Aviculture : les prix des poussins au plus bas, éleveurs en difficulté, alerte la FISA
Au Maroc, la filière des poussins de chair et des viandes blanches traverse une crise marquée par l’effondrement des prix à la production, des pertes financières pour les éleveurs et des perturbations d’approvisionnement en aliments composés. Malgré une hausse de la production en 2025, ces déséquilibres ne profitent pas au consommateur final.
Le secteur marocain de la production des poussins de chair et des viandes blanches traverse une crise profonde, marquée par un effondrement des prix à la production, des perturbations d’approvisionnement en aliments composés et des dysfonctionnements persistants dans la commercialisation, alerte la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA).
La filière avicole nationale connaît, au cours de la période récente, une situation particulièrement préoccupante affectant l’ensemble de la chaîne de production et de distribution. Cette conjoncture intervient malgré les efforts déployés par les professionnels pour assurer un approvisionnement régulier du marché et préserver la stabilité des prix au bénéfice du pouvoir d’achat des ménages.
Face à une forte demande en viandes blanches, les opérateurs affirment avoir adopté une stratégie anticipative reposant sur une hausse significative de la production. En 2025, la production hebdomadaire de poussins de chair a ainsi atteint près de 10,4 millions d’unités, en progression d’environ 11% par rapport à 2024. Dans le même temps, la production de viandes de volailles a enregistré une hausse de 14%, traduisant l’engagement du secteur à répondre à la demande nationale.
Cependant, cette augmentation soutenue, non accompagnée de mécanismes de régulation adaptés, a provoqué un effondrement historique des prix des poussins, dont le prix unitaire est tombé autour de 0,5 dirham, un niveau bien inférieur aux coûts réels de production. Cette situation entraîne des pertes financières importantes et menace la viabilité de plusieurs unités d’élevage.
La crise s’étend également aux producteurs de poulets de chair. Depuis le dernier trimestre 2025, les prix de vente à la sortie des fermes oscillent entre 9 et 12 dirhams le kilogramme de poulet vif, sous l’effet d’une offre excédentaire. Ces niveaux ne couvrent pas les charges de production, notamment l’alimentation animale, l’énergie et les services vétérinaires, faisant peser un risque réel de ralentissement de la production à moyen terme.
Paradoxalement, cette baisse marquée des prix à la production ne se répercute pas sur le consommateur final. Selon la FISA, cette situation s’explique par des dysfonctionnements structurels dans les circuits de commercialisation, caractérisés par la multiplication des intermédiaires et des pratiques spéculatives qui neutralisent l’impact de la baisse des coûts en amont.
À ces tensions économiques s’ajoute une crise récente d’approvisionnement en aliments composés, liée à l’impossibilité de décharger certains navires dans les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar en raison de perturbations météorologiques. Cette contrainte a entraîné des pénuries de matières premières et des ruptures de stocks dans les usines d’aliments pour bétail, affectant directement les filières de l’élevage et de la volaille, avec une hausse attendue des coûts de production, notamment en raison des pénalités de retard.
Face à cette accumulation de difficultés, la FISA appelle à la mise en place urgente de mécanismes de sécurisation de l’approvisionnement en matières premières et à une réorganisation de la chaîne de production et de commercialisation des viandes blanches. L’objectif est d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre et la demande, d’encadrer les circuits de distribution, de limiter les pratiques spéculatives et de préserver l’équilibre entre les intérêts des producteurs, le pouvoir d’achat des consommateurs et la durabilité économique d’un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire nationale.
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