Depuis le Maroc, la nouvelle présidente de l’IMA plaide pour une coopération culturelle plus ambitieuse avec le Royaume (interview)
À la tête de l’Institut du monde arabe depuis quelques mois, Anne-Claire Legendre veut transformer cette institution patrimoniale basée à Paris en plateforme vivante, capable de parler aux nouvelles générations sans renoncer à l’histoire. Le Maroc y occupe une place de choix, de l’héritage andalou aux industries créatives, en passant par la Coupe du monde 2030.
L'essentiel
- À l’approche du 40e anniversaire de l’IMA en 2027, Anne-Claire Legendre veut engager une nouvelle étape pour l’institution : un lieu plus ouvert, plus attractif pour les jeunes et davantage tourné vers les nouveaux langages culturels.
- Partenaire fondateur de l’Institut du monde arabe, le Maroc occupera une place importante dans la saison 2026-2027, notamment à travers les expositions "Vive la Mariée !" et "Les Secrets de l’Alhambra".
- L’IMA entend donner une caisse de résonance européenne et internationale à la dynamique culturelle marocaine, en particulier dans les industries créatives : mode, design, gaming, animation, art contemporain et livre.
- À l’approche du Mondial 2030, Anne-Claire Legendre voit dans la culture un levier essentiel pour promouvoir l’image d’un Maroc créatif, ouvert et tourné vers l’avenir.
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Les détails
À l’approche du 40e anniversaire de l’Institut du monde arabe (IMA), prévu en 2027, l’ancienne porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Anne-Claire Legendre, entend ouvrir une nouvelle étape pour l’institution qu’elle dirige depuis quelques mois. Son ambition : moderniser l’IMA, renforcer son attractivité auprès des jeunes et accélérer le rayonnement des cultures arabes en Europe.
En visite au Maroc à l’invitation du ministre de la Culture, Mehdi Bensaïd, la nouvelle présidente mise sur une coopération renforcée avec le Royaume, à travers de grandes expositions, de nouveaux partenariats culturels et une présence accrue lors des grands rendez-vous internationaux à venir, notamment la Coupe du monde 2030. Une occasion, selon elle, de promouvoir l’image d’un Maroc “créatif, ouvert et tourné vers l’avenir”.
Faire de l’IMA une passerelle culturelle plus ouverte et tournée vers la jeunesse
Médias24 : Comment envisagez-vous de renforcer le rôle de l’IMA comme passerelle culturelle entre le monde arabe et l’Europe dans un contexte international en pleine mutation ?
Anne-Claire Legendre : C’est la raison d’être de l’Institut du monde arabe : faire dialoguer la France, l’Europe et le monde arabe.
Dans une période d’une grande volatilité, ce rôle de passerelle n’est pas un acquis, mais une responsabilité que nous devons faire vivre concrètement, par la programmation et par les partenariats notamment.
Notre saison 2026-2027 traduit cette ambition : conçue avec la langue arabe comme fil conducteur, elle met en dialogue patrimoine, création contemporaine et transmission, autour de trois axes – "Héritages et circulations", "Les nouvelles scènes" et "La fabrique des savoirs". Rappelons que l’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France : le valoriser, l’encourager, c’est, par conséquent, tisser du lien.
Par ailleurs, l’IMA aborde une phase de renouvellement, à l’occasion de son 40e anniversaire en 2027 et de la refonte de son musée, engagée la même année, avec pour objectif d’être un lieu encore plus ouvert, davantage tourné vers les nouvelles générations et vers les nouveaux langages culturels, pour rester une passerelle qui reflète la richesse des scènes créatives arabes.
Un partenaire fondateur au cœur de la programmation de l’IMA
Médias24 : Sachant que le Maroc occupe une place particulière dans l’histoire du monde arabe, quels projets allez-vous développer pour mettre en valeur son patrimoine culturel au sein de l’IMA ?
Anne-Claire Legendre : Partenaire fondateur de l’IMA, le Maroc occupe en effet une place particulière dans l’histoire de notre institution, car c’est un partenaire de confiance avec lequel nous valorisons depuis des années la richesse de son patrimoine culturel.
Concrètement, le patrimoine marocain, matériel et immatériel, sera très présent dans notre programmation, notamment à travers l’exposition "Vive la Mariée !", qui mettra à l’honneur des parures et des objets patrimoniaux, dont certains proviennent de prestigieuses institutions marocaines, ainsi que "Les Secrets de l’Alhambra", qui explorera un héritage andalou dont les résonances restent vives dans la culture marocaine d’aujourd’hui.
À travers sa programmation hors les murs, l’IMA rayonnera aussi au Maroc même, à Casablanca et à Fès, autour de la photographie, des arts visuels et de la culture juive.
