Panneaux de fibres de bois revêtus : les industriels marocains de l'ameublement s'inquiètent d'éventuelles mesures de sauvegarde

Une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus a été récemment ouverte par le ministère de l'Industrie et du commerce. L'application de mesures de sauvegarde risque de pénaliser les fabricants locaux et de leur infliger d'importantes pertes, estime l'Association marocaine des industriels de l'ameublement (AMIA).

Panneaux de fibres de bois revêtus : les industriels marocains de l'ameublement s'inquiètent d'éventuelles mesures de sauvegarde

Le 2 avril 2024 à 16h19

Modifié 2 avril 2024 à 18h13

Une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus a été récemment ouverte par le ministère de l'Industrie et du commerce. L'application de mesures de sauvegarde risque de pénaliser les fabricants locaux et de leur infliger d'importantes pertes, estime l'Association marocaine des industriels de l'ameublement (AMIA).

Après avoir été saisi par la société Cema-Bois de l’Atlas, opérant dans la fabrication de contreplaqué, de panneaux de particules et de panneaux stratifiés, le ministère de l'Industrie et du commerce a ouvert en février dernier une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus (PFBR).

Le produit considéré, soumis à l'enquête, est le panneau fabriqué à partir de fibres de bois et recouvert en surface soit de papier décor mélaminé, soit de plaques ou de feuilles décoratives en matière plastique, relevant des positions douanières du système harmonisé. Principal fabricant au Maroc de panneaux de particules de bois revêtus (PPBR) – produit directement concurrent au PFBR – Cema-Bois de l’Atlas a en effet demandé à ce que les panneaux de fibres de bois revêtus soient soumis à une mesure de sauvegarde.

Les importations des PFBR ont augmenté de 145% entre 2019 et 2023

Après examen, le ministère a conclu que la requête était recevable au sens de l'article 56 de la loi n°15-09 et que les éléments et renseignements qui y sont contenus sont "objectifs", "documentés" et "suffisants" pour justifier l'ouverture d'une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus.

La requête de Cema-Bois de l’Atlas a exposé en outre des "éléments de preuve suffisants", montrant l'existence d'une menace de dommage grave pour la branche de production nationale de PFBR en raison de l'accroissement massif des importations du produit considéré.

D'après les récentes données dévoilées par le ministère, le total des importations de panneaux de particules de bois revêtus a augmenté de 5,3 millions de m² pendant la période 2019-2023, soit une augmentation de 145%.

Cet accroissement massif des importations est le résultat de circonstances imprévues, telles que des pratiques de contournement de la part des exportateurs visant à remplacer les PPBR par des PFBR, ainsi qu'une faible croissance de la consommation du produit considéré dans les principaux marchés de pays tiers poussant les exportateurs à trouver d'autres débouchés, observe-t-on.

Les industriels de l'ameublement contrariés par d'éventuelles mesures de sauvegarde 

"Nous récusons l'application des mesures de sauvegarde sur les importations de panneaux de fibres de bois revêtus. Nous estimons qu'elles ne défendent pas les intérêts des industriels de l'ameublement et ceux de l'industrie d'une manière générale. Ces mesures étant orientées pour défendre les intérêts d'une entreprise en particulier", s'insurge Aymane Sami, secrétaire général de l'Association marocaine des industriels de l'ameublement (AMIA).

Il explique à Médias24 qu'il s'agit de la deuxième enquête du genre ouverte par le ministère de l'Industrie et du commerce, après requête de la société Cema-Bois de l’Atlas. En 2018, cet opérateur avait, selon lui, bénéficié d'une mesure de sauvegarde après ouverture d'une enquête dont les conclusions s'étaient révélées en sa faveur. "Une taxe à l'importation nous a été imposée à la suite de cette enquête qui concernait à l'époque les panneaux fabriqués à partir de morceaux de bois agglomérés", souligne notre interlocuteur.

