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Le dollar vaut 20,5% de plus qu’il y a un an, un autre coup dur pour le pouvoir d’achat des Marocains

En plus de l’inflation intrinsèque que connaît le monde, la hausse continue du dollar agit comme un coup de massue sur le coût des matières importées et le pouvoir d’achat des ménages. Une hausse qui ne ménage pas non plus l’État, qui voit ses dépenses augmenter au fur et à mesure que le billet vert s’envole.

Le dollar vaut 20,5% de plus qu’il y a un an, un autre coup dur pour le pouvoir d’achat des Marocains

Le 18 septembre 2022 à 17h37

Modifié 18 septembre 2022 à 17h37

En plus de l’inflation intrinsèque que connaît le monde, la hausse continue du dollar agit comme un coup de massue sur le coût des matières importées et le pouvoir d’achat des ménages. Une hausse qui ne ménage pas non plus l’État, qui voit ses dépenses augmenter au fur et à mesure que le billet vert s’envole.

  • Les importateurs doivent mettre encore plus de dirhams qu’il y a trois, six ou douze mois, renchérissant le coût final du produit à son arrivée au Maroc.
  • Les entreprises marocaines se couvrent très peu contre le risque de change et sont totalement exposées aux variations de la valeur des devises.

Comme si la hausse vertigineuse des prix des matières premières et les pressions inflationnistes ne suffisaient pas, une variable monétaire est venue rendre les choses encore plus compliquées pour les ménages marocains, les entreprises et l’Etat : la forte hausse du dollar.

En septembre 2021, il y a exactement un an, un dollar américain valait 8,97 dirhams. Pour acheter un dollar aujourd’hui, il faut avancer 10,81 dirhams. Fini les années où le billet vert se négociait à moins de 10 dirhams, le dollar fort est de retour ! Et si les impacts de cette envolée de la monnaie américaine sont multiples, ils sont davantage négatifs que positifs.

“Le seul effet positif d’un dollar à ce niveau, c’est l’impact sur le chiffre d’affaires des exportateurs, en particulier les opérateurs miniers comme OCP ou Managem. Ce sont les rares secteurs de l’économie marocaine qui exportent en dollar américain et qui verront ainsi leurs revenus en dirhams fortement progresser. Le reste des secteurs et le plus gros des entreprises marocaines exportent en euros, car la structure de notre économie et l’accord de libre-échange signé avec l’Union européenne favorisent beaucoup plus les échanges avec l’Europe qu’avec le reste du monde”, explique un dirigeant de banque contacté par Médias24.

Ces exportateurs profitent ainsi doublement du contexte mondial actuel : les prix des matières premières et alimentaires augmentent, tout comme la monnaie d’échange.

Et c’est exactement l’effet inverse que subissent la majorité des opérateurs et, de manière indirecte, les consommateurs et l’Etat.

Impact direct sur les prix des produits importés en dollar

Car contrairement aux exportations qui sont faiblement libellées en dollar, la moitié des importations du Maroc se fait en monnaie américaine, surtout les produits les plus sensibles comme les produits énergétiques (gasoil, essence, gaz, charbon…), les produits alimentaires (céréales, graines pour l’huile…), les produits d’équipement pour les entreprises mais aussi pour les ménages (électroménagers, téléphones, produits informatiques, habillement…).

Pour acheter par exemple une tonne de gaz, dont les prix en dollar ont explosé sur les douze derniers mois, les importateurs doivent mettre encore plus de dirhams qu’il y a trois, six ou douze mois, renchérissant le coût final de la matière à son arrivée au Maroc. Une logique qui s’applique à toutes les importations que l’on fait en dollar américain. Résultat, les entreprises importatrices se trouvent face à deux choix : accuser la perte de change et réduire leurs marges bénéficiaires, ou impacter l’effet de change sur le prix final des produits. Et le plus souvent, c’est la deuxième option qui est choisie, comme on peut le constater dans le secteur des hydrocarbures. Et c’est le consommateur final qui trinque.

La hausse du dollar est donc un véritable coup de massue. Le Maroc, comme tous les pays du monde, fait face depuis une année à de fortes pressions inflationnistes que vient aggraver l’actuelle montée du dollar. Cela impacte de manière directe les ménages, soit dans le coût des produits de première nécessité ou dans tout ce qui s’échange sur les marchés de gros ou populaires (Derb Omar, Derb Ghallef, hauts lieux de la consommation marocaine) et qui sont généralement importés en dollar de pays asiatiques.

Face au manque de couverture, les entreprises répercutent l’effet de change sur les prix

“On ne peut pas reprocher ça aux entreprises importatrices. Elles ne sont qu’un intermédiaire et doivent veiller à leurs équilibres financiers. Leur premier réflexe, c’est de répercuter toute hausse du coût de l’intrant sur le prix de vente, à part quelques secteurs comme l’agroalimentaire, où la hausse des prix peut être une décision très lourde en conséquence et faire perdre à l’entreprise des parts de marché. C’est le cas dans le secteur du biscuit ou des boissons par exemple, où l’élasticité prix est très faible, voire inexistante, et où il y a une grande concurrence”, souligne un grand industriel.

Cela est d’autant plus vrai quand on sait que nos entreprises se couvrent très peu contre le risque de change et sont totalement exposées aux variations de la valeur des devises. Un réflexe que n’ont pas encore acquis nos chefs d’entreprises, même si un événement comme la hausse subite du dollar devait agir depuis des mois déjà comme une sorte d’alerte.

