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ECONOMIE

Risma, tourisme, Bourse et politique : Adil Douiri au 12/13 de Médias24

Invité du "12/13" de Médias24, Adil Douiri revient sur l’augmentation de capital de Risma, la dynamique touristique, la faible représentation de l’industrie à la Bourse de Casablanca et sa lecture de la conjoncture 2026, avant d’aborder les tensions propres aux coalitions politiques à l’approche des élections.

Risma, tourisme, Bourse et politique : Adil Douiri au 12/13 de Médias24
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Le 5 février 2026 à 18h54 | Modifié 5 février 2026 à 19h15

Dans l’émission Le 12/13 de Médias24 du jeudi 5 février, animée par notre collègue Adil Abdelali, Adil Douiri, PDG fondateur de Mutandis et membre du conseil de surveillance de Risma, répond aux questions de Médias24 sur l’actualité financière, les chiffres du tourisme, la Bourse de Casablanca, les perspectives macroéconomiques et le contexte politique. Interview.

Médias24 : Quel est l’objectif stratégique de cette augmentation de capital de Risma et que nous dit-elle sur les ambitions de la société ?

Adil Douiri : Risma a connu, pendant quelques années, une croissance relativement modeste, parce que dans son capital, les actionnaires, le groupe Accor français et les actionnaires institutionnels marocains, avaient une cohabitation divergente.

J’ai eu l’occasion de racheter la participation d’Accor dans Risma via un véhicule qui s’appelle Mutris. À partir de ce moment-là, l’entreprise a libéré son potentiel. Elle a annoncé un plan de croissance, de développement de nouveaux hôtels et d’acquisition de nouveaux hôtels. Cette trajectoire ne pouvait se faire qu’en finançant la croissance par le marché, car les montants en jeu sont énormes.

Un hôtel nécessite autour d’un milliard de dirhams au Maroc. Il fallait en même temps servir des dividendes pour que les petits porteurs et la Bourse soient toujours disposés à accompagner Risma dans ses levées de fonds.

C’est ce que Risma a fait : elle a instauré un dividende, l’a augmenté, puis elle est revenue vers le marché. Elle a collecté 450 millions de dirhams, qui lui permettent de financer l’achat d’un premier hôtel à Marrakech – le Radisson Blu Marrakech, Carré Eden (Guéliz), avec le centre commercial à côté ; et de financer un hôtel à Tanger en cours de construction. Ce ne sont que deux premières étapes.

C’est une opération exemplaire, car elle montre que lorsqu’une entreprise s’ouvre à la Bourse, qu’elle parle aux petits porteurs, aux institutionnels, aux compagnies d’assurance, aux caisses de retraite, aux gérants d’OPCVM, et qu’elle présente un plan cohérent – "je veux 1 milliard" ou "je veux 2 milliards" – le marché répond présent.

Cette fois-ci, l’opération a suscité un très fort engouement : Risma a reçu des souscriptions à hauteur de 21 MMDH, alors qu’elle n’en demandait que 450 MDH. Cela montre que le marché est prêt à apporter 21 MMDH.

- Cela signifie qu'il y a beaucoup trop d'argent en circulation qui ne sert à rien, ou que vous êtes particulièrement attractif ?

- Un peu des deux. Je penche davantage pour la première option. 21 MMDH, c’est impressionnant. Il faut toutefois savoir que, lorsqu’ils souscrivent, les investisseurs ne sont pas obligés d’avoir immédiatement cet argent liquide : ils peuvent justifier d’un portefeuille équivalent à la demande. S’ils sont servis, ils doivent vendre une partie de l’existant pour acheter la nouvelle action. La conclusion reste la même : il y a eu un fort engouement pour cette opération financière lancée par Risma.

- Est-ce que le secteur industriel marocain est suffisamment représenté à la Bourse de Casablanca ?

