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La marocanité du Sahara dans les documents des archives royales

Traités internationaux, dahirs, lettres, nominations... Les Archives royales constituent une source historique importante servant au plaidoyer pour la marocanité du Sahara. Un aperçu de ce trésor du patrimoine politique marocain.

La marocanité du Sahara dans les documents des archives royales

Le 16 janvier 2023 à 20h00

Modifié 17 janvier 2023 à 10h55

Traités internationaux, dahirs, lettres, nominations... Les Archives royales constituent une source historique importante servant au plaidoyer pour la marocanité du Sahara. Un aperçu de ce trésor du patrimoine politique marocain.

La souveraineté du Maroc sur son Sahara est basée sur des preuves historiques. Celles-ci proviennent en partie des Archives royales, c’est-à-dire des documents et manuscrits officiels émanant de l’appareil de l’Etat marocain durant le règne des différentes dynasties.

Il peut s’agir de traités internationaux, dahirs, lettres ou nominations... Ces archives, qui documentent la gestion des affaires de l’Etat, prouvent que les sultans marocains exerçaient leur pouvoir sur ces provinces sahariennes comme sur les autres provinces marocaines.

Ces documents officiels, ayant force de textes législatifs, font partie des principales sources utilisées par les historiens. Ils ont fait l'objet d'un travail de recherche réuni dans un ouvrage publié par la Direction des Archives royales, "Le Sahara marocain à travers les Archives royales".

Bahija Simou, directrice des Archives royales, a présenté quelques-uns de ces documents relatifs à la dynastie alaouite, à l’occasion de la conférence inaugurale de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, organisée le jeudi 12 janvier.

Le sultan Moulay Ismail, empereur des deux royaumes

Depuis les Almoravides, les provinces sahariennes ont été considérées comme stratégiques pour le pouvoir marocain afin de sécuriser le corridor commercial qui lie l’Afrique à l’Europe, à travers le Maroc. Cette souveraineté s’est manifestée par des liens d’allégeance, mais aussi par des liens spirituels tels que l’adoption de l’école de jurisprudence malékite.

Des archives relatives à la Harka de Moulay Ismail, en 1689, attestent de l’allégeance des tribus sahraouies, à l'instar des tribus du Sahel, Oulad Dlim, Berbouchk, Mgharfra, Oulad Mtah, Oulad Jrar. C’est à l’occasion de cette Harka que Moulay Ismail s’est marié avec Khnata Bent Bakkar Lamgharfri.

D’autres attestent de la gouvernance directe sur les tribus de Touat, Gourara dans le Sahara oriental, et jusqu’à Chenguit dans l'actuelle Mauritanie. Dans une correspondance au roi de France Louis XIV, le sultan Moulay Ismail revendique le titre d’empereur des deux royaumes, le Royaume de Fès, Tafilalet et Marrakech, ainsi que le Royaume des deux Sahara, c’est-à-dire le Sahara occidental et le Sahara oriental, selon Bahija Simou.

Le sultan Moulay Ismail avait nommé son fils El Mamoun comme khalifa sur les provinces du Sahara, à travers une lettre conservée aux Archives royales et datée du 9 novembre 1692. Dans cette lettre qui détermine les limites de la souveraineté marocaine sur le Sahara, Moulay Ismail accorde une grande importance à la sécurisation des routes commerciales vers l’Afrique subsaharienne.

Les traités internationaux comme preuve de la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara

Bahija Simou cite deux traités signés entre l’Espagne et le Portugal mentionnant les limites sud du Royaume de Marrakech (Maroc) au sud de Cap Boujdour, affirmant que l’Etat marocain exerçait son pouvoir au-delà.

Un autre traité, signé cette fois-ci entre le Maroc et l’Espagne en 1767, stipule dans son article 18 que la souveraineté marocaine s’étend au-delà de Oued Noun.

Tandis que le traité du 28 juin 1786 entre le Maroc et les Etats-Unis a, lui aussi, fait état de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Puisque le sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah s’est engagé à apporter assistance aux navires américains en difficulté, qui accostaient sur le littoral de Oued Noun et ses environs.

D’autres traités et conventions relatifs à la marine ont été conclus avec des puissances européennes, prouvant la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes.

Les nominations répétitives de gouverneurs et de qaids au Sahara

Les Archives royales comprennent également les dahirs ; parmi lesquels le dahir du sultan Moulay Abderrahman qui honore les tribus de Tajakant et Mejjat Maizate.

D’autres dahirs attestent de la nomination par les sultans alaouites de gouverneurs et de qaids dans les différentes provinces et tribus.

Plusieurs nominations sont archivées pour l’époque de Moulay El Hassan et Moulay Abdelaziz. Par exemple, pour la confédération des tribus des Tekna, figurent les nominations du qaid Dahmane Oubirouk en 1889 et du qaid Mohammed Amine Ibn Ali Tekni en 1899. Ou encore :

  • Le qaid Souleimane Laaroussi en 1907 pour la tribu Kerrah, faisant partie de la confédération des tribus de Tekna.
  • Le qaid Brahim Ben Mbarek Chtouki, pour la tribu des Mnasara des Izerkiyine, faisant également partie de la confédération des tribus de Tekna.
  • Le qaid Brahim Ben Khalil Ben Birouk pour les tribus de Ait Moussa, Rkout, Ouled Driss, Rguibat, Tidrarine.

Lors de la Harka de Moulay El Hassan en 1882, où il a atteint Oued Lghat, le qaid Lhoussaine Ouhachem a été nommé à la tête des qaids des provinces du Sahara.

Une autre Harka, organisée en l’an 1886 à partir de Marrakech, où le sultan a nommé plusieurs qaids et bachas sur ces provinces, s’est conclue par la création d’un port à Dakhla qui s’appelle le port d’Asaka, indique la directrice des Archives royales. D’autres manuscrits documentent la nomination de plusieurs juges pour cette région par Moulay El Hassan.

Le Maroc a continué à exercer sa souveraineté sur le Sahara durant la période de la convoitise coloniale

Les Archives royales regorgent de lettres concernant la gestion des affaires générales de l’Etat sur le littoral allant de Oued Noun à Dakhla, même lorsque ce littoral était fortement convoité par les puissances coloniales et les sociétés commerciales.

Des sociétés telles que la compagnie française Paquet et la Société géographique italienne avaient tenté de s’implanter. Elles ont été suivies de campagnes militaires, comme celle de la frégate italienne Ettore Fieramosca ou celle menée par le général britannique McKinsey. Elles ont été confrontées à la résistance féroce des tribus menées par les qaids et bacha locaux.

A travers le traité de Marrakech entre le Maroc et la Grande-Bretagne du 13 mars 1895, sur Tarfaya, le Maroc a récupéré les bâtiments construits par McKinsey. Ce traité consacre la marocanité de Tarfaya et des zones au sud de Tarfaya, au moment où Dakhla était sous occupation espagnole.

L’occupation espagnole de Dakhla n’a pas été acceptée par le pouvoir marocain, puisque le sultan avait organisé une Harka pour la récupérer. Tout au long de l’occupation progressive par l’Espagne du Sahara, le sultan continuait à exercer son pouvoir aux côtés du protectorat espagnol, souligne Bahija Simou.

Ainsi, des archives royales concernent la nomination par le sultan, en 1917, de Salef Benabdellah comme son khalifa sur ces provinces du Sahara. En 1934, il avait nommé à sa place Mohamed Laghdaf Cheikh Mae Laeinaine.

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