“Le marché des instruments de couverture reste très faible et peu profond. Aujourd’hui, on traite toujours avec les mêmes opérateurs traditionnels qui se couvraient depuis des dizaines d’années. Ce sont généralement de grandes entreprises, qui ont une vraie stratégie de couverture, une culture de gestion des risques. Cela est dû aussi au fait que les opérateurs qui échangent avec le reste du monde sont peu nombreux ; on compte à peine 5.000 exportateurs au Maroc. Quant à ceux qui importent en dollar, ils le font essentiellement à partir des marchés asiatiques, sont de taille petite ou moyenne et sont gérés de manière traditionnelle”, précise notre banquier.

Le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, ne dit pas autre chose à chaque sortie médiatique, quand il justifie le statu quo actuel sur la flexibilité des changes par la non-préparation des opérateurs économiques à un marché avec une monnaie plus volatile. Et ce, malgré les tournées que la Banque centrale organise depuis 2017 (date du premier élargissement de la bande de fluctuation du dirham) dans toutes les régions du Royaume pour sensibiliser les chefs d’entreprises à cette culture de couverture des risques.

Y compris parmi les grandes entreprises, on trouve des cas où le risque n’est pas pris en charge, ni même anticipé. Pour une raison simple : le manque de concurrence.

“Se couvrir contre le risque de change est un facteur de compétitivité. Cela sert à ça d’abord ; à être mieux armé que ses concurrents contre les fluctuations des monnaies internationales. Mais il se trouve que nos secteurs essentiels ne sont pas réellement ouverts à la concurrence. Et quand on est en situation oligopolistique, la politique des prix a peu d’importance, puisque l’on peut appliquer les prix que l’on veut. Pourquoi dépenser de l’argent dans des instruments de couverture quand on peut répercuter comme on veut les pertes de change sur le produit final ?”, poursuit notre banquier.

Budget de l’État, balance des paiements… l’effet domino de la hausse du dollar

Cet effet de hausse du dollar, l’Etat aussi le ressent dans ses dépenses, comme dans le budget de compensation du gaz butane ou de la farine, le soutien indirect des prix de l’électricité qui dépendent fortement du charbon importé en dollar et le remboursement de la dette libellée en dollar. Plus le coût de ces matières (leur prix intrinsèque et leur équivalent en dirham) augmente, plus l’Etat doit mettre d’argent pour maintenir les prix inchangés sur le marché.

L’économiste et spécialiste des marchés de change, Omar Bakou, nous expliquait il y a quelques semaines cette nouvelle donne monétaire par trois éléments :

1- Un effet monétaire dû à la hausse des taux de la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED) dans sa volonté de stopper l’inflation, ce qui joue sur la demande sur le billet vert et sa valeur. “Beaucoup de fonds internationaux font des arbitrages en faveur de la zone dollar par rapport à la zone euro. Ce sont des fonds à court terme généralement qui migrent rapidement suivant les variations des taux entre les Etats-Unis et l’Europe. Et l’arbitrage se fait actuellement en faveur du dollar où les taux ont augmenté rapidement, rendant les placements en dollars plus attractifs”, explique notre expert.

2- L’effet de la hausse des prix des produits énergétiques, le pétrole et le gaz notamment, qui ont un impact direct sur la demande mondiale, sur cette devise ainsi que sur les réserves monétaires des Etats-Unis. Il cite l’exemple de l’Arabie saoudite qui garde une grande partie des recettes tirées des exportations de pétrole en dollar dans les banques américaines. Des recettes qui ont fortement augmenté ces derniers mois avec l’explosion du prix du baril.

3- L’effet de l’incertitude qui plane sur l’économie mondiale, qui renforce de plus en plus le dollar dans son rôle de valeur refuge. Surtout, quand en face, dans la zone euro, les anticipations ne sont pas très roses, avec le spectre d’une récession plus importante qui se dessine, et d’une politique monétaire qui est qualifiée par les investisseurs de pas très crédible. “Les gens n’ont pas vraiment confiance en la zone euro où il y a des doutes sur son éclatement, avec cette guerre qui se joue dans ses frontières, ainsi que le risque de récession qui plane sur la zone.”

Des éléments de fond qui ne vont pas disparaître de sitôt, comme le soulignaient à l’unanimité les experts, appelant à s’habituer à un dollar fort, avec ce que cela peut avoir comme conséquences, tant micro que macroéconomiques.

Car en plus de l’effet sur les dépenses de l’Etat, cette hausse du dollar peut déséquilibrer davantage la balance de paiement en raison de sorties plus importantes de dollars, soit pour payer les importations, soit pour rembourser les dettes du pays. Elle prive également le consommateur marocain de quelques éclaircies sur le marché des matières premières. Le cas le plus parlant est celui du gasoil. Alors que ses prix à l’international ont baissé depuis début septembre, le litre de gasoil reste inchangé à la pompe, la hausse du dollar annulant les gains réalisés sur les prix à l’importation.

Seul risque auquel le Maroc échappe, contrairement à nombre de pays dans le monde : la dépréciation de sa monnaie nationale. Le dirham, dont le cours de référence est toujours calculé sur la base d’un panier de devises, pondéré à hauteur de 60% en euros et de 40% en dollars, est resté quasiment stable dans sa valeur. Car quand le dollar augmente, l’euro baisse, jouant un effet d’amortisseur sur la valeur du dirham.

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