Traite d’êtres humains et escroquerie : une menace mondiale qui touche aussi les Marocains, exemple du Myanmar
Faussement attirés par des offres d’emploi alléchantes, des victimes se font enlever et séquestrer par des réseaux criminels. Ces derniers se développent surtout en Asie et gagnent rapidement du terrain. Séquestrés au Myanmar, des Marocains en sont victimes.
Au départ, il y a l'appât, pour ferrer les victimes et les attirer. Ici, il s'agit d'un salaire mensuel de 25.000 DH pour un poste de manager en marketing, ou de plus de 32.000 DH pour un poste d’analyste système… ces offres d’emploi sont censées être basées en Thaïlande. Des entretiens en ligne sont proposés ainsi qu'un accompagnement pour l’obtention du visa et même une allocation logement.
Ces avantages sont également proposés pour des postes qui demandent moins de qualifications. Par exemple, un salaire d’au moins 18.000 DH est offert pour devenir puériculteur. Une allocation logement est également garantie. Parfois, des indemnités alimentaires viennent s'y ajouter.
D’autres offres, visibles sur les réseaux sociaux, sont encore plus précises... et aussi plus suspectes. Par exemple, une enseigne recherche une “assistante de cuisine/hôtesse” et précise que les candidats doivent être exclusivement de sexe féminin, âgées entre 25 et 38 ans et originaires de certains pays en particulier.
Ces offres visiblement alléchantes font partie des méthodes mises en place par des réseaux criminels dans la région asiatique pour attirer leurs victimes.
Lorsque les “candidats” se rendent sur place pour entamer leur nouvelle vie professionnelle, ils se font enlever et séquestrer par des groupes armés. Récemment, des Marocains sont tombés dans leurs filets et se retrouvent aujourd’hui piégés au Myanmar. Une affaire pour laquelle les autorités marocaines ouvrent une enquête, comme annoncé dans un communiqué du parquet.
De tendance criminelle régionale à menace mondiale
À travers ce communiqué, les autorités marocaines lancent également un appel à la prudence et à la vigilance face aux tentatives de recrutement internet ainsi qu'à travers certains intermédiaires au Maroc et à l'étranger.
C’est par le biais de ces méthodes que ces réseaux criminels sévissent. Leur mode opératoire gagne rapidement du terrain, comme l’a souligné Interpol en juin 2023.
L’organisation lançait alors une alerte mondiale contre des escroqueries reposant sur la traite d’êtres humains ; précisément sur “le système qui consiste à enlever les victimes pour les forcer à travailler dans des centres d’escroquerie en ligne”. Elle avertit qu’il ne s’agit plus d’une “tendance criminelle régionale”, mais d’une “menace mondiale”. Interpol publie une notice orange sur ce phénomène. Autrement dit, “une alerte mondiale concernant une menace grave et imminente pour la sûreté publique”.
Selon Interpol, le mode opératoire consiste à “attirer des personnes dans des centres d’escroquerie en ligne en publiant de fausses offres d’emploi. Les victimes sont ensuite forcées à commettre des infractions financières au moyen d’internet, et ce à l’échelle industrielle. Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi tombées aux mains de trafiquants en Asie du Sud-Est, et elles sont plus nombreuses encore à avoir été escroquées dans le monde entier”.
Selon l’Organisation internationale de la migration (OIM), 230 individus, représentant 19 nationalités ont été référés à l’OIM en Thaïlande, comme étant en relation avec la criminalité forcée. Et ce, entre 2022 et juin 2023.
L’OIM indique que “86% d’entre eux ont été identifiés comme victimes de trafic”. Et assure que “le nombre actuel est significativement plus élevé, au vu du manque d’information sur ces centres de fraude”.
Les deux organisations indiquent que les individus séquestrés sont forcés à commettre des crimes en ligne. Pour ce faire, ils “travaillent” dans des conditions atroces, sont sanctionnés s’ils n’atteignent pas les objectifs fixés par les réseaux criminels, et sont même torturés et menacés de “vente à des trafiquants d’organes”.
Une étude menée par Interpol indique que “cette tendance criminelle est probablement beaucoup plus profonde que les apparences ne le laissaient croire de prime abord. Les premiers centres d’escroquerie en ligne étaient concentrés au Cambodge, puis d’autres ont été identifiés au Laos et au Myanmar. Mais, aujourd’hui, des plateformes de trafic ont été repérées dans au moins quatre autres pays d’Asie, et des éléments de preuve montrent que ce mode opératoire est reproduit dans d’autres régions, notamment en Afrique de l’Ouest, où les infractions financières commises au moyen d’internet sont déjà très répandues”.
L’organisation internationale indique également que “les premiers signalements sont arrivés au cours de l’année 2021. Des groupes criminels publiaient sur les réseaux sociaux et sur des sites de recrutement de fausses offres d’emploi aux salaires alléchants, avant d’enlever les candidats et de les retenir en captivité dans des conditions inhumaines pour les forcer à prendre part à des activités criminelles, principalement des escroqueries en ligne”.
Ce type de criminalité est d’autant plus dangereux qu’il met en péril deux sortes de victimes. D’une part, celles piégées, séquestrées et torturées. Et, d’autre part, celles qui sont escroquées en ligne par la première catégorie de victimes.
Ces organisations internationales, qui mettent en garde contre ces pratiques menaçantes, précisent également qu’une évolution est constatée dans le type d’offres d’emploi publiées pour attirer les victimes potentielles.
Selon Interpol, les fausses offres d'emploi "dénotent d'opérations criminelles de plus en plus sophistiquées". Auparavant, ces réseaux criminels attiraient leurs victimes à travers des offres ayant trait à “des tâches simples dans un centre d'appels, une charge de travail légère contre un salaire élevé, etc.”. Désormais, les annonces portent sur des emplois dans l'informatique, dans le e-commerce, le webmarketing, etc.
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Ouverture d’une enquête après la séquestration de ressortissants marocains au Myanmar
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