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Reportage. Dans des écoles publiques, les élèves apprennent en jouant…

REFORME. Face à l’accumulation des lacunes d’apprentissage chez les élèves de l’école primaire et du décrochage scolaire qui s’en suit, la méthode TARL est expérimentée par le ministère de l’Education nationale.

Reportage. Dans des écoles publiques, les élèves apprennent en jouant…

Le 28 juin 2022 à 20h07

Modifié 28 juin 2022 à 20h16

REFORME. Face à l’accumulation des lacunes d’apprentissage chez les élèves de l’école primaire et du décrochage scolaire qui s’en suit, la méthode TARL est expérimentée par le ministère de l’Education nationale.

Le miracle éducatif marocain serait-il déjà à l’œuvre? Beaucoup commencent à le croire. Et en tous les cas, un frémissement est perceptible dans 250 écoles primaires. Un frémissement qui montre que la réforme de l’école publique n’est pas une hypothèse, elle est possible.

La première manifestation concrète et visible de la réforme concerne déjà 11.000 élèves. Dans cette école de Rabat visitée par Médias24, les élèves chantent et applaudissent leurs camarades. L’ambiance est joyeuse, mais l’apprentissage est bien là.

Il s’agit de l’introduction d’une méthode indienne ludique, qui a été adaptée au contexte marocaine et qui s’appelle le TARL. Une méthode reconnue internationalement et dont l’objectif est la remédiation.

La remédiation est l’un des axes majeurs de la réforme. En effet, 30% à 60% des élèves marocains accumulent tellement de lacunes que dans les 3 dernières années du primaire, ils n’arrivent plus à suivre. Ils sont désarmés. Comment remédier à cela? Comment rattraper ces retards? Eh bien, c’est le rôle de la méthode TARL et de son contenu ludique.

La remédiation est la priorité absolue ou l’une des priorités majeures de la réforme de l’école publique marocaine. En parallèle, le ministère mettra en place les cadres référentiels (les attendus de l’apprentissage), le système d’évaluation, la labellisation des établissements scolaires, la réforme de la formation des enseignants. Les impacts commenceront à être visibles à une grande échelle, dès 2023.

Aujourd’hui, l’introduction de la méthode TARL est le premier point d’entrée de la réforme dans la vie quotidienne d’une école. Elle montre que l’on peut changer les pratiques dans une classe. Au ministère, on espère éradiquer les difficultés d’apprentissage en une dizaine d’années. Tous les élèves en fin de primaire sauront alors lire et compter. On nous parle d’engouement dans les 250 établissements concernés et c’est ce que nous avons constaté dans ce reportage.

Reportage dans deux écoles de Rabat

Le lancement de l’expérimentation TARL a officiellement commencé ce lundi 20 juin, au profit 11.000 élèves répartis en 600 groupes. Mais la préparation de l’opération, en réalité, a commencé il y a déjà trois mois, avec la formation des inspecteurs et des enseignants. Si les résultats s’avèrent probants, ce programme pourrait être généralisé graduellement, jusqu’à atteindre un million d’élèves qui en ont aujourd’hui besoin, selon les estimations du ministère de l’Education nationale.

En visite lundi 27 juin dans deux écoles qui participent à ce programme d’expérimentation, à Rabat, Chakib Benmoussa s’est enquis des résultats préliminaires. L’équipe de Médias24, présente sur place, a pu collecter plus d’informations sur ce programme et cette méthode.

« Beaucoup d’élèves de notre système éducatif rencontrent de grandes difficultés pour acquérir une réelle maîtrise des apprentissages de base. Le soutien scolaire ne leur permet pas de rattraper le retard cumulé. Ils arrivent parfois en sixième année sans maîtriser ce qu’ils apprennent en première ou deuxième année de primaire », regrette Chakib Benmoussa.

« Il ne s’agit pas de soutien scolaire traditionnel. C’est un programme de remédiation qui vise à corriger les lacunes observées. Les élèves sont répartis en groupes homogènes sur la base d’une évaluation, et grâce à des méthodes ludiques, le jeu par exemple, où les enfants sont acteurs et l’enseignant animateur, ils peuvent mieux réussir leur apprentissage« , soutient Chakib Benmoussa.

Garantir les apprentissages de base (lire, écrire et compter) à l’issue de l’école primaire a en effet été érigé parmi les objectifs stratégiques que s’est fixé le ministre de l’Education nationale, du préscolaire et des sports, Chakib Benmoussa, dans le cadre de sa nouvelle feuille de route.

« Nous allons réaliser des évaluations à différents moments de ce processus d’apprentissage, à l’issue desquelles nous pourrons juger si la méthode permet réellement aux enfants de changer de niveau », explique le ministre. Il n’exclut pas, à terme et en cas de résultats satisfaisants, d’adopter quelques aspects de cette méthode au niveau du programme scolaire.

L’espoir est aussi que ce programme aie un impact positif sur l’apprentissage de l’élève au cours des cycles scolaires ultérieurs, au collège, au lycée et même à l’université.

A la recherche de la recette miracle

La méthode TARL (Teaching at the right level) a été sélectionnée après une recherche approfondie, dans la littérature académique, sur les méthodes ayant les meilleurs résultats prouvés dans la remédiation, c’est-à-dire le traitement de l’accumulation des lacunes d’apprentissage. C’est ce qu’a confié à Médias24 l’un des responsables du programme au ministère.

