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L'UM6P a déjà déposé 91 brevets d'invention et la cadence est en hausse

La mine marocaine est devenue, à l’UM6P, un terrain d’invention. En huit ans, ses chercheurs ont déposé 91 brevets. Derrière ce chiffre, des procédés et des hommes et femmes, et une idée simple : tirer de la roche bien plus que du phosphate.

L'UM6P a déjà déposé 91 brevets d'invention et la cadence est en hausse
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Le 24 juin 2026 à 15h23 | Modifié 24 juin 2026 à 15h23

L’essentiel

  • L’UM6P a déposé 91 brevets entre 2018 et 2026, avec une courbe en hausse quasi continue. Plus de 120 inventeurs et une quinzaine de pays de dépôt sont concernés.
  • Plus de la moitié de ces brevets portent sur l’économie circulaire et la valorisation des rejets : l’idée de "hacker la mine" pour en tirer toujours plus de valeur.
  • Plusieurs inventions sont déjà sorties du laboratoire : un dispositif anti-triche utilisé pour le baccalauréat, une technologie laser exportée aux États-Unis, des pompes fabriquées au Maroc.
  • Sur les batteries, l’université a fait naître un projet industriel, NGB Materials, qui obtient à partir de l’acide phosphorique un matériau pour voitures électriques.

 Les détails

C'est un campus posé au milieu d’une plaine aride, à une cinquantaine de kilomètres de Marrakech. Des bâtiments de terre ocre, des étudiants qui traversent les allées, et, dans des laboratoires que rien ne signale de l’extérieur, des chercheurs dont une partie passe ses journées à décomposer une seule chose : la roche phosphatée. À l’UM6P, la mine est un point de départ et pas l'inverse.

Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de nos interlocuteurs, ce jour-là, c’est un mot qu’on n’attend pas dans une université : "hacker". Hacker la mine. En d'autres termes, la fouiller autrement, la détourner de son usage évident, lui arracher tout ce qu’elle contient encore et que personne ne récupérait. C’est cette philosophie qui se cache derrière un chiffre concret : 91 brevets déposés entre 2018 et 2026.

Une courbe qui monte, presque chaque année

91 brevets en neuf années civiles. Pour saisir ce que cela représente, il faut regarder la courbe année par année. Deux brevets en 2018, quand l’université venait à peine d’ouvrir. Ensuite, la progression est presque ininterrompue, et pour les cinq premiers mois de 2026, une douzaine de titres sont déjà déposés.

L'UM6P a déjà déposé 91 brevets d'invention et la cadence est en hausse L'UM6P a déjà déposé 91 brevets d'invention et la cadence est en hausse

Derrière ces dépôts, plus de 120 inventeurs. Et une ambition qui dépasse les frontières du Royaume : les brevets sont déposés dans une quinzaine de pays, parce que, comme on me l’a répété, "le terrain de jeu est mondial". Un brevet déposé seulement au Maroc ne protège rien dès qu’on passe la frontière. Alors on dépose aux États-Unis, en Chine, là où se jouent de grosses batailles industrielles.

Plus de la moitié de ces brevets portent sur l’économie circulaire et la valorisation des rejets. Autrement dit : transformer en ressource ce qu’on jetait hier. C’est le cœur du réacteur. Le reste se partage entre l’agriculture verte, l’environnement et le digital minier, ainsi que le stockage de l’énergie.

Deux procédés de référence : flottation et démétallisation

L’histoire ne commence pas en 2018. Elle commence en 1973, quand le Maroc rapatrie de France un centre de recherche sur le phosphate, le CERPHOS. De cet héritage sont sorties deux technologies mises au point puis améliorées par l’UM6P, qui tournent dans les usines du groupe.

La première s’appelle la flottation inverse. Le principe est plus simple qu’il n’y paraît : dans la roche brute, le phosphore est noyé au milieu d’autres minéraux. La flottation permet de faire remonter et d’éliminer ce qui ne porte pas le précieux "P", pour enrichir la teneur du minerai. La seconde s’appelle la démétallisation. Là, on s’attaque à l’acide phosphorique, dont on retire les métaux les plus gênants, le cadmium en tête. Certains ont de la valeur. On les retire, oui, mais pour les récupérer et éventuellement les revendre.

"Une technologie, avant d’arriver à l’usine, traverse ce qu’on appelle la vallée de la mort", m’explique-t-on. La vallée de la mort, c’est ce moment où une idée marche en laboratoire mais ne sait pas encore passer à l’échelle industrielle. Beaucoup y restent. Le rôle de l’université, justement, c’est de faire passer ses inventions de l’autre côté.

Quand la recherche descend dans la rue

Plusieurs de ces inventions ont déjà quitté le laboratoire pour devenir des produits, des entreprises, parfois même des exportations.

Prenons le baccalauréat. Vous ne le savez peut-être pas, mais le dispositif anti-triche qui sécurise l’examen national est sorti d’un laboratoire de l’UM6P. Un système non intrusif, qui a permis de doubler le nombre de détections de fraudes. La même équipe a conçu des diplômes impossibles à falsifier. Et la technologie sera exportée.

Prenez ensuite un laser. Un appareil capable d’analyser en temps réel la teneur en phosphate d’un minerai, sans toucher à rien, un peu comme le scanner d’un douanier. Cette technologie, née à Benguerir, est aujourd’hui en cours d’exportation vers les États-Unis. Une invention marocaine vendue à l’Amérique.

Prenez enfin des pompes. Moins spectaculaire, mais tout aussi parlant. Une société issue de l’université conçoit et fabrique désormais ses pompes au Maroc, là où il fallait jusque-là les importer. Son premier client ? Le groupe OCP lui-même, qui en consomme énormément.

Dans la chaîne mondiale des gigafactories

S’il fallait retenir une seule aventure, ce serait peut-être celle des batteries. Les batteries dites LFP sont faites de lithium, de fer et… de phosphate. Or le phosphate, le Maroc en détient 70% des réserves mondiales connues.

Les chercheurs de l’UM6P ont donc mis au point un procédé pour fabriquer, à partir de l’acide phosphorique du groupe, la matière active de ces batteries. Deux brevets protègent ce savoir-faire. Et de ces travaux est né un projet industriel, NGB Materials, porté avec la structure d’innovation du groupe. L’objectif : produire au Maroc des composants de batteries et faire entrer le pays dans la chaîne mondiale des fameuses gigafactories.

Ce que ces brevets racontent

Ces 91 brevets ne sont pas une collection de trophées rangés dans un tiroir. Ils racontent un basculement. Celui d'une institution emblématique qui a longtemps vendu sa roche à la tonne, et qui apprend à en vendre l’intelligence.

Un brevet déposé n’est pas encore une usine, et toutes ces inventions ne deviendront pas forcément des succès commerciaux. L’UM6P est une université créée autour de la recherche ; une université de recherche qui enseigne également. Et pas l'inverse. On dit souvent que le Maroc, ce sont d'abord ses ressources humaines. Dans cette plaine aride, la matière grise vaut plus que la matière première.

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Le 24 juin 2026 à 15h23

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