- Non, sans aucun doute. Le gouvernement fait un effort. Il y a un partenariat entre le ministère de l’Industrie, la Bourse de Casablanca et le ministère des Finances, pour former des promotions d’entrepreneurs et d’entreprises industrielles aux avantages de l’introduction en Bourse. J’ai eu l’occasion de faire une intervention devant la promotion actuelle. La remise des prix est prévue dans ces jours-ci. Il y a donc un effort pour élargir.

- Si je comprends bien, on compte sur la nouvelle génération d'entrepreneurs industriels, pas sur l'ancienne ?

- Ou sur les enfants de l’ancienne : la nouvelle génération au sens âge et ouverture d’esprit, rarement sur les fondateurs historiques.

- Comment explique-t-on la réticence de certains patrons industriels à s'introduire en bourse ?

- Il peut y avoir la peur d’une transparence jugée trop forte, la crainte de se créer des soucis supplémentaires, de devoir communiquer et expliquer au marché ce qu’on fait et sa stratégie.

Tant que l’entrepreneur peut grandir seul, avec ses banques et ses fonds propres, en gardant le dividende dans la société pour le réinvestir, il n’est pas contraint d’aller en Bourse.

Mais à partir d’un moment, si on veut avoir de l’ambition, aller en Bourse est une expression d’ambition : grandir, lever des fonds, investir, acheter, se développer.

- La Bourse de Casablanca reflète-t-elle vraiment la réalité de l'économie marocaine ?

- Elle est surtout composée de très grandes entreprises, ce qui n’est pas totalement représentatif. Le secteur industriel est insuffisamment représenté, et même l’hôtellerie : il n’y a qu’une seule société hôtelière cotée. C’est honteux. Le Maroc est un grand pays touristique mondial, et une seule société touristique cotée.

- S'agit-il d'un manque d’ambition... pas envie de contraintes ?

- Manque d’ambition, refus de la contrainte. Il faut inciter, encourager, pousser. Il faut être extrême au début, pour que cela bascule d’un coup. Ensuite, on peut enlever les incitations.

- Quel est le regard que vous portez, en tant qu'ancien ministre, sur les chiffres des arrivées touristiques dans lesquels on compte aussi les MRE ?

- Quand je suis entré dans le gouvernement de Driss Jettou, en 2002, le Maroc recevait 4 millions de touristes.

La définition d’un touriste est donnée par l’OMT, l’Organisation mondiale du tourisme. Un touriste est un visiteur non résident qui passe au moins une nuit et reste moins d’un an dans le pays. Toutes les statistiques mondiales sont alignées sur cette définition. On ne demande pas la nationalité : il faut être non-résident dans le pays visité.

De ce fait, les premiers clients du tourisme de la France sont les Allemands ; et les premiers clients du tourisme de l’Allemagne sont les Français, puisqu’il s’agit de visiteurs non résidents qui passent au moins une nuit. En général, les voisins sont donc les premiers clients en volume. Le Maroc est aligné sur cette méthodologie. Nous avons ainsi des visiteurs non résidents de l’ordre de pratiquement 20 millions cette année.

Parmi eux, il y a des personnes ayant un passeport marocain qui vivent en France, en Allemagne ou en Angleterre. Il y en a aussi avec des passeports non marocains. Dès lors qu’ils passent au moins une nuit et n’habitent pas au Maroc, il est légitime de les compter, qu’ils aillent dans un Airbnb, dans un hôtel, ou qu’ils louent un appartement entre amis, y compris les MRE. C’est la définition retenue dans les statistiques mondiales du tourisme.

- Dans ces personnes-là, il y a surtout des Marocains du monde. Quelle part cela représente-t-il ?

- Cela correspond à la moitié des arrivées touristiques au Maroc. En 2002, il y avait 4 millions de touristes. À la fin 2007, il y en avait 8 millions. En 2010, on a fait 9,5 millions, pour un objectif de 10 millions. Aujourd’hui, on est pratiquement à 20 millions. On est donc passé de 4 à 20 millions, et le nombre de MRE a augmenté, il a explosé.

