Première au Maroc, une implantation cochléaire réalisée sous guidage endoscopique
Une implantation cochléaire a été réalisée pour la première fois au Maroc sous guidage endoscopique. Cette intervention, effectuée par le Pr Hassan Chelly, ORL, marque l’introduction d’une nouvelle approche technique offrant une visualisation directe des structures profondes de l’oreille et une meilleure maîtrise du geste chirurgical.
Le 26 novembre 2025 marque une avancée majeure pour la chirurgie otologique au Maroc. Pour la première fois, une implantation cochléaire a été réalisée sous guidage endoscopique, une technique de pointe permettant une visualisation directe et élargie des structures profondes de l’oreille.
Cette intervention pionnière a été menée avec succès par le Pr Hassan Chelly, oto-rhino-laryngologue (ORL), consacrant une nouvelle étape dans l’adoption de technologies chirurgicales avancées dans les établissements marocains.
Jusqu’ici, l’implantation cochléaire était réalisée au Maroc selon la méthode traditionnelle : microscope opératoire, mastoïdectomie et tympanotomie postérieure. Deux implantations par robot chirurgical ont été récemment réalisées par ailleurs.
L’approche endoscopique, elle, permet un accès direct à des zones parfois difficiles à exposer, notamment la fenêtre ronde, point clé pour l’insertion de l’électrode.
"C'est une réalisation technique que même certaines équipes européennes ne pratiquent pas encore. L’exploit réside aussi dans la maîtrise du geste à une seule main : la gauche tient l’endoscope, tandis que la droite réalise l’insertion millimétrique de l’électrode", explique le Pr Chelly à Médias24.
L’intervention : une précision millimétrée
L’opération s’est déroulée en deux grandes étapes complémentaires. Dans un premier temps, le Pr Chelly a utilisé les techniques classiques sous microscope pour créer un accès sécurisé vers l’oreille interne.
Puis vient la véritable innovation : la phase endoscopique. Grâce à une petite caméra introduite dans l’oreille, l’équipe a pu visualiser de manière panoramique la zone de la fenêtre ronde, l’endroit précis où les électrodes doivent être insérées.

L’endoscope permet d’agrandir considérablement le champ de vision et de voir des détails invisibles au microscope. Cela facilite une ouverture plus fine, un geste plus délicat et un fraissage extrêmement précis. Cette visibilité améliorée permet au chirurgien de guider l’électrode HiRes Ultra 3D millimètre par millimètre, tout en surveillant en direct son avancée dans la cochlée.
Selon le Pr Chelly, cette méthode réduit les risques pour les structures sensibles comme le nerf facial et augmente les chances de préserver l’audition résiduelle du patient. En d’autres termes, c’est un geste plus sûr, plus précis et plus protecteur.
Ce qui change entre endoscopie et technique traditionnelle
L’endoscopie transforme profondément la pratique :
- Visualisation améliorée de l’oreille moyenne et interne
- Adaptation aux anatomies complexes : malformations, variations congénitales, otospongiose avancée
- Moins invasive que les approches classiques
- Meilleur contrôle de l’insertion grâce à la vision directe
- Réduction potentielle des complications
Cette évolution s’inscrit dans une tendance internationale, soutenue par les progrès technologiques en imagerie, monitoring et finesse des électrodes.
L’implant cochléaire : un outil qui change des vies
L’implantation cochléaire reste l’une des plus grandes innovations en ORL. Elle permet aux personnes atteintes de surdité sévère à profonde, et aux enfants sourds précoces, de retrouver une perception auditive fonctionnelle grâce à un dispositif électronique implanté dans la cochlée.
Son fonctionnement repose sur :
- la transformation du son en signaux électriques ;
- la stimulation directe du nerf auditif ;
- l'interprétation du signal par le cerveau.
Les résultats sont souvent spectaculaires : compréhension de la parole, repérage des sons, et, chez l’enfant implanté tôt, acquisition du langage, rappelle le Pr Chelly.
Le Maroc a récemment réalisé des implantations cochléaires assistées par robot dans des hôpitaux publics, une première en Afrique. Cependant, comme le précise le Pr Chelly, "ces interventions robot-assistées ne reposaient pas sur un guidage endoscopique".
Cette nouvelle réalisation vient donc compléter la montée en compétences du pays dans le domaine de la surdité sévère à profonde. L’introduction de techniques d’avant-garde (robot, endoscopie, imagerie de haute précision..) ouvre la voie à une meilleure équité en santé auditive, pour les enfants comme pour les adultes.
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