Ahmed Faouzi : la visite de Blinken va accélérer la résolution du conflit du Sahara
En marge de la visite de travail au Maroc du secrétaire d’Etat Anthony Blinken, Médias24 a recueilli la lecture de l’ex-diplomate Ahmed Faouzi sur les retombées espérées d'un voyage qui pourrait convaincre certains pays réticents de reconnaître la marocanité du Sahara.
Après avoir rencontré en Israël son homologue marocain Nasser Bourita dans le cadre du sommet du Neguev, le secrétaire d'Etat américain a entamé, une tournée au Maghreb qui l'a notamment mené du 28 au 30 mars au Maroc.
Anthony Blinken a d'ailleurs réitéré le soutien de son pays au plan d'autonomie proposé par le Maroc, lors de sa déclaration officielle au point de presse organisé cet après-midi au siège du ministère des affaires étrangère à Rabat.
Les propos de Blinken étaient clairs et sans ambiguïté. Ainsi outre le dossier du Sahara, il a évoqué les relations bilatérales économiques, le soutien du Maroc sur la question du stresse hydrique, les relations avec Israël et enfin la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
Cette première visite du chef de la diplomatie US, qui s’inscrit dans un contexte de crise mondiale multidimensionnelle est importante et stratégique à plus d'un titre. En voici la lecture d'Ahmed Faouzi, ex-ambassadeur.
Médias24 : trois jours, c’est long pour une visite d’un diplomate du rang de Blinken ?
Ahmed Faouzi : Cette durée démontre l’importance qu’a désormais le Maroc sur la scène internationale et régionale car un ministre américain, de surcroît le secrétaire d’Etat, passe en général plus de temps dans son avion pour visiter les pays qui comptent et les conflits qui persistent.
Ce long séjour de 3 jours est d’autant plus intéressant quand on sait qu’il intervient juste après la réunion internationale du Néguev, où Blinken s’est déjà longuement entretenu avec notre ministre des Affaires étrangères et où il a eu l’occasion de souligner notamment la qualité de nos relations bilatérales.
-Quid de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara ?
- Cette visite vient après celle de son adjointe Wendy Sherman. Elle démontre l’exceptionnelle qualité des relations bilatérales mais elle met en avant l’importance régionale du Maroc pour l’administration américaine qui, ceci dit en passant, a encore confirmé la marocanité du Sahara lors de l’adoption par le congrès américain de la récente loi de finances incluant nos provinces du sud.
D’autre part, il y a la position onusienne des Etats-Unis qui consiste à faire évoluer le processus en cours pour pouvoir aboutir à la seule option possible et réaliste de l’autonomie qu’ils soutiennent désormais clairement comme seule issue au conflit qui nous oppose à l’Algérie.
Leur soutien à une solution d’autonomie est un pas de plus vers la résolution de ce conflit qui empoisonne toute la région depuis maintenant un demi-siècle.
-Que faut-il penser de l’ordre du jour de la visite qui parle de paix, prospérité et sécurité régionale ?
-C’est un message en direction d’abord de l’Algérie en espérant qu’il soit audible cette fois-ci. Ce pays sera aussi visité par Blinken, et Alger est dans une position délicate, c’est le moins que l'on puisse dire. Car l’autre dossier important pour le diplomate américain reste la livraison du gaz algérien à l’Espagne, autre allié de Washington.
En effet, le conflit entre la Russie et l’Ukraine a créé un problème d’approvisionnement énergétique en Europe, et notamment gazier entre l’Espagne et l’Algérie, qui pourrait comme à son habitude saisir la dépendance énergétique de son client ibérique pour faire pression dans le dossier du Sahara marocain.
A ce propos, lors de sa prochaine visite en Algérie, Blinken va sûrement pousser son hôte à respecter son engagement contractuel de fournir l’Espagne et à ne pas basculer vers un axe incluant la Russie et l’Iran.
-Comment résumer la visite du secrétaire d’Etat qui se terminera demain [mercredi 30 mars] ?
-Je n’y vois que des bénéfices pour notre pays car elle va booster les relations bilatérales au niveau économique et politique, mais aussi le positionner sur le plan régional surtout vis-à-vis de l’Europe et de notre partenariat avec nos amis africains.
Cette dynamique vertueuse lancée par la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, et qui s’est poursuivie récemment avec le soutien de l’Allemagne et de l’Espagne, sachant que la France pourrait prendre le même chemin après l’élection présidentielle, sera un nouveau souffle à notre présence en Afrique.
-La France sur le chemin des Etats-Unis avec une reconnaissance de la marocanité du Sahara ?
-Ayant de moins en moins de poids au Sahel et en Afrique face aux Russes et aux Chinois, le prochain gouvernement français qui sortira le mois prochain des urnes aura besoin d’un partenaire solide comme le Maroc pour rebondir sur la scène régionale.
Pour cela, la France n’aura pas d’autre choix que de reconnaître clairement la marocanité du Sahara. C’est le passage obligé à mon sens.
-15 mois après la reconnaissance américaine, 2022 sera donc l’année du basculement général ?
-Depuis décembre 2020, le Maroc ne cesse de multiplier les soutiens internationaux et est parvenu à convaincre des pays comme l’Allemagne et l’Espagne de la justesse de sa cause nationale.
Avec sa position géostratégique unique de gateway vers le continent africain, les derniers pays européens réticents finiront par comprendre que leur avenir passe par un Maroc stable et dynamique. Cela passe d’abord par la reconnaissance de notre intégrité territoriale du Maroc. C’est la condition sine qua non.
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