Il n’est pas nécessaire de faire un travail énorme pour convaincre les MRE de visiter la terre de leurs aïeux. Ils peuvent venir une fois et ne plus jamais venir ; ils peuvent venir tous les cinq ans. Ils ne sont pas obligés de venir pour les loisirs.

On observe aussi que, vers 2000, il y avait environ 1,5 à 1,6 million de touristes Marocains du monde. Aujourd’hui, il y en a 5 ou 6 millions. Quand j’étais au gouvernement, il y avait 5 millions de MRE y compris au Canada, aux États-Unis et en Europe. Aujourd’hui, on est à 5,5 millions.

- Au fond, l’enjeu est économique : quel est l’objectif du tourisme pour le Maroc ?

- Le tourisme est un secteur économique. Il crée des emplois. Il génère du chiffre d’affaires en devises, ce qui permet d’équilibrer nos importations de produits que nous ne fabriquons pas. Sa croissance est fondamentale pour le Maroc.

Il pèse presque 10% du PIB : 7-8% en estimatif, avec un effet de diffusion très large. Il fait travailler les taxis, les petits bazaristes, et même ceux qui vendent des oranges pressées sur le trottoir. La diffusion macroéconomique du tourisme est énorme.

Au début des années 2000, le chiffre d’affaires en devises du tourisme était de 20 MMDH. C’est un chiffre d’affaires qui correspond à une prestation : une nuit d’hôtel, un taxi, un billet d’avion, etc. Aujourd’hui : 138 MMDH au 31 décembre. C’est un succès spectaculaire.

Une des causes fondamentales de ce succès, c’est l’accord d’Open Sky signé sous notre gouvernement, avec l’Union européenne. Il a permis à davantage de compagnies aériennes de voler vers le Maroc et a fait baisser les prix des billets. Cela a permis aux MRE, qui venaient une fois par an, de venir trois ou quatre fois par an, et aux Français, qui venaient une fois tous les deux ans, de venir trois fois dans l’année. L’Open Sky a été déterminant.

- Concernant les indicateurs macroéconomiques du Maroc en 2026, comment l’année s’annonce selon vous ?

- Depuis le troisième trimestre 2024, il y a une rupture à la hausse du rythme de croissance. Le Maroc a un rythme de croissance "en roue libre" d’environ 3% par an, et entre parfois dans des phases d’accélération. On l’a vécu de 2004 à 2008, avec des croissances de 5% à 5,5% chaque année. La deuxième fois, c’est maintenant : au troisième trimestre 2024, l’économie reprend 200 points de base, soit 2% de croissance supplémentaire..

- Et comment l’expliquez-vous ?

- Il y a un effet cumulatif des mesures. C’est mon avis personnel : je pense que le gouvernement actuel travaille bien. Il arbitre, tranche. Il est rapide, efficace, et délivre. Cela n’a pas forcément été le cas de 2011 à 2021.

La gouvernance est fondamentale : arbitrer, trancher, faire aboutir les dossiers, se concentrer sur les priorités. Ensuite, plusieurs mesures se sont mises en place. Le gouvernement est arrivé fin 2021, dans la sortie du Covid. Il y a eu une inflation très forte sur les matières premières provoquée par l’invasion de l’Ukraine, ce qui a compliqué la tâche. Pendant ce temps, des mesures ont été préparées et mises en place.

Il y a eu une accélération des recettes fiscales, qui ont permis d’accélérer la dépense publique en infrastructures, avec comme prétexte la CAN, ou la Coupe du monde, etc. Cette hausse de la dépense publique crée un effet d’entraînement sur le BTP, l’emploi et la consommation.

Avec un peu de retard, une nouvelle loi sur le logement social et économique a été promulguée, ce qu’on appelle le programme des "aides aux logements". Alors que la production de logements était en berne, cela a permis de la relancer. Il faut ensuite deux, trois, quatre trimestres pour que la mécanique se mette en place.

