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Entretien. Le projet de Karim Achengli pour la région Souss-Massa

Le président du conseil régional de Souss-Massa revient sur l’avancement des chantiers engagés, la reprise touristique et l’offre de la région pour attirer les investisseurs.

Karim Achengli, président du conseil régional de Souss-Massa.

Entretien. Le projet de Karim Achengli pour la région Souss-Massa

Le 10 juin 2022 à 15h14

Modifié 10 juin 2022 à 15h14

Le président du conseil régional de Souss-Massa revient sur l’avancement des chantiers engagés, la reprise touristique et l’offre de la région pour attirer les investisseurs.

Agadir,. La ville est en chantier comme elle ne l’a jamais été. Le plan de développement urbain de 6 milliards de dirhams est en cours de réalisation. Les acteurs économiques que nous avons rencontrés sont optimistes pour l’avenir de leur région. Tout porte à croire que la machine du développement est bien enclenchée.

Médias24 s’est entretenu avec le nouveau président du conseil régional, Karim Achengli. Il nous expose les réalisations et aspirations de la région en termes de développement.

Médias24 : Nous sortons de la crise du Covid. Le tourisme a été durement impacté. Comment se passe la reprise à Agadir et dans la région ?

Karim Achengli : Le tourisme est l’un des secteurs les plus impactés par la crise du Covid du fait de la fermeture des frontières. C’est tout l’écosystème du tourisme qui en a souffert : pas seulement l’industrie hôtelière, mais aussi les bazars, les agences de voyages, les transporteurs touristiques, etc. L’Etat a tout de même supporté une grande partie des charges du personnel de ces entreprises.

C’est un secteur productif et qui emploie beaucoup de monde. Aujourd’hui, la question à se poser est celle de l’état des lieux. La bonne nouvelle, c’est qu’après deux ans de crise, tous les établissements hôteliers sont opérationnels. Tant bien que mal, malgré les difficultés, ils ont survécu. Ils comptent énormément sur cette saison estivale pour pouvoir récupérer le manque à gagner de ces deux dernières années.

Aujourd’hui, Agadir est en train de se préparer. Vous avez vu qu’il y a des travaux un petit peu partout dans les grandes avenues de la ville. On est en train de travailler sur le nouveau visage d’Agadir ; une nouvelle attractivité de la région, un nouveau cachet, une nouvelle signature qui est en train de prendre forme. Tout cela est très prometteur.

Nous aurons très prochainement une zone touristique complètement aménagée, une ville connectée et intelligente. Agadir va bénéficier de nouveaux équipements tels que les bus à haut niveau de service (BHNS), les zones vertes, de nombreuses offres d’animation, et surtout, un téléphérique – le premier du genre au Maroc.

Le site d’Agadir Oufella va être ouvert cet été. Nous y aurons l’un des plus grands parcs d’attraction d’Afrique, des offres culturelles avec deux grands musées ainsi qu’un parc aux lions dont l’ouverture est prévue bientôt. Nous aurons de l’animation, de la culture, des infrastructures : tout pour rehausser le niveau touristique d’Agadir.

– En 2018, la région avait créé une société de développement régional (SDR) pour le secteur touristique. Quel est son bilan ? Comment évaluez-vous cette expérience ?

– Les sociétés de développement régional ont pour objectif premier de rehausser le niveau de gouvernance. Le bilan est très satisfaisant ; il est même excellent. Après trois années d’activité, la SDR compte à son actif un certain nombre de maîtrises d’ouvrages.

C’est elle qui s’est chargée de la maîtrise d’ouvrage de nombreux projets, tels que Agadir Oufella, la réhabilitation de la Kasbah et celle de la médina de Coco Polizzi. Elle possède énormément de sites culturels dans le monde rural. L’arrière pays a été complétement visité, comme la Vallée du paradis au niveau d’Imouzzer, avec toute une remise à niveau. Une nouvelle zone touristique aussi au niveau de la madrague de Taghazout, qui accueillera des établissements touristiques. Une autre encore à Imssouan, qui abritera des hôtels, des établissements touristiques et un camping.

