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Santé

Ozempic au Maroc : un médicament innovant, mais réservé aux plus riches

Après la controverse autour de son usage détourné, l’Ozempic se retrouve au cœur d’un nouvel enjeu : l’accès aux génériques. Une clause d’exclusivité de cinq ans pourrait empêcher l’arrivée de versions abordables au Maroc, transformant ce traitement en "médicament de riches".

Ozempic la polémique rebondit avec le blocage des génériques au Maroc
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Le 20 novembre 2025 à 13h27 | Modifié 20 novembre 2025 à 15h31

L’Ozempic, un traitement à base de sémaglutide utilisé contre le diabète de type 2 et administré une fois par semaine, est présenté sur de nombreux marchés comme une innovation thérapeutique majeure face à une maladie chronique en pleine progression au Maroc.

Il y a quelques jours, Médias24 révélait le lancement officiel de l’Ozempic (sémaglutide) au Maroc, alors même que le médicament suscite déjà la controverse autour de son usage détourné pour la perte de poids.

Mais ce n’est pas la seule ligne de tension, une nouvelle polémique émerge aujourd’hui, cette fois autour de l’accès aux versions génériques, beaucoup plus abordables. L’International Treatment Preparedness Coalition MENA (ITPC MENA) alerte sur un verrou réglementaire qui risque de transformer Ozempic en un "médicament de riches".

Exclusivité des données : le verrou qui retarde les génériques d’Ozempic

Le Maroc accorde cinq années d’exclusivité des données cliniques à tout médicament innovant. Durant cette période, les fabricants de génériques ne peuvent pas utiliser les données déjà produites pour demander une autorisation de mise sur le marché.

Dans les faits, cela signifie que même lorsqu’un générique existe déjà sur d’autres marchés, est jugé sûr et efficace, et n’est couvert par aucun brevet encore valide, il demeure bloqué au Maroc. La seule alternative pour les producteurs serait de relancer des essais cliniques complets; une démarche coûteuse, longue et, dans certains cas, éthiquement discutable.

Pour l’ITPC MENA, cette rigidité dépasse les exigences internationales, notamment celles prévues par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui laissent aux pays une marge de manœuvre pour accélérer l’accès aux traitements essentiels. En conséquence, le Maroc se prive temporairement de solutions thérapeutiques équivalentes mais bien moins onéreuses.

Un coût inaccessible pour la majorité des patients

L’écart de prix entre l’original et ses génériques potentiels est significatif. En Europe, un stylo d'Ozempic 0,5 mg coûte environ 76 €, soit plus de 300 € par mois à raison de quatre injections. À l’inverse, au Bangladesh, un générique comme Fitaro est commercialisé autour de 5 € le stylo.

Si un tel générique était autorisé au Maroc, il rendrait le traitement accessible à un plus grand nombre de patients diabétiques, réduirait les complications médicales coûteuses et limiterait la pression sur le système d’assurance maladie. Il représenterait également une opportunité pour l’industrie locale du générique, à un moment où le Royaume affiche clairement son ambition de renforcer sa souveraineté pharmaceutique.

Aujourd’hui, avertit l’ITPC MENA, l’exclusivité automatique de cinq ans accordée à Ozempic handicape l’accès des patients et renforce la dépendance envers un seul fournisseur étranger.

Plusieurs pays ont révisé leur cadre juridique pour éviter un verrouillage prolongé du marché. La Jordanie, par exemple, a notamment introduit en 2015 un mécanisme limitant la portée de l’exclusivité des données : celle-ci cesse de s’appliquer si le médicament est commercialisé à l’étranger depuis plus de 18 mois. Cela permet d’autoriser rapidement les génériques lorsque le médicament original est déjà largement disponible et documenté.

Dans un nouveau décret en préparation sur les autorisations de mise sur le marché, l’ONG plaide pour :

  • une limitation de la protection des données lorsqu’un médicament est déjà commercialisé depuis longtemps ailleurs ;
  • l’exclusion de cette protection si des génériques existent déjà dans des régulateurs reconnus, ou si le brevet est expiré ;
  • la possibilité pour l’Agence du médicament de déroger à l’exclusivité des données en cas d’enjeux de santé publique, de contraintes budgétaires ou pour encourager la production locale.

Au-delà d’une simple question de prix, cette polémique reflète un débat plus large sur la souveraineté pharmaceutique du Maroc. Selon l’ITPC MENA, en maintenant une exclusivité automatique de cinq ans, le Royaume se prive de l’opportunité de développer son industrie de génériques, tout en limitant l’accès d’un médicament innovant à ceux qui en ont besoin.

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Le 20 novembre 2025 à 13h27

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