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ECONOMIE

“Renchérir l’accès aux panneaux de bois MDF va défavoriser la production marocaine de meubles” (Richbond)

En février dernier, le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus (PFBR). Le groupe familial industriel marocain Richbond, spécialisé dans l’ameublement et la décoration, revient pour Médias24 sur l’impact qu’aurait l’application de la sauvegarde sur les industriels marocains des meubles.

“Renchérir l’accès aux panneaux de bois MDF va défavoriser la production marocaine de meubles” (Richbond)
©Cema Bois de l'Atlas
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Le 6 mai 2024 à 16h42 | Modifié 6 mai 2024 à 16h42

Pour Richbond, l’application de mesures de sauvegarde − mesures d’urgence décrétées en cas d’accroissement des importations de produits particuliers menaçant de causer un dommage grave à la branche de production nationale − sur les importations des panneaux de fibres de bois revêtus (PFBR) infligera des pertes considérables à la production marocaine de meubles. Le consommateur marocain en sortira également perdant, estime le groupe familial industriel marocain.

"Une bonne partie de nos meubles sont fabriqués avec ce que l’on appelle le MDF (panneau de fibres à densité moyenne), matériau objet de l’enquête lancée par le ministère de l’Industrie et du commerce à la demande de la Cema-Bois de l’Atlas. Nous comprenons le besoin de défendre la production nationale et de disposer d’un champion national de bois. Mais en tant qu’industriels de meubles, nous estimons néanmoins que l’approche doit être revue", explique Othmane Tazi, directeur Hospitalité et contrats chez Richbond, contacté par Médias24.

"C’est dans la transformation des panneaux de bois en meubles, voire dans la fabrication de l’ameublement, qu’il y a aujourd’hui le plus de valeur ajoutée. Les industriels de l’ameublement (portes, chaises, têtes de lit, placards, canapés, etc.) représentent à eux seuls des milliers d’emploi, voire des dizaines de milliers si on y ajoute les produits connexes. Dans le cas de Richbond par exemple, la transformation du bois va induire ergo la vente du matelas", soutient Othmane Tazi.

Des mesures susceptibles de desservir la production nationale de meubles

Après avoir été saisi par la société Cema-Bois de l’Atlas, opérant dans la fabrication de contreplaqué, de panneaux de particules et de panneaux stratifiés, le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert en février dernier une enquête de sauvegarde sur les importations des PFBR.

Le produit considéré, soumis à l’enquête, est le panneau fabriqué à partir de fibres de bois et recouvert en surface, soit de papier décor mélaminé, soit de plaques ou de feuilles décoratives en matière plastique, relevant des positions douanières du système harmonisé. Principal fabricant au Maroc de panneaux de particules de bois revêtus (PPBR) – produit directement concurrent au PFBR –, Cema-Bois de l’Atlas a en effet demandé à ce que les panneaux de fibres de bois revêtus soient soumis à une mesure de sauvegarde.

"Renchérir l’accès au MDF défavorisera la production marocaine de meubles et la rendra moins compétitive. Nous nous apprêtons à organiser une Coupe du monde. Des milliers de chambres devront être aménagées pour accueillir les millions de touristes supplémentaires. Si le prix de la matière se renchérit, ces chambres seront aménagées avec des meubles étrangers (turcs, espagnols, portugais...)", déplore Othmane Tazi.

Et d’ajouter : "Les grands groupes hôteliers, à savoir Mariott, Accor, Hilton et Radisson, qui sont en train d’investir massivement en ce moment au Maroc, ont des bois de référence et des bois de signature, notamment ceux de chez Egger, Polyrey et autres. Ces groupes ont un panel assez restreint de fournisseurs homologués et Cema-Bois de l’Atlas n’en fait pas partie. Quand le marché pour fournir ces hôtels sera lancé, nous serons contraints de leur expliquer que nous ne pouvons pas utiliser le bois d’Egger ou que nos produits fabriqués à base du bois d’Egger sont plus chers. Ils se tourneront par conséquent vers les fabricants de meubles étrangers. Il est très étonnant que l’Etat marocain protège une entreprise au détriment de plusieurs milliers d’emplois à la veille d’une Coupe du monde."

"Le pouvoir d’achat des Marocains sera affaibli par ces mesures de sauvegarde"

L’application des mesures de sauvegarde ne sera pas sans conséquence sur le consommateur marocain, estime encore Othmane Tazi. "Le consommateur marocain en sortira perdant lui aussi. Le Maroc reste un pays où le secteur informel est primordial. Et le secteur informel aujourd’hui achète auprès des importateurs et ramène le MDF de l’étranger. Si, demain, le secteur informel doit à son tour commencer à utiliser les panneaux de la Cema, c’est tout le pouvoir d’achat des Marocains qui va être affaibli."

"En cas d’application de mesures de sauvegarde sur les panneaux MDF, les fabricants de meubles continueront d’importer ce qu’ils pourront réexporter. Mais on ne desservira plus le marché local. Pour le reste, j’imagine qu’il va falloir que l’on fasse comme tous les importateurs du pays, notamment fabriquer les meubles à l’étranger et les ramener ensuite au Maroc. Ce sera dommage, vraiment", déplore le responsable.

"Des solutions qui correspondent aux intérêts généraux s’imposent"

"Malgré les mesures de sauvegarde qui ont bénéficié à Cema-Bois de l’Atlas en 2018, et qui concernaient à l’époque les panneaux fabriqués à partir de morceaux de bois agglomérés, les industriels marocains de meubles continuent d’importer ce produit de l’étranger. Ce qui veut dire que Cema-Bois de l’Atlas n’a pas encore réussi à répondre aux besoins des fabricants de meubles. Par exemple, nous chez Richbond, nous avons rencontré un problème de porosité des panneaux de Cema. La fibre n’étant pas suffisamment dense, elle ne tient pas bien en place lorsqu’on la met sur la ventouse d’un robot CNC. On se retrouve donc avec un panneau qui bouge et des coupes inexactes, et par conséquent avec des déchets de plus. Les concurrents internationaux de la Cema nous offrent, en outre, des catalogues avec plusieurs références, alors que Cema-Bois de l’Atlas en a beaucoup moins", affirme Othmane Tazi.

"Nous sommes dans certains cas clients de la Cema. Cette dernière a sa place et en aucun cas nous ne voulons la diaboliser. Ce n’est pas le but. Mais encore faut-il trouver des solutions qui correspondent mieux aux intérêts généraux", nuance-t-il.

Où en est l’enquête ?

L’enquête de sauvegarde est ouverte sur requête d’une entreprise nationale qui, estimant que ces produits sont en péril face à l’importation, demande une protection contre l’import. L’enquête, qui dure 9 mois, est menée auprès des parties prenantes, à savoir les industriels, les importateurs et les exportateurs. Cette période écoulée, le ministère tire ses conclusions. Il valide ou invalide l’objet de la requête. Des mesures telles que la taxation de l’importation ou la limitation des importations peuvent être décidées à l’issue de l’enquête.

Où en est l’enquête MDF, Othmane Tazi affirme : "On a répondu à un questionnaire du ministère de l’Industrie et du commerce le 23 avril dernier. On a envoyé un courrier officiel en tant qu’Association marocaine des industriels de l’ameublement. On attend actuellement une réunion au ministère pour plaider notre cause."

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