Ce sont des projets innovants, à forte valeur ajoutée, portés par une maîtrise d’ouvrage assurée par la SDR. Alors aujourd’hui, nous sommes effectivement très satisfaits du travail qu’elle a réalisé.

– La région prévoyait de se diversifier du tout balnéaire. Avez-vous atteint cet objectif ?

– La chance que nous avons dans la région, c’est d’avoir une offre balnéaire, certes, mais aussi un arrière-pays très riche. L’idée, c’était de créer une synergie entre les deux offres. Les touristes pourront faire du trekking, des activités en piste et hors-piste, découvrir les beaux paysages de Tafraout, Tata et Imouzzer. L’idée était justement de diversifier notre offre. Nous avons en effet, à travers cet arrière-pays très riche, un atout majeur.

– La région a bénéficié d’une déclinaison régionale du plan d’accélération industrielle. Quel en est le bilan ?

– La déclinaison régionale du plan d’accélération industrielle (PAI) a été lancée en 2018. C’était alors un projet majeur très ambitieux. On parle de déclinaison parce que le PAI est essentiellement un programme national dont certaines grandes régions ont profité, notamment Tanger, autour de Tanger Med, Kénitra avec PSA et la zone franche, Casablanca avec l’aéronautique. D’autres régions, en revanche, n’ont pas réellement bénéficié de ce plan.

Il a donc été décidé de procéder à une déclinaison de ce plan d’accélération en se focalisant sur les PME. Ensuite, en termes de spécialisation, nous avons choisi les secteurs censés devenir la vocation de la région. Nous sommes une région agricole ; on s’est donc focalisé sur l’agro-industrie étant donné que l’on produit beaucoup d’agrumes, de fruits et de légumes. Nous possédons aussi une richesse halieutique. Tout cela nous permet d’être qualifiés pour avoir un écosystème d’agro-industrie.

D’autres secteurs viennent ensuite, comme la plasturgie, la parachimie, l’industrie automobile, l’industrie navale, puisque nous avons un chantier naval. Tous ont une stratégie d’écosystèmes.

Nous nous étions engagés à créer 24.000 emplois ; nous les avons dépassés. Malgré la crise du Covid, les investisseurs ont honoré leurs engagements. Nous avons un taux de désistement en valeur absolue de 8 à 9% d’entreprises qui ont lâché l’affaire à cause des difficultés liées à la pandémie, ce qui est tout à fait compréhensible. On s’est cependant rattrapés par la suite sur beaucoup d’autres entreprises.

Le plan d’accélération industrielle, avec toutes les incitations qu’il a données, les 20% du Fonds de développement industriel, l’aide de la région avec 50% du foncier gratuit et les zones industrielles que nous avons mis en place, font que le résultat est aujourd’hui excellent. Le plan d’accélération s’est achevé en 2020 mais nous avons poursuivi sur cette même lancée. Le résultat est très positif.

– La région semble ne pas rencontrer le même problème que d’autres régions et villes, celui de la rareté du foncier industriel. Vous confirmez ?

– Nous avons la chance d’avoir un territoire très large, mais cela ne suffit pas. Une zone industrielle, il faut la créer, l’aménager, il faut un développeur. Son aménagement n’est pas simple, tant sur le volet administratif que financier. Il faut donc aller chercher les fonds nécessaires à la réalisation de ces zones. Heureusement, nous bénéficions de l’accompagnement du ministère de l’Industrie. Il a été très coopératif ; il est d’ailleurs l’un des grands partenaires de la région dans la création de zones industrielles.

Nous avons donc des zones, mais cela ne suffit pas, nous le savons parfaitement. Dans quelques années, nous ferons face à la même situation problématique que certaines régions. C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de travailler à l’installation d’autres zones industrielles, autour du projet relatif à la voie de contournement qui relie les zones industrielles déjà existantes au sein du port.

– Les régions sont aujourd’hui en concurrence pour attirer les investissements. Quelle est votre offre en termes d’incitations afin que les investisseurs s’installent dans la région Souss-Massa ?

