L’augmentation des prix du labour favorise des techniques agricoles alternatives
La hausse des prix du carburant a eu un effet inflationniste sur le coût des travaux du sol qui a augmenté de 50 % ces dernières années, atteignant jusqu’à 300 DH par hectare. Cette situation pousse davantage d’agriculteurs à se tourner vers des techniques alternatives, telles que le semis direct.
Les récentes précipitations enregistrées dans plusieurs régions agricoles du pays ont marqué le début des travaux de labour. Toutefois, les frais liés à cette opération, qui ne présente pas que des avantages, ont fortement augmenté ces quatre dernières années. En conséquence, de plus en plus d’agriculteurs se tournent vers des pratiques agricoles alternatives, telles que le semis direct.
Le labour est une technique agricole qui consiste à retourner et à ameublir la couche supérieure du sol, dite terre arable, notamment à l’aide d’un outil comme une charrue souvent attelée à un tracteur. Cette pratique vise plusieurs objectifs :
- Aérer le sol : en retournant la terre, on permet une meilleure circulation de l’air et de l’eau, ce qui favorise le développement des racines des plantes;
- Incorporer les résidus végétaux : les débris de cultures ou les engrais organiques peuvent être enfouis dans le sol, améliorant sa fertilité;
- Contrôler les mauvaises herbes : le labour enfouit les herbes indésirables, réduisant leur croissance et donc leur nuisance;
- Préparer le sol pour les semis : il crée une surface plus homogène et meuble, propice à l'ensemencement.
Cependant, "le prix des travaux du sol a augmenté d’environ 50 % depuis 2020. Il est passé de 150-200 DH par hectare, selon la nature du sol, à 250-300 DH", indique à Médias24 une source professionnelle. Cette hausse significative n’est pas uniquement due à l’augmentation des prix du carburant nécessaire au fonctionnement des tracteurs.
Elle trouve aussi une explication dans le retard des pluies, "qui incitent les agriculteurs à repousser le labour jusqu’à l’arrivée des précipitations. En conséquence, la demande accrue sur une période réduite a également une influence sur la hausse des prix", ajoute notre interlocuteur.
Le choix de retarder le labour est compréhensible car le travail du sol après les précipitations stimule la germination des graines, améliore la structure du sol et en accroît la perméabilité. "Il optimise également le rendement des cultures en supprimant les mauvaises herbes qui pourraient proliférer après les pluies", assure la Direction régionale de l’agriculture de Fès-Meknès.
Agriculture de conservation et semis direct
Face à la hausse des prix du labour, les exploitants agricoles n’ont pas renoncé à cette opération, mais se sont plutôt orientés vers des pratiques agricoles alternatives, telles que l’agriculture de conservation comme le semis direct. En effet, cette technique vise à limiter ou à éviter le labour. Elles se développent pour préserver les sols car le labour présente des inconvénients, tels que l'érosion, la perturbation des micro-organismes ou encore la dégradation de la structure du sol à long terme.
Le semis direct, encouragé par le ministère de l'Agriculture dans le cadre du Programme national de semis direct, constitue une alternative prometteuse. Ce programme ambitionne d’étendre cette technique à 1 million d’hectares, soit 25 % des surfaces céréalières, d’ici 2030. Avec une enveloppe budgétaire de 1,1 milliard de dirhams et une valeur ajoutée prévisionnelle de 1,6 milliard DH, il a pour objectif de soutenir 200.000 agriculteurs.
Un appui essentiel, car le semis direct nécessite un investissement initial important en matériel et une utilisation accrue d'herbicides pour gérer les mauvaises herbes (conséquence d’un sol non retourné), mais il présente des avantages notables, surtout en période de pénurie d’eau.
"Les méthodes actuelles de labour intensif rendent les sols plus vulnérables à la sécheresse, à l'érosion et à la perte de fertilité", rappelle le ministère de l'Agriculture. En plus d'améliorer la conservation des sols, le semis direct permet de réduire les coûts d’installation des cultures jusqu’à 60 %, en diminuant notamment les travaux du sol.
Campagne céréalière. Le semis direct continue de tracer son sillon (Infographies)
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