La rupture apparaît au troisième trimestre 2024, quand on regarde les statistiques trimestrielles du HCP, branche par branche. Il y a l’effet cumulatif des mesures, le travail du gouvernement, et le fait que le pétrole se tient autour de 60 à 65 dollars le baril.

Quand le pétrole monte à 80, 90, 100, les déficits extérieurs pèsent sur le PIB et ralentissent la croissance. Aujourd’hui, le pétrole est "sage" et le dollar s’est effondré. La baisse du pétrole et la baisse du dollar donnent une facture énergétique bien tenue. Il y a donc des éléments qui ne dépendent pas de nous, et la gouvernance, qui dépend de nous : il y a des gouvernements efficaces et d’autres moins efficaces.

- La structure de l’économie marocaine reste dépendante des aléas du climat. Une bonne année économique au Maroc, c'est une bonne année agricole...

- Sauf du troisième trimestre 2024 au quatrième trimestre 2025 : on a eu des trimestres à 4,5% de croissance, alors que l’agriculture était en difficulté. En 2026, on a la chance d’avoir les deux : une dynamique forte dans l’infrastructure, le logement et le tourisme, et la pluie en plus, qui va faire rebondir le PIB agricole. 2026 va être très belle. La conclusion, c’est que les aléas du climat ne sont pas une fatalité : c’est un rajout.

- À l’approche des élections, pensez-vous que les partis de la coalition peuvent continuer ainsi ou que ça va se disperser ?

- C'est toujours compliqué pour des partis qui sont dans une coalition gouvernementale de partir chacun séparément dans une campagne électorale où il faut se démarquer. C'est

un exercice complexe et délicat. Parce qu'en même temps, le gouvernement doit continuer à travailler jusqu'au dernier jour pour le bien de nos compatriotes, pour le bien de notre pays.

Le gouvernement doit fonctionner en juin, en juillet, en août jusqu'au mois de septembre. Et en même temps, chaque parti doit faire des promesses et des engagements électoraux qui lui sont propres, qui doivent le différencier des autres, et doit en même temps assumer le résultat du gouvernement sortant, puisqu'il est membre de la coalition.

Donc c'est un exercice délicat, mais c'est la démocratie qui veut ça.

- Ne risque-t-on pas de diluer l’opération électorale et d’aller totalement vers l’inconnu ? Comment voyez-vous les choses ?

- Il y a à la fois le national et le local. Dans une élection parlementaire, le facteur local est fort : les députés ont une action dans leur circonscription pendant 4-5 ans et peuvent être récompensés s’ils ont été présents, s’ils ont porté la voix de leurs électeurs au Parlement, s’ils sont revenus expliquer ce qui s’y passe, et s’ils ont fait vivre la législature à leurs électeurs. Les élections se jouent circonscription par circonscription.

Au niveau national, il y a beaucoup l’image et le perçu plutôt que le quantitatif : médias, réseaux sociaux. Est-ce que vous êtes beau à la télévision, souriant, ou au contraire triste et angoissé ? Il y a des politiques compétents qui maîtrisent leurs dossiers, mais cela ne passe pas. On ne va pas citer de nom.

- Du point de vue du chef d'entreprise que vous êtes, quel serait le résultat électoral idéal, sur le plan purement économique ?

- Pour rester dans votre question étroite, sur le plan économique, la formule actuelle donne ses fruits. Le gouvernement tranche, débloque, avance, l'investissement se développe, l'investissement étranger se développe, les stratégies sectorielles se déroulent de façon correcte et ça déroule. Et on a des vitesses de croissance qui sont maintenant au-dessus de 5% en volume actuellement (...) Donc, je ne peux pas demander beaucoup mieux. Pour moi, la formule actuelle au plan économique est bonne.

Donc, pronostic électoral : on reprend les mêmes et on repart pour cinq ans, pas forcément dans le même ordre. Par exemple, Istiqlal premier, ça me va très bien.

 

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