Les importations d’or bondissent de 144% : une progression liée à la formalisation, non pas à la demande
Sur les cinq premiers mois de 2025, les importations d’or ont bondi de 144% en glissement annuel, laissant penser à une forte hausse de la demande. Pourtant, cette envolée s’explique surtout par une vague progressive de formalisation des importateurs.
Selon le dernier bulletin des échanges extérieurs publié par l’Office des changes, les importations d'or industriel ont atteint 722 MDH sur les cinq premiers mois de 2025, contre 295 MDH un an plus tôt, à la même période.
Cette envolée spectaculaire, dépassant les 140%, soulève des interrogations sur ses causes profondes et ses effets potentiels sur le marché national.
Surtout que ce sursaut intervient dans un contexte international marqué par une flambée des cours de l’or brut, soutenue par les incertitudes géopolitiques persistantes et l’assouplissement progressif des politiques monétaires des grandes banques centrales, notamment après un long cycle restrictif.
Plus de régularisation : le secret de l’envolée des importations d'or
Interrogé par Médias24, le président de la Fédération marocaine des bijoutiers relativise cependant cette hausse apparente. Selon Driss El Hazzaz, "la hausse spectaculaire des importations d’or en 2025 est, en réalité, trompeuse. Ce n’est pas un boom de la demande. Cette hausse reflète en réalité une régularisation des achats, qui tend à se généraliser parmi les importateurs".L’augmentation des importations n’est pas un signal de croissance du marché. C’est un déplacement de l’informel vers le formel."Ce que montrent aujourd’hui les statistiques de l'Office des changes, c’est simplement une mise en conformité de circuits qui existaient déjà en marge. Rien de plus, et peut-être même moins que les flux réels des années passées", précise notre interlocuteur.
Pour lui, cette dynamique de mise en conformité n’est pas née de rien. Elle s’est accélérée à la faveur d’événements concrets survenus au cours des derniers mois.
"Plusieurs importateurs ont été contraints de sortir de l’informel. La pression est montée après des saisies d’or cette année. Cela a refroidi les circuits parallèles. En Europe, les intermédiaires exigent désormais plus de garanties et de frais pour acheminer l’or. Pour beaucoup, il est devenu plus rationnel de s’aligner sur les procédures officielles".
Contraintes réglementaires et transition vers le formel
Selon Driss El Hazzaz, ce qui stimule fortement l’activité informelle et la contrebande dans l’importation de l’or, c’est la réglementation restrictive encadrant les transactions et les sorties d'argent.
"L’Office des changes ne permet pas de sortir une avance considérable sans contrepartie marchandise, alors que les producteurs exigent une avance importante avant de livrer l’or. La majorité d’entre eux demande des avances pouvant atteindre 90%, ce qui est en contradiction avec la politique de change. Cette incompatibilité pousse certains importateurs à recourir à des circuits officieux", explique le président de la Fédération marocaine des bijoutiers.
Face à ces contraintes, certains commerçants ont adopté une stratégie innovante : la formalisation collective. "Confrontés aux restrictions, nous nous sommes organisés avec d’autres commerçants et avons décidé de nous structurer. Nous avons créé une société et engagé un dialogue avec les autorités compétentes afin de pouvoir régler 100% du montant des achats à l’international avant de recevoir la contrepartie (l'or)", indique notre interlocuteur.
Conscientes de ces enjeux, les autorités ont assoupli leur position pour encourager l’intégration progressive des acteurs.
"Au départ, les autorités proposaient d’octroyer cette autorisation après deux ans d’activité formelle. Puis elles ont réduit ce délai à un an. Mais, après l’insistance des bijoutiers, elles ont accepté de nous l’accorder au bout de six mois seulement", conclut-il.
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