Othman Khalil El Alamy : “La profession d'assureur doit s'adapter, penser autrement son métier”
La voiture autonome, les nouvelles préférences de mobilité, l'enjeu de la data,... sont autant d'éléments qui introduisent de nouveaux paradigmes pour l'assurance automobile selon Othman Khalil El Alamy, le président par intérim de l'ACAPS. Ce dernier appelle également à l'instauration d'une véritable concurrence dans l'assurance automobile obligatoire et une révision du barème des indemnisations. Verbatim.
Plus de 36% des primes d'assurance non-vie dans le monde sont générées par l'assurance automobile. "Ce qui démontre son enjeu pour les assureurs, régulateurs et pouvoirs publics", avance le président par intérim de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), intervenant lors de la 9e édition du Rendez-Vous de Casablanca de l'assurance.
"L'avènement de la voiture 100% autonome introduira un autre paradigme en rapport avec la responsabilité et le risque. Avec la voiture autonome, le conducteur est l'operating system. L'humain devient un simple passager. En cas d'accident, la responsabilité est désormais portée par le concepteur du logiciel", a-t-il toutefois précisé aux acteurs du secteur.
"Dans un tel paysage, on ne sait même pas si la notion d'accident telle que nous la connaissons va encore exister. L'operating system s'acquitte si bien de sa tâche que sa probabilité d'avoir un accident est plus faible que celle d'un automobiliste. Pour les compagnies d'assurance automobile, dont le business modèle est basé sur le risque d'accident, un changement de paradigme est donc à prévoir."
Ce n'est pas le seul enjeu. Othman Khalil El Alamy a également mis l'accent sur les nouvelles préférences de mobilité qui sont apparues. Il note ainsi que "le covoiturage et l'autopartage sont un mode largement adopté dans plusieurs pays dans le monde. Le succès du partage d'automobiles s'explique par la flexibilité et l'accessibilité rendues possibles par une technologie très avancée.(...) Un autre phénomène récent est aussi à considérer dans la mobilité du futur, celui de l'émergence du télétravail, effet collatéral de la pandémie du Covid-19. Ce phénomène, à la base, conjoncturel, est parti pour durer et s'installer comme un usage ordinaire dans le monde professionnel."
La data au service des assureurs
Selon lui, la profession d'assureur doit s'adapter, penser autrement son métier, et mettre la data aux cœur du changement. "Face à un écosystème en évolution, amplifié par la concurrence des géants de la Tech qui excellent dans la collecte et l'analyse de la data, les assureurs automobiles n'auront d'autre choix que de passer des partenariats avec les différents acteurs de l'écosystème. Il y va de leur survie. Le danger pour les assureurs ne viendrait pas uniquement des acteurs de la Tech, puisque même certains constructeurs automobiles songent à lancer leurs propres assurances, en exploitant les données de conduite de leur clients."
Il a également incité les assureurs à développer des offres de produits plus souples, réactives et intégrées à l'écosystème de la mobilité connectée pour préparer l'arrivée de nouveaux clients : des corporates spécialisés dans le marché du partage et de l'usage à la demande. L'offre d'assurance s'adressera donc à des propriétaires de flotte ou gestionnaires de plateformes, plutôt qu'à des particuliers.
Le président du régulateur annonce l'installation à l'ACAPS d'une nouvelle cellule dédiée à l'innovation et aux insurtechs, dont les missions seront de servir l'inclusion, mais aussi de contribuer à préparer les acteur du marché à affronter les défis de demain.
Plus de concurrence dans le segment automobile
Après "aperçu du futur", le patron du régulateur a fait le point sur le présent. Le secteur national des assurances draine 55 milliards de dirhams de chiffre d'affaires, dont 20 milliards de DH au titre de l'épargne, et investit plus de 220 milliards dans l'économie nationale. L'assurance automobile y pèse 14 milliards de DH.
Sur un autre registre, il a estimé qu'il était temps d'entamer la réflexion pour libérer les critères tarifaires et instaurer une véritable concurrence dans l'assurance automobile obligatoire. Un autre sujet qui, selon lui, devrait concentrer l'attention collective a trait au dispositif d'indemnisation des victimes des accidents de la circulation.
"Après quarante ans d'existence, il ne peut être contesté que le barème d'indemnisation actuel mérite d'être revu, pour tenir compte de l'inflation et permettre aux concitoyens de faire face à l'augmentation du coût de la vie." Si le président par intérim de l'ACAPS reconnaît que "l'indemnisation" est un sujet sensible, il estime nécessaire de s'y atteler pour trouver des solutions qui soient équilibrées et qui préservent les intérêts des uns et des autres.
En évoquant la réglementation, il a demandé à ceux qui pensent qu'il s'agit d'un rempart, permettant de protéger le métier des nouveaux entrants, de reconsidérer leur opinion. "En tant que régulateur, notre devoir est aussi d'adapter la charge réglementaire pour stimuler l'innovation et favoriser la concurrence, si elles sont au service des assurés et de l'inclusion financière."
Othman Khalil El Alamy a également fait part de la préparation d'un projet de solvabilité basé sur les risques, qui sera appliqué prochainement.
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.
Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.
Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.
Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.
Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.
Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.