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Malgré la chute des ventes, les constructeurs automobiles affichent des résultats record

Alors que le marché automobile mondial connaît une sévère baisse, les performances financières des constructeurs montrent une étonnante solidité. Leur secret : vendre moins, mais plus cher, en orientant la production vers les modèles les plus chers, générateurs de confortables marges.

Malgré la chute des ventes, les constructeurs automobiles affichent des résultats record
Carlos Tavares, DG du groupe Stellantis, a annoncé un résultat semestriel 2022 en hausse de 34%, malgré des ventes en baisse de 7%.
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Le 9 août 2022 à 11h01 | Modifié 9 août 2022 à 11h01

u terme du premier semestre 2022, le marché automobile mondial accuse une baisse record de 12%, dont un repli de 14% sur le continent européen. De quoi malmener les finances des constructeurs, qui se relevaient à peine de la crise sanitaire ? Bien au contraire : contre toute attente, la grande majorité d’entre eux affiche aujourd’hui des bénéfices record. La situation paraît paradoxale, tant l’industrie automobile fait face, depuis plusieurs mois, à une conjonction de facteurs défavorables : pénurie persistante de composants électroniques, recul de la production, hausse des cours des matières premières, perturbations logistiques, inflation galopante… Et pourtant, à la publication de leurs résultats semestriels de 2022, les constructeurs ont annoncé, l’un après l’autre, des performances financières solides, voire exceptionnelles.

Ventes en baisse, bénéfices en hausse

Pénalisé par la fermeture prolongée de son usine chinoise et le lent démarrage de sa “gigafactory” allemande, Tesla a vu sa production augmenter de 45,8%, bien en-deçà de ses prévisions initiales. Cela ne ne l’a pas empêché d’enregistrer le meilleur résultat de sa jeune histoire, bouclant le premier semestre 2022 avec un chiffre d'affaires en hausse de 59,7 % (à 35,69 milliards de dollars) et un bénéfice net de 5,55 milliards de dollars, soit plus du triple de celui de l’an dernier.

Plus inattendue est l’explosion des compteurs chez Stellantis. En dépit de ventes en baisse de 7%, le chiffre d'affaires du groupe italo-américain a progressé de 17% (à 88 milliards d’euros) au titre du premier semestre, pour un résultat net en hausse de 34% (à 8 milliards d’euros). Le schéma est quasi-similaire chez le rival Volkswagen, dont le bénéfice s’est envolé de 25,8% (à 10,6 milliards d’euros), pendant que ses ventes mondiales se contractaient de 14%. Idem pour Mercedes-Benz, dont les ventes en repli de 16% ont quand même débouché sur un résultat net en hausse de 3% (à 6,78 milliards d’euros).

En somme, les bonnes nouvelles concernent la quasi-totalité des grands constructeurs internationaux, de Hyundai-Kia à BMW, en passant par les Américains Ford et General Motors. Les rares exceptions près concernent le conglomérat indien Tata, qui souffre des difficultés de sa filiale Jaguar - Land Rover, et le Groupe Renault, dont les comptes sont lourdement plombés par la cession de ses activités industrielles en Russie. Sans cet événement, le constructeur français aurait clôturé son premier semestre 2022 avec un résultat net de 657 millions d’euros, en hausse de 43% par rapport à l’année dernière, et ce en dépit d’une baisse de 11,9% de ses livraisons mondiales.

Des marges qui explosent

Ces performances financières, globalement positives, sont dues en particulier à une hausse nette des prix de vente moyens des véhicules. Les constructeurs ont su transformer en opportunité les conséquences de la pénurie de composants électroniques et de la flambée des cours des matières premières, en réorientant leur production vers les modèles et les versions les plus chères et à plus forte marge, au détriment des entrées de gamme. À titre d’exemple, et comme souligné dans un communiqué, le groupe Volkswagen doit son salut à “un meilleur mix produit, notamment pour les marques des divisions premium et sport”. Ainsi, les résultats de sa division premium (Audi, Bentley et Lamborghini) et de la marque Porsche ont respectivement augmenté de 50,9% (à 4,96 milliards d’euros) et de 22,6% (à 3,26 milliards). Même son de cloche chez Mercedes-Benz, qui confirme qu’en “se concentrant sur les voitures de luxe et les minibus premium (…), il a été possible de compenser la hausse des prix des matières premières et la baisse des ventes due à la pénurie de semi-conducteurs”.

Dans le même esprit, les constructeurs ont mis l’accélérateur sur la production de voitures électriques. Un choix imposé par des contraintes réglementaires (la limitation de la moyenne des émissions de CO2 du parc produit), mais également motivé par un évident intérêt financier, les “autos à piles” étant systématiquement vendues à des tarifs plus élevés et génératrices de marges conséquentes.

Une recette… et des limites

Résultat, les marges opérationnelles (rapports entre le résultat d'exploitation et le chiffre d'affaires) des constructeurs atteignent des sommets. Si Tesla (17%) et Mercedes-Benz (15,3%), chantres du haut de gamme, sont en tête des constructeurs les plus profitables, il est plus étonnant de voir le généraliste Stellantis pointer à la troisième position, avec une marge opérationnelle dépassant les 14%. Même Ford, pourtant en difficulté commerciale et financière depuis deux ans, revendique aujourd’hui une marge opérationnelle de 10%, digne d’un constructeur premium. Qui a parlé de crise dans l’automobile ?

Vendre moins, mais vendre plus cher afin de conserver un bon niveau de rentabilité : tel est le mantra actuel des constructeurs automobile. Une recette certes séduisante, mais qui dépendra de la volonté des clients de suivre le mouvement, et surtout de leur capacité à le faire.

Se voyant comme les “dindons de la farce”, ces derniers donnent déjà des signes de “décrochage” face aux augmentations répétées des prix automobiles, augmentations qui ont avoisiné les 20% en 3 ans (d’après le cabinet de données français AAA-Data). La baisse record et continue des ventes en est un, que la perspective d’une récession mondiale pourrait bien aggraver. Et si la limite des hausses des tarifs pour compenser la chute des volumes et la hausse des coûts de production était déjà atteinte ?

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