Une grève nationale dans tous les établissements de santé les 22 et 23 mai
À l'exception des services d'urgence et de réanimation, tous les établissements de santé du Royaume entreront en grève les mercredi 22 et jeudi 23 mai. La Coordination syndicale nationale du secteur de la santé tient le gouvernement pour responsable et brandit la menace d'une escalade, en l'absence de réponse à ses revendications.
Dans le cadre du déploiement de son programme revendicatif, la Coordination syndicale nationale du secteur de la santé a organisé, ce mardi 21 mai, une conférence de presse en vue d'exposer au grand public les mobiles de la grogne du secteur. Une grogne ayant poussé la Coordination nationale à activer son cahier revendicatif et à mener des grèves qui se poursuivent à ce jour, rappelle celle-ci au début de la conférence.
"Parallèlement au chantier de réforme de l'arsenal juridique en matière de santé, un processus de dialogue sectoriel a été engagé, visant principalement à répondre aux doléances morales et matérielles de tous les professionnels de la santé. Ce processus avait abouti dans une première phase à un accord préliminaire signé le 24 février 2022, qui a souligné la nécessité de poursuivre le dialogue sur les revendications catégorielles et communes restantes. Le dialogue s'est effectivement poursuivi jusqu'à la signature d'un accord de principe le 29 décembre 2023 entre le ministère de la Santé, d'une part, et les les syndicats représentatifs du secteur, d'autre part... Cet accord a permis de s'accorder sur 14 points essentiels ayant un impact financier, suivis de la signature des procès-verbaux annexes", précise-t-on.
"Silence incompréhensible et injustifié du gouvernement"
"Les revendications matérielles et morales de chaque catégorie, en particulier celles qui n'ont pas bénéficié de l'accord de 2022, et la mise en œuvre de ce qui reste de cet accord qui concerne les aides-soignants. À la fin du mois de janvier 2024, toutes les conclusions, tous les procès-verbaux des accords et les propositions des syndicats ont été transmis à la présidence du gouvernement pour décider des délais de mise en œuvre de ces accords. Cependant, après l'expiration de tous les délais fixés, les professionnels de la santé ont été surpris par le silence incompréhensible et injustifié du gouvernement, ainsi que par son reniement des conclusions des longues sessions de dialogue et des négociations ardues, qui ont nécessité des dizaines de réunions, et par son déni des efforts, des souffrances et des sacrifices du personnel de la santé, pierre angulaire de toute réforme réussie du système de santé", souligne la Coordination syndicale nationale du secteur de la santé.
Cette dernière annonce poursuivre ses luttes "légitimes", en assumant pleinement ses responsabilités. Elle tient le gouvernement entièrement responsable, et avertit qu'en l'absence de réponse du gouvernement à ses revendications, l'escalade sera la seule et unique solution. La Coordination brandit également la menace de mesures de lutte inédites.
Grève nationale dans tous les hôpitaux du Maroc les 22 et 23 mai
Cette dernière annonce une grève nationale les mercredi 22 et jeudi 23 mai 2024 dans tous les établissements de santé du Royaume, à l'exception des services d'urgence et de réanimation. Un sit-in devant le Parlement est également prévu le jeudi 23 mai à partir de 11 h.
"Les points de discorde ne sont pas nombreux. C'est donc surprenant que le gouvernement ne nous soit toujours pas revenu. Jusqu'à présent, nous ne sommes pas encore concernés par l'augmentation des salaires de 1.000 DH, telle que décidé à l'issue du dialogue sectoriel central. Aucun éclaircissement ne nous a été fourni à ce jour", explique la Coordination syndicale nationale du secteur de la santé.
"L'exode des compétences n'est pas un phénomène propre au Maroc. Comment convaincre un étudiant en médecine ou un infirmier dont la situation est déplorable de rester dans son pays? Il faut se poser la question. Nous sommes patriotes, certes. Décider de faire grève est une décision que nous prenons donc à contrecœur".
Doléances
Les professionnels de la santé revendiquent en priorité le maintien du statut de fonctionnaire public, la préservation des droits ainsi que le renforcement des garanties découlant de ce statut. Toujours sur le volet de la situation juridique, ils insistent sur les revendications suivantes :
- la gestion des postes budgétaires et paiement des salaires des professionnels de la santé à partir du Budget général de l'État ;
- la promotion des professionnels de la santé dans les grades et les échelons, et maintien des situations administratives actuelles prévues par le statut fondamental de la fonction publique ;
- la garantie de tous les congés prévus par la fonction publique ;
- le maintien du même régime disciplinaire et des garanties accordées par le statut fondamental de la fonction publique ;
- le droit à la mobilité ;
- l'unification du régime de retraite pour tous les professionnels de la santé – y compris ceux travaillant dans les CHU – dans le cadre de la Caisse marocaine des retraites (CMR).
Concernant les doléances ayant trait à l'aspect financier, les professionnels de la santé revendiquent :
- l'augmentation générale du salaire fixe de 1.500 DH en faveur des cadres de la catégorie des infirmiers et techniciens de santé, des aides-soignants et des infirmiers assistants ;
- l'augmentation générale du salaire fixe de 1.200 DH en faveur des professionnels de la santé appartenant aux catégories des assistants administratifs, des assistants techniques, des techniciens, des rédacteurs, des techniciens de transport et des soins d'urgence, des assistants dentaires et des assistants en soins, des administrateurs et des ingénieurs ;
- l'amélioration des conditions de promotion, avec la création d'un nouveau grade pour toutes les catégories, et l'établissement de concours internes professionnels ;
- l'adoption d'une formule optimale pour le calcul des indemnités de garde, de permanence et de service continu pour toutes les catégories concernées ;
- l' versement d'une indemnité spéciale pour le travail dans les programmes de santé en faveur de tous les professionnels de la santé impliqués dans ces programmes ;
- l'attribution d'années supplémentaires à certaines catégories des cadres de la catégorie des infirmiers et des techniciens de santé, et une promotion exceptionnelle pour les aides-soignants et les infirmiers de formation préparatoire ;
- la création du statut de cadre supérieur de santé en faveur des cadres de la catégorie des infirmiers et des techniciens de santé ;
- l'établissement de régimes spécifiques pour tous les professionnels de la santé des catégories communes ;
- la création d'indemnités pour l'encadrement des étudiants en médecine, en pharmacie, en chirurgie dentaire, des étudiants des instituts supérieurs des métiers infirmiers et des techniques de santé, ainsi que des stagiaires des instituts de formation professionnelle ;
- la résolution de la question des risques professionnels pour les enseignants-chercheurs employés par le ministère de la Santé, et du dossier des diplômés de l'École nationale de santé publique.
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