– Nous sommes d’abord armés par la volonté de Sa Majesté le Roi de faire de cette région un pôle économique d’excellence. A partir de là, nous sommes conscients qu’il faut donner aux investisseurs l’envie de venir. Il faut susciter chez eux un intérêt, soit par des subventions, soit par des atouts qu’ils ne trouveront pas dans d’autres régions, comme l’accompagnement.

Notre principal avantage, c’est l’environnement situé autour de la région. D’abord, être proche de la production agricole et halieutique. Ensuite, être connecté à un port et surtout géographiquement situé au centre du Maroc. Grâce à ces atouts, nous sommes la région la plus appropriée pour devenir un hub pour l’Afrique.

Tout cela est conjugué à des subventions que nous allons mettre en place, à un fonds d’investissement que nous allons créer, à de l’offre foncière, à une zone d’accélération industrielle. Aujourd’hui, nous avons tous les arguments pour dire que « c’est ici qu’il faut investir ».

– Quel genre de subventions prévoyez-vous ?

– En fonction de l’ambition à créer de l’emploi, nous prévoyons 50% jusqu’à 100% du foncier. Pour quelqu’un qui va créer 2.000 ou 3.000 emplois, il est clair que je dois m’inscrire dans une offre à foncier gratuit.

Je dois l’accompagner dans les subventions, notamment au niveau du Fonds de développement industriel. D’autres subventions peuvent se traduire par des aides à l’emploi. Cela peut aller jusqu’à 10.000 dirhams par emploi créé.

– Agadir bénéficie d’un important plan de développement urbain (PDU). Quel est le taux d’avancement de ses différents chantiers ?

– Lorsque l’on voit l’état des routes, tout porte à croire que le chantier du PDU est en ralentissement. Or dans les faits, le PDU a aujourd’hui un excellent taux d’avancement. Et ce malgré la période Covid, malgré la cherté des intrants, malgré les difficultés à importer – puisque nous disposons de grandes infrastructures, comme les trémies, qui nécessitent des importations. Malgré tout cela, nous sommes au rendez-vous par rapport au taux d’avancement.

Nous avons une échéance à l’horizon 2024. Je crois que nous sommes largement en avance. Il y a bien quelques contraintes que nous devons gérer, comme la période estivale qui approche – nous allons en effet être contraints d’arrêter certaines zones ainsi que les travaux de réhabilitation de la zone touristique, tandis que le reste se poursuivra normalement. L’essentiel, c’est de ne pas encombrer les routes pendant cette période cruciale pour le tourisme. Dans l’ensemble, nous sommes au rendez-vous.

– Quel est le niveau d’avancement du chantier du BHNS ?

– Nous en sommes aux dernières étapes. Nous aurions pu commencer cet été, les couloirs sont quasiment prêts. Il reste les finitions sur certaines tranches. Le matériel et les bus sont commandés ; nous devrions commencer à les recevoir d’ici le mois d’octobre. Nous serons prêts pour le lancement officiel du BHNS.

– Où en est le contrat-programme 2020-2022 qui lie la région et l’Etat ?

– Le contrat-programme est une déclinaison du programme de développement régional (PDR) initié en 2015. Les PDR mis en place par les régions lors du dernier mandat étaient trop ambitieux sur le plan financier. On dépassait les 20 milliards de dirhams ! Nous avons décidé de créer un programme région-Etat, en prenant 10% du PDR et en le traduisant en contrat-programme. Il s’agit d’un ensemble d’engagements mutuels aussi bien de l’Etat que de la région. L’avantage, c’est que nous avons le financement ; l’inconvénient, c’est que nous ne pouvons pas sortir de ce contrat-programme. Autrement dit, si j’ai un projet en cours de route, je dois attendre le prochain PDR.

Nous en avons réalisé une grande partie, je l’ai pris en cours de route dans le cadre de la continuité du conseil, l’essentiel ayant été fait par le précédent conseil. Le contrat-programme est aujourd’hui quasiment réalisé.

Nous sommes actuellement en train de préparer la deuxième version du PDR, qui est un « flash » de celui de 2015. L’ancien PDR était un plan de développement global. Celui que nous devons désormais mettre en place doit être plus réaliste et réalisable. Nous sommes en effet contraints par le temps. Nous avons un mandat de six ans, il faut que le PDR soit inséré et entre dans le cadre de ce mandat.

