La durée du développement pharmaceutique au Maroc sera réduite de moitié grâce à l’IA
Le Royaume abritera le tout premier écosystème africain spécialisé dans le développement galénique et les essais cliniques utilisant les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Un écosystème d’une utilité révolutionnaire, puisqu’il permettra de réduire de moitié la durée du développement pharmaceutique. Le développement d’un principe actif dure d’habitude entre 10 et 12 ans, tandis que le développement d’un générique se fait habituellement en 5 ans.
Un partenariat public-privé (PPP) a été scellé ce vendredi 23 juin entre le laboratoire pharmaceutique marocain Sothema, les ministères de la Santé et de l’Industrie, l’éditeur français de logiciels spécialisé dans la conception 3D Dassault Systèmes, le Baylor College of Medicine et Regenlab, en vue de renforcer la politique pharmaceutique nationale.
Grâce à ce PPP, le premier écosystème africain, spécialisé dans le développement galénique et les essais cliniques utilisant les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle, verra le jour au Maroc. Objectif : accélérer l’innovation et le développement de médicaments dont les anti-cancéreux, lit-on dans un communiqué conjoint des parties signataires.
"Les parties signataires de ce mémorandum s’engagent à renforcer les acquis du Maroc dans la préparation et la réponse de santé publique aux épidémies et aux autres problématiques de santé, à fournir des technologies habilitantes pour la numérisation du développement de médicaments et des essais cliniques au Maroc, à concevoir, mettre en place et appuyer la gestion des hôpitaux et des systèmes de santé, à apporter les conseils sur les meilleures pratiques en matière de normes internationales pour les soins contre le cancer et les essais cliniques, en plus de développer et de fabriquer des dispositifs médicaux pour plusieurs domaines", souligne le communiqué.
"Cette cérémonie de signature a été accompagnée de l’inauguration officielle d’Axess Pharma, filiale 100% de Sothema, partie intégrante de l’écosystème et qui développe déjà plusieurs médicaments en oncologie", précise-t-on.
Le développement pharmaceutique, un secteur peu développé au Maroc
"Si le Maroc fabrique aujourd’hui presque 70% de ses besoins en médicaments, et si l’approvisionnement national a couvert les besoins durant la pandémie du Covid-19, c’est grâce à l’industrie pharmaceutique nationale. Le mérite revient à l’investissement des laboratoires nationaux qui se sont engagés à mettre en œuvre cette souveraineté sanitaire, qui repose avant tout sur l’amont. Qui dit amont dit également développement ; un secteur très peu développé au Maroc", observe la présidente-directrice-générale de la société Sothema, le Dr Lamia Tazi, qui est intervenue à l’occasion de la signature du PPP.
"Certes, nous sommes de très bons formulants et de très bon industriels qui fabriquons des médicaments. Mais le développement pharmaceutique reste un sujet auquel il faut apporter des améliorations", constate la PDG de Sothema, notant que c’est dans ce cadre qu’est né le mémorandum d’entente signé ce vendredi 23 juin.
"La durée du développement pharmaceutique sera réduite de moitié"
La chaîne de développement du médicament passe d’abord par la conception de nouveaux projets à travers des partenariats nationaux et internationaux, rappelle le Dr Lamia Tazi. Viennent par la suite les étapes de développement pharmaceutique, de production des lots pilotes, d’essais cliniques, de production de lots à échelle réduite et de production de lots industriels, poursuit-elle.
"Grâce aux systèmes de modélisation et d’IA développés par Dassault Systèmes, le développement pharmaceutique national sera accéléré. Le développement d’un principe actif dure normalement entre 10 et 12 ans. Le développement d’un générique nécessite entre 4 à 5 ans. Nous pouvons dire qu’avec ces nouvelles technologies, la durée du développement sera réduite de moitié. C’est révolutionnaire", se félicite la PDG de Sothema.
"L’écosystème sera porté par Sothema et par sa nouvelle filiale, Axess Pharma, qui est habilitée à réaliser des lots pilotes ainsi que des lots industriels", précise cette dernière.
Minimisation des coûts des essais et des risques d'erreur
Cette occasion marque, d’après le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, qui est également intervenu lors de la cérémonie de signature, "un pas important vers le renforcement de la souveraineté sanitaire".
"Elle ouvre la voie à une coopération fructueuse et durable, basée sur la performance et l’innovation, afin d’améliorer l’offre de soins et de relever les défis auxquels le système de santé est confronté, en mettant l’accent sur les sciences réglementaires, les recherches cliniques, les technologies numériques et les essais cliniques", a affirmé le ministre.
Et Khalid Ait Taleb d’ajouter : "Nous célébrons aujourd’hui la signature de ce mémorandum qui reflète notre engagement et conviction sur l’importance des progrès technologiques et de l’intelligence artificielle dans le développement de la recherche médicale, la production de médicaments plus ciblés et plus efficaces, la sécurisation et le renforcement des essais cliniques dans le respect des normes éthiques de la sécurité des patients et de l'intégrité scientifique."
"L’intégration des technologies d’intelligence artificielle dans le domaine médical constitue une opportunité pour établir des diagnostics précis et personnaliser les traitements. Cela contribuera à une meilleure prise de décision clinique et au développement d’une médecine personnalisée, tout en évitant les essais coûteux et les risques d'erreur", conclut-t-il.
Atténuer les risques de toxicité médicamenteuse
Le vice-président de la recherche à l’Université de Long Island (collaboratrice dans le cadre du PPP), Mohammed Charkaoui, a également pris la parole.
"L’ingénieur peut collaborer avec la Santé. Les révolutions actuelles dans le domaine de la santé ont été réalisées en majeure partie par des ingénieurs. Preuve en est que Dassault Systèmes est une société d’ingénierie", a-t-il noté.
"Nous pouvons aujourd’hui être précis dans la médecine grâce à la digitalisation de celle-ci. Il faut savoir que 40% des médicaments utilisés à travers le monde présentent des problèmes de toxicité. Quelques 100.000 Américains meurent annuellement à cause de la toxicité liée aux médicaments. La technologie nous permet de pré-identifier ces problèmes et par conséquent d’atténuer le risque de toxicité. C’est ce que nous comptons adresser dans le cadre de ce PPP", conclut-il.
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