Lors de ma visite, nous avons aussi engagé des échanges avec la Bibliothèque nationale du Royaume, les Archives du Maroc et l’INSAP, notamment pour valoriser la recherche archéologique marocaine. Et notre partenariat avec l’Académie du Royaume du Maroc se poursuit dans le cadre des Journées de l’Histoire de l’IMA.
Le Maroc bénéficiera d’une place exceptionnelle en 2026 et 2027
Médias24 : Allez-vous organiser de grandes expositions, manifestations artistiques ou événements consacrés au Maroc au cours des prochaines années ?
Anne-Claire Legendre : Absolument, et cela commence dès la saison 2026-2027, qui accorde une place exceptionnelle au Royaume, avec les grands rendez-vous cités précédemment, à savoir "Vive la Mariée !", du 28 septembre 2026 au 28 février 2027, consacrée au mariage dans le monde arabe avec une place de choix faite au Maroc, et "Les Secrets de l’Alhambra", du 24 novembre 2026 au 16 mai 2027.
Au-delà des expositions, la saison fera une large place à des festivals, des rencontres littéraires et des événements musicaux dédiés aux nouvelles générations d’artistes.
Médias24 : Quels seront les principaux axes de cette programmation ?
Anne-Claire Legendre : En premier lieu, le patrimoine et ses circulations en Méditerranée, et ensuite les nouvelles scènes créatives – mode, design, animation, gaming, musiques actuelles.
Enfin, la fabrique des savoirs, avec par exemple les Journées de l’Histoire, dont l’édition 2026 portera sur les sciences arabes et la philosophie. Le tout sous le signe de la jeunesse, qui structure l’ensemble de la saison.
Mode, design, gaming : cap sur les nouvelles scènes créatives marocaines
Médias24 : Comment l’IMA peut-il accompagner la dynamique positive du Maroc dans des domaines aussi variés que la culture, le tourisme, les industries créatives et le sport auprès des publics internationaux ?
Anne-Claire Legendre : Avant de vous répondre, je tiens à préciser que ce qui frappe d’emblée au Maroc, c’est la vitalité et l’inventivité de sa scène culturelle, portées par une dynamique d’infrastructures et d’institutions remarquable.
Le Maroc s’affirmant aujourd’hui comme une véritable puissance culturelle, notre rôle est, par conséquent, de donner à cette dynamique une caisse de résonance européenne et internationale.
Sur les industries culturelles et créatives, des discussions sont en cours avec le ministère pour renforcer la coopération : professionnalisation des jeunes créateurs par des programmes de résidence, de publication et d’exposition, et travail sur des secteurs comme le gaming, le design, la mode, l’art contemporain et le livre.
Le Maroc est, par exemple, avec d’autres, l’un des acteurs du monde arabe les plus visibles sur le jeu vidéo et l’animation.
Pour renforcer cette visibilité, nous nous appuierons sur des rendez-vous parisiens de premier plan et nous allons lancer trois prix annuels – mode, design et art contemporain – qui seront remis en marge de la Fashion Week, de la Paris Design Week et d’Art Basel Paris.
C’est une manière très concrète d’exposer les créateurs marocains aux publics et aux professionnels internationaux.
Le Mondial 2030 pour promouvoir un Maroc tourné vers l’avenir
Médias24 : À l’approche de grands événements planétaires que le Maroc accueillera, comme le Mondial de football en 2030, y a-t-il des opportunités de coopération entre l’IMA et les institutions marocaines pour promouvoir son image à l’international ?
Anne-Claire Legendre : Bien au-delà du seul événement sportif, ces grands rendez-vous sont une formidable occasion de montrer un Maroc créatif, ouvert et tourné vers l’avenir. La culture aura bien évidemment toute sa place dans cet élan, et l’IMA, comme passerelle entre les deux rives de la Méditerranée, pourra y contribuer de manière active.
Notre logique consiste à faire dialoguer culture, création et nouveaux usages numériques. La refonte de l’IMA, à partir de 2027, intégrera des dispositifs immersifs et de gamification.
De cette manière, nous comptons contribuer à l’Esports World Cup 2026, que la France accueillera à Paris, car ce sont des terrains de coopération nouveaux qui sont parfaitement en phase avec les filières où le Maroc se positionne.
Avec les échéances bilatérales à venir entre la France et le Maroc, nous espérons, par conséquent, ouvrir une page encore plus ambitieuse de notre coopération.
Partant du constat que l’image d’un pays se construit aussi par sa culture, c’est précisément sur ce terrain que l’Institut du monde arabe pourra accompagner le Maroc à l’étranger.
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