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Pénurie hydrique. L’impact sévère du réchauffement climatique sur les cours d’eau

Au Maroc, sept années consécutives de sécheresse ont affaibli les cours d’eau, aujourd’hui menacés par la rareté croissante des précipitations et la hausse exponentielle des températures. L’amplification de ces phénomènes extrêmes pourrait fragiliser plusieurs régions du Maroc.

Pénurie hydrique. L’impact sévère du réchauffement climatique sur les cours d’eau
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Le 14 octobre 2025 à 19h44 | Modifié 15 octobre 2025 à 8h02

L'impact des changements climatiques s'intensifie. En raison de sa position géographique au nord du Grand Sahara, le Maroc subit des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, dont le plus dévastateur est la sécheresse.

Sa fréquence a considérablement augmenté : le pays est passé de 5 épisodes de sécheresse en 40 ans (1940-1979) à 10 épisodes en seulement 22 ans (1980-2002). Aujourd'hui, le Maroc est impacté par sept années consécutives de sécheresse, qui entravent considérablement son développement socio-économique.

Lors d'une séance de questions orales à la Chambre des représentants, tenue ce mardi 14 octobre 2025 et portant sur la politique gouvernementale de l’eau, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a précisé : « Nous en sommes à la septième année consécutive de sécheresse. Nous abordons probablement déjà une huitième. Les apports hydriques enregistrés depuis le début de la saison, soit du mois de septembre jusqu'à aujourd’hui, ne dépassent pas les 160 millions de mètres cubes. Nous sommes donc dans une situation critique, même si l’année dernière a connu une amélioration relative par rapport aux années précédentes».

En plus des projets de mobilisation des eaux non conventionnelles en cours de développement, notamment la station de dessalement, Nizar Baraka a rappelé l’importance des barrages pour réduire le déficit hydrique exceptionnel que connaît le Maroc.

Le pays a ainsi achevé la construction de six barrages durant les trois dernières années et prévoit de finaliser, à l’horizon 2027, onze grands barrages, quatre barrages moyens et 155 barrages collinaires.

Une année 2024 en demi-teinte : le mirage de l'amélioration face aux séquelles de la sécheresse

Durant la saison dernière (septembre 2024 à mai 2025), le bilan hydrique du Maroc a présenté une image contrastée. Après un début de saison prometteur, marqué par des précipitations supérieures à la normale dans l'est du pays, les mois de novembre, décembre et janvier se sont révélés particulièrement secs. La tendance ne s'est inversée qu'à partir de la mi-février, avec un retour significatif des pluies en mars et avril 2025.

La pluviométrie moyenne enregistrée sur l'ensemble du territoire s'est élevée à 112 mm. Ce chiffre masque une autre réalité : s'il représente un excédent de 85,4 % par rapport à la saison précédente, marquée par une sécheresse intense (60,5 mm), il reste déficitaire de 18,4 % par rapport à la normale (1991-2020). Ce déficit se confirme au niveau national, atteignant un total de 20 %.

Au niveau des bassins, la situation est également négative pour la plupart des bassins hydrauliques, avec des baisses notables de -30 % dans le Tensift et -22 % dans le Sebou. En revanche, le bassin de Guir-Ziz-Ghris fait figure d'exception, affichant une augmentation remarquable de +67 %.

De son côté, l’enneigement constitue une source importante pour alimenter les cours d’eau et également les nappes souterraines. Durant la saison précédente, les montagnes ont enregistré un enneigement significatif totalisant 45 jours de neige recensés dans le Grand Atlas et le Rif et une superficie couverte de 14.000 km².

Par rapport à 2024, les réserves des barrages ont légèrement augmenté pour atteindre le seuil de 40% en mai 2025, alors qu’aujourd’hui et malgré quelques précipitations disparates les réserves totales ne dépassent pas 32%, dont la moitié est stockée dans le bassin de Sebou et de Loukkous.

Impact du changement climatique sur les cours d’eau (étude scientifique)

Une étude scientifique récente, menée par une équipe franco-marocaine, a évalué l’impact des changements climatiques sur l'écoulement des cours d'eau dans le bassin supérieur de l'Oum Er Rbia, en amont du barrage Ahmed El Hansali.

Selon le scénario intermédiaire (RCP 4.5), les débits des rivières Oum Er Rbia, Srou et Ouaoumana, objets de cette étude scientifique, devraient connaître une réduction du débit annuel moyen allant de 16,2 % à 26 %.

