Affaire du “sang contaminé” : le ministère de la Santé donne sa version, la BNPJ auditionne Aziz Ghali
ROUND UP. Selon Aziz Ghali, l'affaire a eu lieu en 2019 et a été étouffée. Il a transmis au parquet les documents d'accusation qu'il a reçus. Il a été auditionné le 21 juillet par la BNPJ. Le ministère de la Santé déploie de son côté sa ligne de défense.
L'affaire dite du "sang contaminé au VIH" est désormais entre les mains de la BNPJ. La brigade nationale de la police judiciaire a auditionné Aziz Ghali, pharmacien et président de l'AMDH, qui avait proféré publiquement de graves accusations contre le Centre de transfusion sanguine de Casablanca ainsi que le ministre de la Santé et avait transmis au parquet des documents qu'il affirme avoir reçus de la part de sources anonymes, qu'il affirme être des professeurs universitaires lanceurs d'alerte.
Ghali a affirmé [vidéo ci-après] que le 24 juillet 2019, les procédures habituelles n'avaient pas été totalement respectées et trois poches de sang, prélevées sur un donneur, s'était avérées porteuses de VIH. Deux d'entre elles n'ont pu être récupérées à temps puisque selon lui elles avaient été entretemps données à deux patientes. Il ajoutait que le ministère avait étouffé l'affaire.
Le 7 juillet 2023, il avait selon ses dires, "déposé plainte au parquet", avec les documents en sa possession. Le 13 juillet, il a dévoilé cette affaire dans le cadre de l'émission de Hamid Elmahdaoui. Le 21 juillet, il était auditionné dans le cadre de cette affaire par la BNPJ. A l'heure où nous mettions en ligne, il n'avait pas fait de commentaire particulier suite à cette audition.

La convocation de la BNPJ telle qu'elle a été rendue publique par l'intéressé

Extrait de document reçu par Aziz Ghali "de la part d'un lanceur d'alerte" et rendu public par lui. Le document comporte des accusations, mais dans ce qui a été publié, pas de preuves.
Le ministère déploie sa ligne de défense
Le ministère de la Santé a assez rapidement réagi. Pour le moment, il s'agit de deux lignes de défense:
-la première consiste en un démenti catégorique assorti d'explications, de la part de Hicham Rahil, chef de cabinet du ministre de la Santé et de la protection sociale. Ce démenti a été formulé dès le dimanche 16 juillet 2023.
-la seconde consiste en la publication, vendredi 21 juillet, d'une vidéo retraçant le parcours des dons du sang et dans lequel la directrice du centre de transfusion sanguine de sanguine, elle-même mise ne cause, s'exprime [vidéo ci-après].
Même si la BNPJ semble avoir entamé une enquête préliminaire, il est normal que le ministère réagisse, car il faut maintenir la confiance de l'opinion publique dans le don du sang et la transfusion sanguine. Mais pour le moment, les explications fournies portent davantage sur la procédure générale censée être appliquée. La question est de savoir si oui ou non, elle a bien été appliquée ce 24 juillet 2019 et que sont devenues les deux patientes ayant reçu les poches de sang litigieux.
Un reportage réalisé dans le Centre régional de transfusion sanguine (CRTS) de Casablanca nous a été trasnmis par le ministère de la Santé. Il documente les étapes et les conditions du don, les moyens de détection des maladies transmissibles par le sang, ainsi que le contrôle de la qualité et de la sécurité des poches de sang. Le tout par le truchement de machines et d’équipements biomédicaux modernes.
"Il n’y a pas de place à l’erreur. La question des analyses des poches de sang est très sensible. C’est une responsabilité. C’est en effet la responsabilité de tous, notamment du staff technique, de l’infirmier, du médecin et de l’administration": telles sont les affirmations du Dr Amal Darid, directrice du Centre régional de transfusion sanguine (CRTS) de Casablanca-Settat, qui apparaît dans le reportage.
"Ouvert 7j/7, le CRTS de Casablanca reçoit plus de 480 demandes en sang par jour, émanant de quelque 610 services sanitaires. Nous faisons sortir, quotidiennement, entre 400 et 500 poches de sang", note le Dr Amal Darid.
Le parcours d’une poche de sang
Les poches de sang collectées passent globalement par 14 étapes, moyennant des systèmes automatiques ; autrement dit ne nécessitant pas d’intervention humaine, selon la directrice du CRTS de Casablanca-Settat.
Parmi ces étapes figurent la réalisation de tests sérologiques permettant entre autres la détermination de groupes sanguins et la vérification de séropositivité, et le tri, qui consiste à séparer les trois composantes du sang : les globules rouges, les plaquettes et le plasma.
Intervient ensuite l’étape de l’étiquetage des poches. Trois types d’étiquettes sont à distinguer : "poches distribuables", "poches nécessitant des tests complémentaires" et "poches à détruire" (suite à la détection de séropositivité).
Les poches collectées sont ensuite concordées avec les demandes en sang reçues. Enfin, elles sont livrées après une dernière évaluation, selon les dires de la vidéo.
Le ministère de la Santé dément la transfusion d’un don du sang séropositif
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