Dr Saïd Benchekroun : “Au Maroc, 60% à 70% des enfants cancéreux pris en charge guérissent”

À l’occasion de la Journée internationale du cancer de l’enfant, célébrée chaque année le 15 février, Médias24 a sollicité le Dr Saïd Benchekroun, président de l’Association de soutien aux malades du sang et cancer de l’enfant (AGIR), pour faire le point sur les cancers pédiatriques au Maroc.

Dr Saïd Benchekroun : “Au Maroc, 60% à 70% des enfants cancéreux pris en charge guérissent”

Le 14 février 2023 à 17h54

Modifié 14 février 2023 à 18h45

À l’occasion de la Journée internationale du cancer de l’enfant, célébrée chaque année le 15 février, Médias24 a sollicité le Dr Saïd Benchekroun, président de l’Association de soutien aux malades du sang et cancer de l’enfant (AGIR), pour faire le point sur les cancers pédiatriques au Maroc.

Entre 1.000 et 1.500 cas de cancers pédiatriques sont diagnostiqués chaque année dans le Royaume. Un chiffre en hausse depuis l’amélioration significative des infrastructures sanitaires du pays ces dernières années.

"L’augmentation des cas de cancers pédiatriques est indiscutable. Dans les années 1980, seul le CHU Ibn Rochd de Casablanca abritait un service d’hématologie-oncologie pédiatrique vers lequel tous les patients étaient redirigés. Actuellement, nous disposons de trois autres services similaires, dans les CHU Ibn Sina de Rabat, Hassan II de Fès et Mohammed VI de Marrakech, sans compter les pôles oncologie pédiatrique disponibles actuellement dans les établissements de santé privés", explique le Dr Saïd Benchekroun.

La leucémie aiguë, cancer pédiatrique le plus fréquent au Maroc

La leucémie aiguë, qui se forme dans les cellules souches du sang, est le cancer pédiatrique le plus fréquent au Maroc. Elle est suivie des lymphomes (tumeurs malignes des organes lymphatiques comme les ganglions et les amygdales), du cancer du rein, des cancers osseux, des cancers cérébraux et du cancer de la rétine.

Contrairement aux cancers d’adulte, les cancers pédiatriques sont difficiles à prédire en l’absence de facteurs de risque, tels le tabagisme ou l’alcoolisme, les causes étant principalement d’ordre génétique.

Les cancers de l’enfant affichent néanmoins un taux de guérison plus élevé par rapport aux cancers observés chez les adultes. "Au Maroc, 60% à 70% des enfants cancéreux pris en charge guérissent", indique le Dr Saïd Benchekroun, rappelant que le diagnostic précoce permet d’accroître les chances de guérison.

Quels symptômes doivent alerter ? 

Tout symptôme qui persiste doit amener les parents à consulter, à titre préventif, un pédiatre. Les symptômes alarmants varient en fonction du type de cancer. "Concernant le cancer du sang, la pâleur et l’hémorragie sont des signes à ne pas négliger. Une inflammation indolore des ganglions lymphatiques, quant à elle, peut être le signe d’un lymphome."

Une fois diagnostiqués, les cancers pédiatriques doivent impérativement être pris en charge par des spécialistes, en l’occurrence des oncologues pédiatres. Les traitements dépendent du type de cancer et des protocoles sanitaires internationaux.

"Dans le cas d’une leucémie, nous procédons à une chimiothérapie qui dure de deux à trois ans. S’il s’agit d’un lymphome, une chimiothérapie de quatre mois est nécessaire. En cas de tumeurs osseuses, des médicaments à fortes doses doivent être administrés", explique le Dr Saïd Benchekroun.

Des progrès, mais des améliorations encore nécessaires

La prise en charge des cancers pédiatriques a beaucoup évolué au Maroc. "Les infrastructures sanitaires actuelles en matière d’oncologie pédiatrique sont à l’image de celles des pays occidentaux. Les chimiothérapies sont disponibles, et les hôpitaux disposent des médicaments anti-cancéreux nécessaires", assure le Dr Saïd Benchekroun.

"Grâce à la Fondation Lalla Salma de lutte contre le cancer et aux associations comme la nôtre, nous avons pu mettre en place des structures de greffe de moelle osseuse, construire des maisons de vie dédiées au logement des parents et aux tutelles des enfants cancéreux, et mettre la main sur des médicaments non disponibles."

En dépit de ces progrès, l’accès aux médicaments anti-cancéreux doit encore être amélioré. "Des ruptures de stock sont observées de temps à autre. A cela s’ajoutent l’absence de commercialisation de certains médicaments au Maroc et l'indisponibilité de quelques traitements onéreux. Il y a encore des efforts à fournir dans ce sens", conclut le président d’AGIR.

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