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ECONOMIE

Leila Benali : le Maroc en phase de discussion finale avec des fournisseurs de GNL

ENTRETIEN. Après la fermeture du gazoduc GME, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable a fait appel au marché international pour trouver d’autres fournisseurs de gaz. Dans cet entretien, Leila Benali nous dévoile les différentes étapes avant les premières livraisons au Maroc via l’Espagne.

Leila Benali : le Maroc en phase de discussion finale avec des fournisseurs de GNL
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Le 18 mai 2022 à 17h14 | Modifié 18 mai 2022 à 21h23

Le dossier du gaz figure en haut de la pile que la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, doit gérer.

Experte du secteur énergétique, Leila Benali a pris les commandes de ce département stratégique qui traîne d’importants retards, de surcroît en pleine crise mondiale touchant de plein fouet les produits énergétiques.

Urgence oblige, il faut en effet traiter la crise et ses conséquences, tout en avançant sur les réformes structurelles.

Ses sorties médiatiques sont rares et ses propos dosés, car les sujets sont sensibles. Dans cette crise mondiale où la molécule est fortement recherchée, les négociations ne sont pas purement financières ou économiques ; elles sont géopolitiques.

Ainsi, la ministre, qui avait annoncé que le Maroc avait fait son entrée sur le marché international du gaz naturel liquéfié (GNL), a avancé le 15 avril dernier de nouvelles informations : lancement d’un appel d’offres pour l’achat de gaz, réception des réponses, ouverture de négociations... des informations qui suscitent davantage d’interrogations.

Dans cet entretien, Leila Benali apporte autant d’explications que le contexte le permet.

Médias24 : Quel volume de gaz sera importé par le Maroc, et à quelle consommation sera-t-il réservé ?

Leila Benali : Le volume importé sera utilisé dans un premier temps pour redémarrer nos deux centrales électriques à cycle combiné fonctionnant au gaz naturel. Il y aura aussi une utilisation par des clients industriels.

Les équipes concernées de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) travaillent sur ce sujet dans le cadre d’un comité ad hoc, encadrées par le ministère.

- Avez-vous d’ores et déjà retenu un fournisseur ?

- Le Maroc a lancé un appel d’offres restreint pour la fourniture de gaz naturel liquéfié auprès de grands fournisseurs internationaux.

Le Royaume est en phase de discussion finale avec un certain nombre de ces fournisseurs.

L’objectif, tel qu’il a été communiqué, est d’utiliser de la capacité disponible dans les terminaux européens d’importation de gaz naturel liquéfié.

- Qui sont les favoris, sachant que les producteurs sont nombreux (Qatar, Egypte, Israël, Etats-Unis...) ?

- Il faut d’abord souligner qu’il y a beaucoup de premières dans ce projet : premier accès du Maroc au marché international du GNL (c’est fait), premier import en Europe et première réexportation vers le continent africain, première utilisation de l’interconnexion gazière dans le sens Nord-Sud.

C’est un processus complexe qui nécessite un alignement financier, logistique et juridique.

Le marché international d’importation du GNL est particulier et très codifié, avec une dynamique différente des marchés du charbon ou des produits pétroliers. C’est un club de 44 pays avec des standards très spécifiques.

Donc, nous ne pouvons pas communiquer les détails de ces discussions, d’autant que nous avons signé des accords de confidentialité avec nos fournisseurs potentiels.

Entre l’effet d’annonce et la réussite du processus, vous comprendrez que nous privilégions bien entendu la réussite.

- Quel est le marché le plus intéressant pour le Maroc : le spot à court terme ou des commandes à long terme ?

- Nous analysons les différentes options dans le but de choisir la meilleure pour notre pays, en prenant en compte les conditions de marché et les discussions avec les fournisseurs.

- Sachant que les volumes demandés par le Maroc ne sont pas aussi importants que ce qui est habituellement échangé sur ce marché, le prix sera-t-il beaucoup plus élevé que celui pratiqué précédemment par l’Algérie ?

- Le prix sera le résultat de la négociation avec les fournisseurs et de la conjoncture du marché international. Je voudrais souligner au passage que personne n’a dit qu’il n'y aurait qu'un seul contrat.

- Avec la crise actuelle, comment se négocient les prix et les quantités de gaz ?

- J’insiste sur le fait que les prix sont le résultat d’une négociation entre fournisseur et client.

Les contrats de GNL ont connu plusieurs transformations depuis les années 1970. Initialement indexés sur le prix du pétrole, les contrats gaziers ont été progressivement décorrélés de ce marché global, avec une forte composante régionale.

Le prix du gaz est ainsi décidé en fonction de la durée du contrat, de la formule utilisée et de son indexation à une référence de marché, et des dynamiques régionales.

Il est nécessaire également de souligner la complexité actuelle du marché international du gaz. La plupart des grands pays importateurs européens essaient de diversifier leurs sources de gaz afin de réduire significativement leur dépendance au gaz russe, qui constitue près du tiers de leur consommation (155 milliards de mètres cubes sur un total de 500 milliards de mètres cubes consommés par an).

Il y a donc en ce moment une ruée vers le marché du GNL. Nous sommes en train de vivre un changement structurel des marchés énergétiques en général, et du marché gazier en particulier.

- Les contrats sont imminents - en tout cas nous l’espérons. Comment sera transporté le gaz avant d’arriver en Espagne ? Par bateau méthanier ?

- Le GNL sera livré sous forme liquide par bateau méthanier. En effet, à pression atmosphérique, le gaz naturel devient liquide dès qu’il atteint une température de -160 degrés Celsius.

La liquéfaction du gaz permet de réduire son volume près de 600 fois pour un même pouvoir calorifique, et donc de le transporter par bateau sur de longues distances.

- Une fois en Espagne, quelle transformation devra subir le gaz avant d’être injecté dans le gazoduc GME, et combien coûtera cette opération ?

- Dans un terminal de regazéification, le GNL sera regazéifié, injecté dans le réseau de transport de gaz et acheminé jusqu’à Tanger par la connexion du GME.

Ces opérations sont régulées de manière transparente sur le marché ibérique.

- Quel avenir a le GME, sachant que Sound Energy sera amené à fournir, dès 2024, les besoins gaziers des deux centrales électriques actuellement fermées et en attente d’être livrées par les commandes de GNL ?

- Nous ne faisons pas de commentaires sur les projets d’opérateurs privés.

Cela dit, nous œuvrons pour que le bassin de Tendrara, ainsi que les autres ressources du Maroc, soient développés et monétisés de manière pérenne et durable, en les connectant au réseau de transport gazier régional ou national.

- À quelle date le GME devrait reprendre du service ?

- Le GME devrait reprendre du service dès livraison du premier méthanier. Nous attendons juste la finalisation des contrats et la concrétisation de ces 'premières'.

- À long terme, le GME pourra-t-il être connecté au gazoduc qui proviendra du Nigeria ?

- Nous voyons la portion du GME qui est sur le territoire marocain comme le noyau d’un réseau de transport de gaz moderne.

A terme, ce réseau connectera les sources de gaz (importé ou domestique) aux zones de consommation pour la production d’électricité et pour des utilisations industrielles.

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Le 18 mai 2022 à 17h14

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