A Rabat, AI Movement de l'UM6P s'impose comme hub africain de l’intelligence artificielle
Le Centre international d’intelligence artificielle au Maroc (AI Movement) de l’UM6P de Rabat a été désigné Centre de catégorie II de l’Unesco.
Cette consécration "consolide la position du centre en tant que hub africain dans le domaine de l’intelligence artificielle", souligne sa directrice exécutive, Amal El Fallah Seghrouchni, qui nous a accueillis au sein du dôme de l’AI Movement.
Cette désignation donnera lieu à un partenariat tripartite entre l’Unesco, le ministère de l’Education nationale, du préscolaire et des sports et le Centre d’intelligence artificielle. Ce partenariat sera effectif le 23 novembre prochain, avec la signature de l’accord entre les trois parties au siège de l’Unesco à Paris.
Ce label apportera non seulement "des fonds, mais aussi une visibilité et une collaboration solide avec les grandes universités internationales. C’est une aubaine pour attirer des étudiants et des scientifiques de haut niveau, construire des partenariats, promouvoir les travaux de recherche de la communauté, et par conséquent canaliser la fuite des cerveaux en offrant un environnement, un encadrement et des outils favorables à l’épanouissement des chercheurs", indique Amal El Fallah Seghrouchni.
Un centre orienté R&D et innovation
Le centre se distingue d’ailleurs par sa méthodologie de travail, qui donne une grande marge de manœuvre aux doctorants. "Nous ne sommes pas orientés vers l’enseignement, mais plutôt vers la recherche et développement et l’innovation. L’objectif est d’avoir des produits finis qui aillent vers le marché", souligne Amal El Fallah Seghrouchni.
En effet, plusieurs applications d’utilité publique ont été mises au point dans ce centre. Par exemple, une application qui développe des techniques de reconstitution de monuments historiques à partir de nuages de points. Celle-ci permet de restituer n’importe quel monument partiellement ou entièrement détruit. La reconstitution d’objets incomplets par nuages de points peut aussi s’appliquer dans le domaine médical (reconstituer un bras, une jambe…) ou automobile. Les domaines d’application sont illimités, précise notre interlocutrice.
"Tarjwoman" est une autre application développée par les chercheurs du centre et que sa directrice décrit comme "un coup de cœur". L’application a été développée dans le cadre d’un hackathon sur le thème "Comment aider les femmes à s’émanciper". Elle utilise l’intelligence artificielle pour scanner n’importe quel document, en faire la synthèse puis expliquer à des femmes en difficulté qui l’utilisent ce qu’il contient. Cela permet à une personne analphabète ou ne maîtrisant pas la langue utilisée dans le document qu’elle a en main d’en comprendre le contenu : une lettre, un billet de train, une facture...
Doctorats et masters exécutifs
Les doctorants inscrits au centre d’intelligence artificielle sont au nombre de 16. Ils ont tous suivi des formations en ingénierie informatique ou mathématiques et ont développé, pendant leur cursus académique, une appétence pour l’intelligence artificielle. Ils bénéficient tous d’une bourse complète et le choix de poursuivre leurs études doctorales au sein du centre d’intelligence artificielle de l’UM6P s’est naturellement imposé à eux, expliquent des doctorants sollicités par Médias24.
Le doctorat au sein de l’AI Movement s’étale sur quatre ans. Si les étudiants sont tenus de se présenter au bâtiment du centre de 9h à 18h, les cours ne sont pas organisés selon un encadrement académique classique. Les doctorants sont incités à travailler en groupe et à collaborer entre eux, mais aussi à créer des applications dès leurs premières années d’étude. Plusieurs espaces sont mis à leur disposition pour faire du brainstorming, échanger et débattre.
"La maîtrise de l’IA est devenue une compétence très prisée par les employeurs. Il est donc indispensable de maîtriser ce domaine", assure Amal El Fallah Seghrouchni. Le centre accueille également des étudiants en master exécutif : "Ce sont généralement des professionnels qui ont déjà intégré le monde du travail et souhaitent acquérir des compétences en intelligence artificielle et en sciences des données". Ce master est axée sur l’aspect pratique et gouvernance de l’IA avec un focus sur la régulation et l’éthique, précise Amal El Fallah Seghrouchni.
Concernant l’éthique, notre interlocutrice explique que "les nouvelles technologies soulèvent effectivement de nombreux problèmes. Il est important aujourd’hui de réfléchir à toutes ces questions pour un usage égalitaire et responsable de l’IA, dans le respect de la dignité humaine et de la vie privée. Mais il me semble qu’il y a une grande confusion entre éthique et régulation. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de réglementation sur le cadre général de l’IA, ce qui est certes indispensable, mais il ne faut pas non plus penser ces règles de manière rigide, sinon elles étoufferont la créativité et biaiseront le développement d’une technologie ou d’une autre".
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