Les mesures de sauvegarde sont définies par l'Organisation mondiale du commerce comme des mesures "d'urgence" concernant l'accroissement des importations de produits particuliers, lorsque ces importations causent ou menacent de causer un dommage grave à la branche de production nationale. Ces mesures, qui revêtent globalement la forme de suspension de concessions ou d'obligations, peuvent consister à appliquer des restrictions quantitatives à l'importation ou à relever les droits au-delà des taux consolidés.

Des mesures qui semblent inquiéter l'Association marocaine des industriels de l'ameublement...

"L'entrée en vigueur des mesures de sauvegarde pénalisera les fabricants marocains de meubles"

"L'enquête de sauvegarde est ouverte sur requête d'une entreprise nationale, qui, estimant que ces produits sont en péril face à l'importation, demande une protection contre l'import. L'enquête, qui dure 9 mois, est menée auprès des parties prenantes, à savoir les industriels, les importateurs et les exportateurs. Cette période écoulée, le ministère tire ses conclusions. Il valide ou invalide l'objet de la requête. Des mesures telles que la taxation de l'importation ou la limitation des importations peuvent être décidées à l'issue de l'enquête", note Aymane Sami.

"En cas d'application de mesures de sauvegarde, à l'issue de l'enquête en cours et dont les résultats seront dévoilés en novembre prochain, nous serons contraints de payer une taxe pour continuer de fabriquer des meubles au Maroc. Les importateurs de meubles prêts, comme le suédois Ikea, ne sont pas concernés. Ces mesures nous infligeront ainsi d'importantes pertes puisqu'elles favoriseront les opérateurs qui importent les meubles, au détriment des industriels qui en fabriquent localement, créant richesse et opportunités d'emploi. Le secteur de la transformation de bois revêtus cumule en effet 10.000 emplois directs et pèse 5 MMDH", expose le secrétaire général de l'AMIA.

"L'application des mesures de sauvegarde visant les PFBR pénalisera considérablement les fabricants de meubles au Maroc. Ces derniers risquent ainsi, en cas d'application des mesures de sauvegarde, de devenir beaucoup plus cher sur le marché marocain que les entreprises qui importent de l'étranger".

"Les panneaux bois fabriqués localement ne répondent pas à nos besoins"

Aymane Sami pointe la faiblesse de la fabrication des matériaux bois au Maroc. "Le Maroc n'est pas un fabricant de bois. La production locale est minime. La grande majorité de ce qui est fabriqué est importée. Les panneaux de bois sont en effet importés par les industriels transformateurs de bois depuis les pays étrangers", précise le secrétaire général de l'AMIA.

"Les PFBR que nous utilisons dans la fabrication des tables et du mobilier hôtelier et scolaire sont par exemple importés de l'Europe, notamment de l'Espagne, du Portugal, de la France et de la Turquie. Ils ne sont pas fabriqués au Maroc, d'où l’absurdité de la situation... on cherche à faire une sauvegarde d’un produit qui n’est pas fabriqué au Maroc !", souligne ce dernier.

"De plus, les panneaux bois fabriqués localement ne répondent pas à nos besoins. Les PPBR fabriqués localement ne répondent ni à nos critères qualité ni à nos spécificités techniques. On se trouve donc obligés d'importer pour nos clients qui sont des institutionnels, des entreprises privées en plus de l'Etat marocain, notamment par le biais des appels d'offres", précise Aymane Sami.

La généralisation de normes marocaines, au niveau du marché national ainsi que des sociétés importatrices de meubles permettrait de préserver l'industrie locale, estime notre interlocuteur.

"Pour préserver l'industrie locale, il faut plutôt penser à généraliser des normes marocaines dans les appels d'offres publics, dans les consultations, et dans l'ensemble du marché marocain pour répondre en termes de qualité aux besoins du consommateur final et aux besoins des prescripteurs et donneurs d'ordres au Maroc. Cette généralisation devrait concerner et les industriels marocains et les sociétés qui importent les meubles de l'étranger", conclut le secrétaire général de l'AMIA.

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