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Entretien avec Julien Marcilly, chef-économiste de Global Sovereign Advisory

En marge de la 4ème édition du Choiseul Africa Business Forum, organisée à Casablanca, les 16 et 17 novembre, Julien Marcilly, chef économiste chez Global Sovereign Advisory livre au micro de Médias24, son analyse des questions liées à l’impact de la conjoncture internationale sur la souveraineté économique de l’Afrique. L’économiste porte également un regard sur le développement économique et social du Royaume.

Entretien avec Julien Marcilly, chef-économiste de Global Sovereign Advisory
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Le 17 novembre 2023 à 17h25 | Modifié 18 novembre 2023 à 20h41

 

Médias24- Selon vous, les tensions géopolitiques internationales dont certaines ont des implications économiques à l’échelle internationale (inflation, hausse des taux des obligations souveraines, crise de la dette, etc..), ne sont-elles pas de nature à éloigner les Etats africains de la souveraineté économique ?

Julien Marcilly. Il est clair que les éléments dont vous faites mention touchent le monde entier. Le durcissement des politiques monétaires a renchéri le coût des crédits pour les entreprises, les ménages ainsi que pour les Etats, notamment en Europe, en Asie, aux USA et en Afrique. Aux implications économiques s’ajoutent les problématiques liées à l’approvisionnement des produits alimentaires - dont les prix ont augmenté suite à la guerre en Ukraine - et aux tensions géopolitiques au niveau mondial et à l’échelle régionale, notamment en Afrique.

On assiste à l’existence de beaucoup de contraintes pour beaucoup de pays. Ce qui, naturellement pèse sur leurs perspectives de croissance à des degrés divers. Et ce, en fonction des spécialisations et des niveaux d’exposition face aux différents risques. Tout cela m’amène à dire que les pays évoluent dans un environnement délicat .

-En avril 2023, un rapport de la CNUCED alertait sur les hausses de taux d’intérêt induites par le resserrement des politiques monétaires, initié par les banques centrales pour lutter contre l’inflation. Selon l’organisation internationale, les coûts d’emprunt, mesurés par les rendements des obligations souveraines, ont augmenté de 5,3% à 8,5% pour 68 marchés émergents. Quelles solutions entrevoyez-vous pour juguler la crise de la dette au niveau de certains Etats émergents et pays en développement ?

- Beaucoup de pays ont dû s’endetter afin de faire face aux différentes crises pour ne citer que la covid-19 et la rupture des chaînes d’approvisionnement liée au conflit russo-ukrainien. Les crises d’offre poussent les Etats à dépenser davantage afin de compenser les effets sur leurs populations. Une telle situation est propice à l’accroissement de l’endettement.

L’autre paramètre crucial et explicatif de la hausse du coût de l’endettement des Etats émergents et des pays africains, est le durcissement de la politique monétaire de la FED (Banque centrale américaine). Aujourd’hui, les conditions de financement des Etats précités sont très difficiles et leurs niveaux d’endettement sont très élevés. Ceci dit, il existe plusieurs solutions, notamment les négociations en cours, à travers le cadre commun lancé par les organisations internationales après la crise Covid-19. Dans le même temps, nous constatons que les négociations pour certains pays sont très lentes.

Il serait aussi opportun et pertinent de se pencher sur la mise sur pied d’une initiative mondiale en la matière en restructurant une partie de la dette de plusieurs pays simultanément car nous sommes en présence de chocs globaux touchant plusieurs Etats en même temps.

-Peut-on dire qu’il existe une corrélation entre la conjoncture économique mondiale et l’économie africaine ?

- Les liens entre les deux sont nombreux. L’Afrique importe beaucoup du reste du monde. Elle exporte également plusieurs matières premières mais aussi des produits manufacturiers vers différents pays. A cela s’ajoutent les transferts des africains établis hors du continent ainsi que les flux financiers publics et privés. Les interconnexions sont donc très nombreuses entre la conjoncture économique mondiale et l’économie africaine même si on a considéré pendant longtemps que l’Afrique était exclue du commerce international.

-Les pays du continent africain devront investir plusieurs milliards de dollars, notamment pour la réalisation de projets d’infrastructures structurants ainsi que pour assurer leur transition énergétique. Selon vous, quels sont les mécanismes idoines à privilégier pour la mobilisation de ces besoins en financement à moindre coût?

- L’Agence internationale pour l’énergie a estimé les besoins en financement des pays émergents et des Etats en développement pour limiter les effets du changement climatique à 2.000 milliards de dollars par an.

Or, il se trouve que la plupart de ces Etats voient leurs finances publiques se dégrader. Ils doivent composer avec des marges de manœuvre très réduites. Le FMI suggère qu’entre 80 et 90% des besoins d’investissement susmentionnés doivent être financés par le secteur privé. Tout enjeu est de savoir comment favoriser les investissements privés. A ce titre, les Etats peuvent créer un cadre idoine et propice aux IDE. Le FMI qui a lancé des facilitations de prêts ainsi que d’autres organisations internationales peuvent jouer un grand rôle en la matière. Autre option : les mécanismes de garantie afin de faciliter le financement par les investissements privés. La solution miracle n’existe pas. Il va falloir trouver plusieurs mécanismes pour atteindre cet objectif.

- Le Maroc s’attelle à implémenter un nouveau modèle de développement plus inclusif. Que pensez-vous des avancées économiques et sociales réalisées par le Royaume au cours des dernières années?

- Tout le monde s’accorde pour dire que le Maroc est un exemple en termes de stratégies de développement économique. La première étape a été de se focaliser sur un secteur pour montrer que le pays pouvait exceller dans le domaine de l’industrie automobile par exemple. Aujourd’hui, le Maroc passe à la vitesse supérieure en attirant des IDE dans d’autres filières.

Ceci dit, le développement de ces pôles d’excellence dans différentes régions a beaucoup d’avantages mais il génère également des inégalités de revenus. Ce qui nécessite des politiques sociales plus précises ciblant des populations bien identifiées. A ce titre, les aides sociales directes (en cours d'élaboration) et l’assurance maladie obligatoire vont dans le bon sens.

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Le 17 novembre 2023 à 17h25

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