Quant au scénario pessimiste (RCP 8.5), ces cours d’eau devraient connaître des baisses de débit pouvant atteindre 44 % d'ici 2100, tandis que les hausses de températures pourraient potentiellement doubler, atteignant des pics allant jusqu'à 100 %.

La réduction substantielle des précipitations annuelles et saisonnières aura un impact significatif sur l'approvisionnement en eau de ce bassin. Les projections indiquent une diminution progressive des apports : de 80 à 137 hm³ pour la période 2025–2050, de 136 à 191 hm³ pour la période suivante (2051–2075), et enfin, une baisse allant de 118 à 288 hm³ entre 2076 et 2100.

D'ici 2050, les débits des rivières Oum Er Rbia, Srou et Ouaoumana – qui sont des contributeurs essentiels à l'approvisionnement en amont du barrage – connaîtront une diminution notable durant l'hiver, la saison la plus cruciale pour la disponibilité en eau. Cette baisse, observée dans les deux scénarios climatiques, sera respectivement de 14,6 % à 19,3 % pour l'Oum Er Rbia, de 36,1 % à 41,7 % pour le Srou, et de 48 % à 50,8 % pour l'Ouaoumana.

D’ici 2100, la baisse des débits devrait atteindre un pic de 38,6 % pour l’Oum Er Rbia et d’environ 67 % pour les rivières Srou et Ouaoumana, entraînant des pertes en eau estimées à 58 hm³, 69 hm³ et 10 hm³ respectivement.

Bien que ces facteurs n'aient pas été modélisés dans cette étude, les auteurs estiment que d'autres facteurs, tels que les activités humaines (notamment la déforestation, l'intensification agricole et les mauvaises pratiques de gestion agricole) peuvent influencer significativement les régimes d'écoulement des cours d'eau.

Rappelons que le barrage Ahmed Al Hansali, tout comme celui d’Al Massira, est confronté à une baisse drastique de ses réserves. Actuellement, son taux de remplissage dépasse à peine les 16 %. Ce chiffre contraste fortement avec celui du 3 mai 2018, la dernière année, où le barrage était presque plein, affichant un taux de retenue de 97,7 % (soit environ 652,8 millions de mètres cubes).

Les projections climatiques sur la disponibilité des cours d’eau au Maroc

Développée par le World Resources Institute (WRI), la plateforme Aqueduct permet d'évaluer les risques liés à l'eau, tels que les inondations, les sécheresses et le stress hydrique. Elle s'appuie sur une méthodologie évaluée par les pairs, ainsi que sur les meilleures données disponibles, pour générer une modélisation fiable.

Au Maroc, le risque d'épuisement des ressources en eau est estimé très élevé sur l'axe Casablanca-Rabat, s'étendant vers l'est jusqu'à Béni Mellal, représentant la zone de plus grande vulnérabilité au Maroc. C'est une région qui concentre également une part majeure de l'activité agricole et industrielle du Maroc.

La pression sur les ressources hydriques est considérée comme élevée le long de l'axe Tanger-Larache, aux environs de Fès, ainsi que dans le sud d'Agadir vers Tiznit et Tafraout.

Le risque est classé de faible à moyen dans des régions comme la Chaouia, le Gharb, la côte méditerranéenne et le Sud-Est du pays. Enfin, une pression faible est observée dans la région de l'Oriental et sur l'axe Khénifra-Azilal.

La variabilité hydrologique dans les bassins marocains présente deux dimensions distinctes. D'une part, la variabilité saisonnière (fluctuations au cours de l'année) est considérée comme moyenne à élevée dans le bassin du Sebou, la Chaouia et le plateau des phosphates, mais faible dans la région s'étendant d'El Jadida à Safi, Benguerir, l'Oriental et une partie du Sud-Est.

D'autre part, la variabilité interannuelle (fluctuations d'une année sur l'autre) est jugée extrêmement élevée dans la région de Taroudant jusqu'à Sidi Ifni. Elle est élevée le long de l'axe côtier Agadir-Essaouira et Casablanca-Tanger, moyenne le long d’Oued Sebou et de la côte méditerranéenne, et faible à moyenne aux environs d'Ouarzazate.

La raréfaction croissante des ressources hydriques au Maroc confirme que la gestion du risque climatique ne peut plus être conjoncturelle mais structurelle.

Les programmes de mobilisation des eaux non conventionnelles, l’accélération des chantiers de barrages et la réutilisation des eaux usées constituent des leviers essentiels, mais ils devront être accompagnés d’une refonte des usages et d’une gouvernance intégrée des bassins.

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Le 14 octobre 2025 à 19h44

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