On tente de reprendre les grandes lignes du PDR initial, que nous allons retranscrire dans ce nouveau PDR en fonction des nouveautés, en particulier le nouveau modèle économique lancé par le Royaume. Ce sont de nouvelles orientations, un nouveau virage que prend le Maroc.

Il faut aussi prendre en compte le schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT). Le SRAT de Souss-Massa englobe 1.000 projets. Nous essayons de prendre les plus prioritaires, notamment en fonction des choix que l’on fait en termes de vocation. On reprend du SRAT les grandes lignes, on les retranscrits dans un PDR et, parallèlement, on assure les financements. Bien évidemment, il faut fédérer et intégrer tous les partenaires.

– Il y a tout un débat qui porte sur le fait qu’en tant que responsables politiques, vous êtes élus sur un programme. Or c’est finalement un bureau d’études externe qui réalise le PDR. Concrètement, quel est le rôle de chacun dans l’élaboration de ce PDR ?

– Chacun a son travail. Moi en tant qu’élu, j’ai l’idée, j’ai l’argumentaire, j’ai besoin de retranscrire tout cela dans un document. Vous me direz que n’importe qui peut le faire et vous aurez raison ; moi-même je peux le faire. Il suffit d’avoir des données chiffrées et l’on peut traduire toutes les idées en projets.

Mais aujourd’hui, lorsque l’on a l’ambition d’aller vers l’international, de lever des fonds à l’international, la notoriété et la crédibilité du bureau d’études ou du cabinet de conseil qui réalise le PDR sont très importantes. La première question soulevée par les institutions de financement internationales, c’est « quel est votre bureau d’études ». Tout dépendra de la crédibilité de ce bureau d’études.

Il ne faut pas oublier que le bureau d’études se basera sur mes idées et mes orientations en tant qu’élu. Il aura la mission de traduire cette vision et ces projets en un document argumenté et précis, avec une certaine dextérité linguistique, pour que l’on puisse transmettre le message aux futurs bailleurs de fonds.

– Pour ce prochain PDR, y a-t-il des projets que vous jugez prioritaires et considérez comme structurels pour l’avenir de la région ?

– Oui. Au niveau des infrastructures, nous avons besoin d’un nouveau port. C’est indéniable ; nous devons être au rendez-vous. Nous avons besoin d’un grand port commercial à l’image de Tanger Med.

La première question que se posent les locomotives industrielles que l’on essaie d’attirer concerne la situation du port. Elles s’enquièrent en effet de l’état du port et de ses capacités avant de négocier quoi que ce soit. Nous avons malheureusement perdu des opportunités d’attirer ces locomotives, celles-ci ayant relevé la présence d’une défaillance logistique maritime. Cela a été très pénalisant pour la région. Nous devons désormais absolument travailler pour pouvoir disposer d’un port de commerce conforme aux normes internationales, et étudier les lignes maritimes pour qu’il bénéficie d’une bonne connectivité.

Je ne suis pas le président d’Agadir ; je suis le président de toute la région Souss-Massa, qui comprend six grandes provinces. Il faut assurer une répartition égale de la richesse.

Je pense à Tata, province la plus reculée de la région, qui a cependant toute son importance de par les richesses dont elle regorge. Nous avons l’idée d’y construire une aérogare pour qu’elle aie une connectivité aérienne comme Essaouira.

Nous avons également Taroudant, avec deux ou trois unités industrielles importantes autour desquelles il nous faut construire un écosystème afin de booster l’environnement économique de cette ville.

Je pense aussi à Tiznit, qui est la porte de la région vers le Sud. Nous devons lui créer une vocation. Nous réfléchissons à la création d’une cité de la connaissance, à l’image d’Ifrane avec l’Université Al Akhawayn.

Au niveau de Chtouka Aït Baha, qui abrite les deux plus grandes cimenteries avec Lafarge et Ciments du Maroc, nous voulons créer un écosystème pour les matériaux de construction.

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