillet 2024 : il devient officiellement président après l’assemblée générale élective.
- Mai 2026 : à la suite d’une fronde et de résultats jugés insuffisants, Aït Menna et son bureau annoncent leur démission collective.
En somme, l’ancien président du Chabab Mohammédia a repris le club en pleine crise institutionnelle pour le quitter plongé dans une crise sportive profonde. L’instabilité restera le fil rouge de son mandat.
Une instabilité chronique sur le banc
Le Wydad a consommé quatre entraîneurs en moins de deux saisons. Au tout début, il y avait la promesse Rulani Mokwena.
Un jeune technicien présenté comme le "Guardiola africain", censé aider le club à franchir un cap technique, avec en ligne de mire la Coupe du monde des clubs et une certaine idée du beau jeu.
Fort de son passage réussi au Mamelodi Sundowns, il débarquait avec un crédit important. Malgré un début de saison globalement satisfaisant comptablement, les critiques sur le style de jeu se sont multipliées.
Au point de pousser le technicien sud-africain à modifier ses principes lorsque les résultats ne suffisaient plus à masquer la pauvreté des prestations.
Mais le passage d’un jeu de position à la transition à outrance n’a pas empêché l’élimination en Coupe du Trône face au Moghreb de Tétouan (MAT), qui scella son sort.
Son successeur, Mohamed Amine Benhachem, parvient dans un premier temps à redresser la barre. Mais il ne disposait ni du temps ni des moyens pour transformer en profondeur un collectif déséquilibré.
Et surtout afin de tenir la dragée haute à des mastodontes du football mondial, notamment Manchester City et la Juventus. Le rendez-vous contre Al Aïn (UAE) aurait pu éclairer la sombre production collective des Rouges et Blancs.
Mais aussi sonner le glas de l’histoire de Benhachem à la tête de la barre technique du WAC. Il n’en a rien été. Le Wydad s’est incliné, et le technicien marocain a été conforté dans ses fonctions.
Malgré une moyenne de points élevée, la plus haute parmi les quatre entraîneurs qui se sont succédé sur le banc depuis deux saisons, Benhachem a été remercié. Notamment après une élimination en quart de la Coupe de la Confédération face à l’Olympique de Safi. Une décision perçue comme impulsive, presque comme un sacrifice pour calmer la colère populaire.
La décision de nommer Patrice Carteron s’avère tout aussi peu inspirée : cinq matchs, aucune victoire, puis un départ sans gloire. Aujourd’hui, Mohamed Benchrifa assure l’intérim, sans réelle perspective de stabilité.
Un effectif pléthorique et déséquilibré
Même le meilleur entraîneur du monde aurait du mal à performer dans un contexte où l’effectif compte 35 joueurs, plusieurs postes triplés, voire quadruplés, et d’autres essentiels où il manque des joueurs de qualité, à l’instar de l’entrejeu.
Depuis l’été 2024, le WAC a enregistré 136 mouvements sur le marché (transferts, prêts, retours de prêts, signatures de joueurs libres). Un chiffre vertigineux qui se décline comme suit :
2024-2025 : 71 mouvements, dont 33 arrivées et 38 départs.
2025-2026 : 65 mouvements, dont 34 arrivées et 31 départs.
Difficile, dans ces conditions, de créer des automatismes et une affinité technique entre les joueurs. Et encore moins une cohésion de groupe. Certes, quelques satisfactions existent, à l’image de Ramiro Vaca, Nordin Amrabat ou encore Thembinkosi Lorch.
Mais elles sont noyées dans une masse de recrutements incohérents, notamment parmi les joueurs étrangers, souvent coûteux et peu performants.
On peut notamment citer Wissam Ben Yedder, mais encore Guilherme Ferreira et Bart Meijers. Le fait est que le recrutement du WAC ne répond à aucune logique. On est vraiment à des années-lumière des règles de l’art en la matière.
Et s’il a, dans un premier temps, apaisé la fronde du public, la très médiatisée signature de Hakim Ziyech s’est transformée aujourd’hui en une véritable épine dans le pied des futurs ex-dirigeants d’un club populaire à souhait.
Lorsqu’il est sur la pelouse, c’est souvent l’un des meilleurs joueurs. Sauf qu’il brille le plus souvent par son absence (un match sur deux en moyenne). Plus le temps passe, plus l’arrivée de l’ancien joueur de Chelsea s’apparente à un coup de communication qui semble se retourner contre ses instigateurs. Décidément, la communication n’est vraiment pas le point fort de l’équipe dirigeante.
En témoigne la sortie complètement lunaire de Hicham Aït Menna sur une station radio. Il y a quelques semaines, le président du WAC avait affirmé à une heure de grande écoute que l’ambiance au sein du club était délétère, accusant ouvertement ses joueurs.
Pour se dédouaner, il a indiqué que le gardien Mohamed Benabid lui avait demandé une prime spéciale en cas de victoire, ce qui a suscité une réponse ferme de la part du président.
Les supporters ne le méritent vraiment pas
Quasiment du jamais vu dans le football de haut niveau. Nous n’avons pas souvenir d’un président jetant en pâture ses joueurs sur la place publique. Heureusement, les tensions se sont calmées depuis. Mais les résultats ne sont toujours pas là. Et maintenant ?
La sortie de crise passera forcément par le fait de donner les pleins pouvoirs à la société sportive. Tout en écartant le modèle peu efficient d’un club cornaqué par ses adhérents. C’est un modèle qui fait parfois ses preuves ailleurs, mais pas dans le cas du WAC, où il fait bien plus de mal que de bien.
Mais cela fait plusieurs mois qu’un investisseur est attendu en vain, dans le cadre d’une reprise similaire à celle du Raja Club Athletic.
Car au fond, le problème du Wydad dépasse le cadre des résultats. Il touche à quelque chose de plus profond : l’absence totale de cohérence entre gouvernance, recrutement et projet sportif.
Et dans le football moderne, ce désalignement se paie toujours cash, au détriment de supporters viscéralement attachés à leur club. Ils ne le méritent vraiment pas.
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