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Que cache la folle augmentation du budget de l’armée algérienne en 2023 ?

En 2023, l’armée algérienne se classera en tête des dépenses militaires par rapport au PIB, avec un ratio de 12%. Avec la hausse des prix des hydrocarbures, l’Algérie se permet d’enclencher à nouveau une escalade à l’armement.

Que cache la folle augmentation du budget de l’armée algérienne en 2023 ?
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Le 18 octobre 2022 à 18h23 | Modifié 18 octobre 2022 à 19h10

Le budget alloué à l’armée algérienne va plus que doubler en 2023, passant de 9,3 milliards de dollars à 22 milliards de dollars. L’information a été rapportée par des médias algériens, qui citent le projet de loi de finances 2023 déposé au Parlement.

C’est une hausse record. Jamais dans l’histoire de l’Algérie, ni dans celle de la plupart des pays du monde, le budget militaire n’avait connu une hausse aussi importante en une seule année. En passant de 5,3% à 12%, l’Algérie trône désormais au classement mondial des dépenses militaires par rapport au PIB.

Pour un pays qui n’est pas en guerre, c’est pour le moins surprenant, voire inexplicable. En valeur absolue, ce budget dépasse ceux de pays comme l’Espagne, la Turquie, le Brésil, le Pakistan ou l’Indonésie. Même certains pays beaucoup plus riches et sous constante menace d’invasion étrangère, comme Taïwan et la Pologne, n’en arrivent pas à un tel montant.

L’Algérie profite de la manne pétrolière et gazière générée par la flambée des prix des hydrocarbures. Cette augmentation dépasse même celle prévue au niveau des revenus de l’État, qui est de 11 milliards de dollars, au titre du projet de loi de finances 2023.

La manne des hydrocarbures détournée par l’armée

Cette volonté de l’Algérie d’assurer une supériorité militaire par rapport au Maroc n’est pas nouvelle. L’armée algérienne avait déjà déclenché une course à l’armement au début des années 2000, aidée en cela par la forte croissance des prix du pétrole.

Ces dépenses militaires ont néanmoins stagné à partir de 2013, année durant laquelle les cours du pétrole ont commencé à dégringoler. Pendant cette période, le Maroc a réduit le gap, jusqu’à atteindre une enveloppe 50 milliards de dirhams pour son budget alloué à la défense en 2022.

Profitant de la hausse des prix du pétrole, le cours du baril du Sahara Blend est actuellement de 92 dollars. Les généraux algériens ont à nouveau les moyens de leurs ambitions.

Mais il ne faut pas oublier que l’Algérie est avant tout un pays gazier. Profitant de la hausse vertigineuse des prix du gaz naturel, à la suite de l’invasion russe en Ukraine, les revenus d’Alger ont fortement grimpé, notamment après la renégociation à la hausse de ses prix de vente avec Madrid et la signature de nouveaux contrats avec Rome.

Cette embellie dans les caisses de l’État ne profitera ni au peuple ni au développement. Pourtant, il y a deux ans, avant la montée des prix des hydrocarbures, le régime algérien jouait sa survie alors qu’il faisait face simultanément au Hirak et à l’effritement de ses réserves en devises.

Au lieu de tirer une leçon de cette crise et d’investir dans le développement en diversifiant l’économie et dans le capital humain pour préparer l’avenir, le régime militaire algérien ne conçoit sa force qu’en termes de puissance de feu.

Une quête d’hégémonie ou un prélude à la guerre ?

Les généraux algériens se montrent ainsi fidèles à leur doctrine, qui consiste à imposer une hégémonie régionale en recherchant la supériorité militaire et en affaiblissant leurs voisins.

Sur le site Mena Défense, proche de l’armée algérienne, cet incroyable bond dans les dépenses militaires algériennes est justifié entre autres par la volonté de régler des dossiers de retraite dans l’armée algérienne, de renouveler des équipements obsolètes et d’en moderniser d’autres, comme le système de défense aérien S-300 et les avions de chasse Su-30. À y regarder de près, cette explication est plutôt courte.

Contacté par Médias24, l’expert militaire Abdelhamid Harifi estime que l’Algérie profite de la hausse des prix du gaz et des énormes entrées de devises pour rattraper son retard en matière d’armes sophistiquées. “Depuis plusieurs années, on assiste à des annonces de contrats qui n’ont jamais abouti faute de financements. Maintenant, alors que le rapprochement Maroc-Israël est perçu comme une importante menace par le régime algérien, de nombreux contrats sont en ligne de mire. Je pense au S-400 (système de défense antiaérienne et antimissile, ndlr), à l’extension du parc des T-90 avec la version MS et à l’achat d’avions de chasse furtifs de type Su-57 et d’avions bombardiers de type Su-34. L’Algérie a désormais les moyens de négocier dans une position plus confortable avec les Russes, qui lui ont auparavant refusé plusieurs de ces armes”, explique Abdelhamid Harifi. Bien sûr, lorsqu’on dit en ligne de mire, cela ne signifie pas que l’Algérie va les obtenir.

En septembre dernier, 27 membres du Congrès américain ont adressé une lettre au secrétaire d’État, Anthony Blinken, alertant contre les rapports étroits entre l’Algérie et la Russie en matière d’armement militaire. Sur fond de guerre en Ukraine, les achats algériens sont considérés comme un soutien au conflit livré par Vladimir Poutine.

Cette hausse du budget profitera-t-elle aux États-Unis et aux Occidentaux, ou bien l’Algérie restera-t-elle fidèle à ses alliances en toutes circonstances ? La question mérite d’être soulevée.

Par ailleurs, le site algérien Mena Défense évoque la possibilité d’entamer des opérations militaires à l’étranger. En effet, la nouvelle Constitution algérienne, adoptée en novembre 2020, permet à l’armée d’intervenir en dehors de ses frontières. Les velléités de l’Algérie sur la région du Sahel pour y accroître son influence ne sont plus un secret, notamment après que la France s’est retirée du Mali.

Enfin, difficile de ne pas songer au pire : l’Algérie fomente-t-elle des intentions de guerre contre le Maroc ? En tout cas, au vu des récents changements, dont la décision d’Alger de rompre ses relations avec Rabat, la fermeture de l’espace algérien aux avions marocains et la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, les think tanks internationaux n’hésitent plus à soulever l’hypothèse d’un scénario belliqueux entre les deux pays.

Dans l’édition 2022 de son Atlas stratégique de la Méditerranée et du Moyen-Orient, la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES) estime que plusieurs motifs pourraient provoquer un affrontement armé entre l’Algérie et le Maroc. Parmi eux, “une possible fuite en avant des généraux algériens en cas d’effondrement du régime dont ils sont le pilier”.

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