Cette méthode a été conçue en Inde par une organisation non gouvernementale à but non lucratif, Pratham. Elle a ensuite été appliquée dans une trentaine de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, avec des résultats jugés intéressants. Le ministère de l’Education nationale a été accompagné par Pratham pour adapter sa méthode au contexte marocain et l’expérimenter dans les écoles du Royaume.

Le processus a démarré par la formation, pendant un mois, d’une cinquantaine d’inspecteurs. Eux-mêmes ont ensuite formé près de 600 enseignants. Lors de ces formations à plein temps, les inspecteurs et enseignants marocains ont pratiqué cette méthode sur le terrain, en situation réelle, avec des élèves. Cela ressemble à une opération commando: en trois mois, les inspecteurs et les enseignants ont été formés, le programme adapté au contexte marocain, 50.000 cahiers ont été imprimés au profit de 11.000 élèves dans 250 écoles des différentes régions.

Le programme se poursuivra en septembre et se clôturera en décembre. Une évaluation des apprentissages sera alors réalisée par un centre de recherche indépendant. La notion d’évaluation est omniprésente dans la réforme de l’Education nationale, comme prévu par le Nouveau Modèle de développement, avance notre interlocuteur.

Si les résultats sont jugés satisfaisants, le ministère lancera une généralisation progressive ; d’abord en élargissant le nombre des bénéficiaires à 100.000 à partir de l’année 2023, jusqu’à dépasser le million d’élèves à terme.

Sur les quatre millions d’élèves que compte l’enseignement primaire public, plus d’un million – presque 30% – accumulent un retard d’apprentissage et ont besoin de remédiation, selon les estimations du ministère, dont les responsables se disent décidés à s’attaquer frontalement à cette problématique.

Six niveaux d’apprentissage

La méthode TARL se concentre sur l’apprentissage des langues et des mathématiques. Chaque discipline comprend six niveaux de compétence. Pour les langues par exemple, les six niveaux équivalent à la lecture des lettres, puis des mots, des phrases, des paragraphes, d’une petite histoire, et enfin à la compréhension du texte.

Le processus commence par un test de positionnement de 10 à 15 minutes, que l’enseignant fait individuellement, face à face avec l’élève, dans les trois disciplines que sont l’arabe, le français et les mathématiques. Pour les langues, le test débute par la lecture d’une phrase. Si l’élève réussit, il passe au niveau supérieur (le paragraphe) ; s’il échoue, il passe au niveau inférieur (le mot), et ainsi de suite jusqu’à déterminer son niveau. Le test de mathématiques, quant à lui, démarre par une opération de soustraction.

Le test donne lieu à un positionnement pertinent qui permet de répartir les élèves dans des groupes homogènes, abstraction faite de leur âge ou niveau scolaire. On peut ainsi avoir des élèves de cinquième avec des élèves de deuxième dans le même groupe. Le test invite aussi l’enseignant à porter une attention individualisée à l’élève, alors que d’habitude, il raisonne en termes de groupes.

 

La remédiation se fait sur la base d’activités ludiques. La pédagogie est basée sur la participation des élèves de manière active, avec des jeux qui leur permettent d’apprendre tout en s’amusant. Les élèves en difficultés scolaires et qui ont perdu goût de l’apprentissage peuvent ainsi renouer avec l’école et le plaisir d’apprendre.

Sur place, l’équipe de Médias24 a effectivement pu constater l’apprentissage dans une ambiance joyeuse. Le président de l’Association des parents d’élèves a également témoigné du fait que les enfants ont désormais envie de venir à l’école. Si cette observation se confirme, cela peut effectivement constituer une véritable rupture dans l’expérience de l’élève au sein de son école.

Le programme dénombre une trentaine d’activités, chacune avec un objectif pédagogique bien précis. Elles sont également basées sur la bienveillance ; les enfants sont applaudis et encouragés.

L’expérience internationale suggère qu’il faut près de 100 heures à l’élève pour qu’il puisse y avoir un impact fort et qu’il puisse passer d’un niveau à un autre. Les enseignants et les inspecteurs marocains peuvent déjà constater les améliorations chez les élèves, malgré le démarrage tout récent de l’expérience.

Aujourd’hui, il s’agit d’un programme complémentaire qui va se greffer au programme scolaire classique en dehors des heures de cours. Le programme peut se déployer librement maintenant, car l’année scolaire a touché à sa fin. Mais dès septembre, le programme va s’insérer au niveau des trois heures par semaine prévues actuellement à la remédiation et aux activités de la vie scolaire.

Dans la programmation actuelle du système scolaire, au bout de 4 semaines de cours, une cinquième semaine est prévue pour la consolidation des apprentissages. Cette semaine peut également être exploitée. Le programme peut aussi se déployer pendant les weekends, les jours fériés ou les vacances, selon la volonté des élèves.

Selon notre interlocuteur au ministère, le démarrage a déjà convaincu les enseignants, qui sont tout aussi contents et motivés de pouvoir participer à cette expérience. Ils demandent même au ministère d’intégrer ces techniques dans le programme scolaire régulier.

C’est en effet l’une des ambitions des porteurs de cette réforme : que ces innovations puissent progressivement trouver leur place dans les classes marocaines. Ceci ne sera qu’une question de temps, si jamais cette méthode parvient réellement à convaincre tout le monde et à remplir sa mission dans la réforme du système éducatif marocain.

 

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