Hydrocarbures. Le Conseil de la concurrence livre son premier reporting de suivi du secteur
Le reporting relatif au suivi des engagements pris par les sociétés de distribution en gros du Gasoil et d’Essence dans le cadre des accords transactionnels conclus avec le Conseil de la Concurrence a été livré par ce dernier. Voici ce qu'il y a à retenir.
Ce reporting introduit une transparence longtemps exigée par les consommateurs et l'opinion publique. Malheureusement, les chiffres publiés (prix moyens, évolution des marges, prix d'importation, quantités...) sont les moyennes des 9 sociétés sous surveillance. Il aurait été plus instructif et plus logique d'ajouter, ne serait-ce qu'en annexe, les détails opérateur par opérateur.
A la lecture des chiffres du rapport, on ne peut s'empêcher de penser au gâchis de la Samir, une raffineraie qui est en train de rouiller, au sens figuré du terme, alors que l'Etat y détient plus de 20 milliards de DH de créances privilégiées (pour être conservateur) et que les opérateurs importent des carburants raffinés, offrant de la valeur ajoutée et des emplois à l'étranger.
Il fait suite aux accords signés entre le Conseil et les opérateurs du secteur et analyse trois axes :
- l’évolution des principaux agrégats économiques des sociétés concernées sur le marché du gasoil et de l’essence en 2022 et 2023 ;
- la corrélation entre la variation des cours internationaux du Gasoil et de l’Essence raffinés importés, des coûts moyens d’achat réels, et les prix de vente moyens appliqués au niveau national durant l’année 2023.
- l’évolution des marges brutes dégagées durant l’année 2023.
52,7 MMH d'importations en 2023
Les importations en valeur ont baissé de 21,5%, passant de 66,3 MMDH en 2022 à près de 52,7 MMDH en 2023, pour presque un même niveau des importations en volume.
"Cette baisse trouve ses origines dans la chute des cours des carburants raffinés à l’international et surtout, de ceux du Gasoil qui demeure le carburant prépondérant dans les importations de notre pays avec près de 90%", explique le Conseil.
Ces deux carburants ont rapporté au budget de l’État environ 18,34 MMDH en 2023, en matière de Taxe intérieure de consommation (TIC). Les recettes de la TVA ont, elles aussi, régressé, passant de 8,61 MMDH à 7,23 MMDH entre les deux dates, soit une diminution de 16% (-1,39 MMDH). Entre TIC et TVA, le gasoil et l'essence ont donc rapporté 25,5 milliards de DH, une recette consistante.
Baisse de 3,6 points des parts de marché des neuf sociétés concernées par le reporting
Le Conseil de la concurrence signale l’entrée su rle marché de six nouveaux opérateurs entre 2022 et 2023, ce qui s'est traduit par une baisse de 3,6 points des parts de marché des neuf sociétés concernées par le reporting, passant de près de 92,6% en 2022 à environ 89% en 2023.
S’agissant du segment de la distribution, le rapport fait état de l’entrée de six nouveaux opérateurs entre 2022 et 2023, ayant obtenu l’agrément provisoire, ce qui porte le nombre total des opérateurs actifs sur ce segment à 35 opérateurs à fin 2023.
Les ventes annuelles en Gasoil et Essence ont atteint près de 6,78 millions de tonnes en 2023, contre 6,53 millions de tonnes en 2022, ce qui constitue un accroissement de près de 3,75%.
Les 9 sociétés surveillées réalisent 90% des importations et 83% des ventes
Le Conseil ne dispose pas du chiffre d’affaires global réalisé sur le marché de distribution tous opérateurs confondus. Il retient donc le chiffre d’affaires des neuf sociétés concernées, représentant près de 90% des importations globales et 83% des volumes vendus.
Le chiffre d’affaires total des neuf sociétés, réalisé dans le segment de la distribution du gasoil et de l’essence (hors carburant marin) s’élève à 79 MMDH en 2023 contre 85 MMDH en 2022, soit une baisse d’environ 7%.
L'impact de la baisse des cours n'est pas systématique sur les prix de vente
Selon le Conseil, "l’examen de la corrélation entre la variation des prix de vente, des cotations à l’international et des coûts d’achat pondérés, fait apparaitre que ce niveau de corrélation varie selon les produits (gasoil ou essence), et entre les périodes d’une même année".
Exemple : "l’évolution des prix de vente des neuf opérateurs par rapport aux coûts d’achat pondérés, il ressort pour le gasoil, que la variation annuelle des prix de vente est de l’ordre de -0,64 DH/L contre une variation de -1,47 DH/L des coûts d’achat pondérés, ce qui veut dire que la baisse des prix de vente représente environ 44% de la baisse des coûts d’achat pondérés (42% de la baisse des cotations)".
Voici également les deux principaux graphiques du rapport:
Or pour l'essence, "les deux variables ont enregistré des variations différenciées au sens où les coûts d’achat pondérés ont connu une baisse de 0,67 DH/L, alors que la variation annuelle des prix de vente du marché a affiché une hausse d’environ 0,2 DH/L."
Pour le Conseil, cela traduit une dynamique de compensation pratiquée par les opérateurs au cours de la même année, et correspond à une logique de rattrapage entre les périodes de hausse et de baisse. Celles-ci se manifestent nécessairement au niveau de leurs marges commerciales.
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