PORTRAIT. Ghizlane Mamouni, une avocate révoltée devenue militante 2.0

Comment la loi, censée nous protéger tous sans exception, peut-elle être vectrice d’inégalités et desservir les femmes ? C’est à travers cette réflexion que Ghizlane Mamouni, avocate d’affaires et militante féministe fondatrice du mouvement Kif Mama Kif Baba, a développé une conscience féministe et s’est lancée dans l’activisme, portée par une envie profonde de rétablir la justice et défendre le droit des femmes et des enfants. Portrait.

Ghizlane Mamouni, avocate et militante féministe. Crédit: Médias24

PORTRAIT. Ghizlane Mamouni, une avocate révoltée devenue militante 2.0

Le 29 août 2023 à 17h28

Modifié 29 août 2023 à 17h28

Comment la loi, censée nous protéger tous sans exception, peut-elle être vectrice d’inégalités et desservir les femmes ? C’est à travers cette réflexion que Ghizlane Mamouni, avocate d’affaires et militante féministe fondatrice du mouvement Kif Mama Kif Baba, a développé une conscience féministe et s’est lancée dans l’activisme, portée par une envie profonde de rétablir la justice et défendre le droit des femmes et des enfants. Portrait.

"Aujourd’hui, nous sommes dans la continuité et la convergence. Nous nous efforçons, humblement, de perpétuer cet héritage de force, d’audace et de dignité".

Au carrefour des pratiques de militantes féministes dites traditionnelles et celles de la nouvelle génération qui s’emparent des réseaux sociaux pour faire valoir leurs droits, Ghizlane Mamouni et son équipe œuvrent pour une refonte globale de la Moudawana et du Code pénal, à travers un investissement des réseaux sociaux mais aussi une appropriation de l’espace public et un contact direct avec les citoyens.

Cette prise de conscience féministe, Ghizlane ne l’a développée que tardivement. Elle a pourtant toujours eu en elle une aversion enracinée à l’iniquité. A dix ans, elle organise une manifestation avec ses cousins et cousines pour dénoncer l’injustice que les adultes de la famille s’apprêtent à leur faire subir, ces derniers ne voulant pas emmener les enfants à un mariage.

Ghizlane Mamouni revient sur cette scène qui, loin d’être anecdotique, marque un premier pas dans le continuum de l’engagement contre l’injustice. En effet, l’engagement militant et le sentiment d’injustice sont souvent associés, et l’expérience de l’avocate quelques années plus tard avec la justice marocaine et particulièrement le Code de la famille, en est l’illustration parfaite.

"Ce n’est qu’après avoir divorcé, maman de deux enfants, que j’ai découvert, véritablement, la Moudawana. J’ai été horrifiée. J’ai eu beaucoup de mal à admettre que la loi, d’habitude mon alliée, me considérait comme une sous-citoyenne et m’ôtait tout pouvoir de décision concernant mes enfants, dont j’ai pourtant la garde exclusive", raconte-t-elle avec beaucoup d’amertume.

Moment charnière dans son engagement pour les droits des femmes et des filles, cette injustice l’a conduite à s’intéresser aux lois qui s’appliquent à elle en tant que femme et mère et à les éplucher pour en comprendre la portée et les enjeux.

Cette expérience individuelle d’injustice propulse ainsi Ghizlane Mamouni dans une remise en question des lois marocaines qui desservent les femmes et les mères. L’expérience est d’ailleurs partagée avec plusieurs femmes qu’elle rencontre par la suite. L’intime devient collectif et les pratiques individuelles prennent la forme d’un engagement militant pour la cause des Marocaines.

"Alors que j’étais en plein procès à ce sujet, j’ai découvert le mouvement 'Moroccan.Outlaws' (un mouvement qui milite pour l’abrogation de l’article 490 du Code pénal, ndlr) et j’ai rejoint son noyau actif alors qu’il en était encore à ses balbutiements. Ensuite, à travers la rencontre avec des militants de différents horizons et de toutes générations, nous nous sommes retrouvés autour de l’idée de combiner l’héritage des mouvements féministes établis, composés de femmes déterminées et extrêmement courageuses, avec les nouveaux outils de plaidoyer, de communication et de mobilisation".

Ghizlane reconnaît l’importance et la nécessité du militantisme en ligne, qui peut toucher un large public et sensibiliser les citoyens aux enjeux des droits humains, mais valorise également l’approche intergénérationnelle, cherchant à combiner l’héritage des mouvements féministes précédents avec les nouvelles perspectives des militants.

"L’aspect intergénérationnel est, en soi, un défi à relever. Créer des espaces où les militantes établies travaillent, dans la bienveillance, le partage et la transmission réciproque avec les jeunes générations, est un des axes de travail de Kif Mama Kif Baba. Les ultra-conservateurs se sont emparés du numérique dans les années 2000 alors que les associations de droits humains s’y sont très peu investies", rappelle-telle, d’où la nécessité de s’approprier cet espace.

Toutefois, le travail de terrain reste un aspect essentiel du militantisme pour Ghizlane Mamouni, qui le considère comme le mode d’action le plus efficace auprès des populations vulnérables qui n’ont pas toutes accès à internet.

C’est dans cet esprit qu’est né le mouvement "Hiya", co-fondé par Ghizlane Mamouni et d’autres militants de la nouvelle génération. Ce collectif avait d’ailleurs organisé le 25 juin dernier un sit-in à Casablanca pour réclamer la refonte totale de la Moudawana, portant le militantisme virtuel vers l’espace public.

Le travail de terrain permet à Ghizlane Mamouni de ratisser plus large et de cibler autant les internautes que les personnes qui ne sont pas forcément actives sur les réseaux sociaux, allant même à la rencontre de femmes dans les zones rurales.

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