Tourisme : Marrakech escompte une vraie reprise en cas de nouveaux allègements
Baromètre national de l’activité touristique, Marrakech a raté le début de la haute saison après la suspension brutale des vols de trois marchés majeurs, décidée à la veille des vacances de la Toussaint. Pour les fêtes de fin d’année, Abdellatif Abouricha, chargé de communication du CRT de la ville, n’exclut pas une explosion des arrivées si la fin du couvre-feu est suivie d’autres assouplissements.
Depuis vingt mois, le secteur du tourisme est rythmé par une alternance de fermetures et de réouvertures des frontières. Et la récente décision du Maroc de suspendre trois lignes aériennes avec l’Allemagne, l’Angleterre et les Pays-Bas, qui a coïncidé avec le début des vacances scolaires de la Toussaint en Europe, n’a pas été sans conséquences sur le bilan de cette période correspondant au début de la haute saison au Maroc.
Dix jours après la fin des vacances européennes, Médias24 a donc sollicité Abdellatif Abouricha, chargé de communication du Conseil régional du tourisme (CRT) de la région, pour recueillir son constat et ses projections.
« Le miracle n’a pas eu lieu »
"Alors que tout laissait croire que le miracle de la reprise allait enfin se produire entre le 23 octobre et le 7 novembre, il y a lieu de constater qu'au final, le bilan de ces vacances aura été bien pire que catastrophique", nous dit-il.
"Si les statistiques officielles du mois d’octobre vont être publiées incessamment, il n’y a pas besoin d’être sorcier pour savoir que le bilan n’a pas été à la hauteur de nos espérances, en particulier des hôteliers qui s’étaient préparés à un rush inédit d’arrivées."
En effet, la décision brutale de suspension de trois vols majeurs annoncée le 20 octobre, soit à peine trois jours avant le début des vacances de la Toussaint, leur a fait perdre de très nombreux clients qui avaient déjà réservé.
Même déception concernant les arrivées de touristes nationaux qui ont déserté les hôtels classés, préférant se loger dans des structures informelles, comme les locations entre particuliers qui nuisent au secteur.
"Entre un pouvoir d’achat limité et la fin de cette deuxième année de crise qui les a lessivés financièrement, contrairement à ce que l’on aurait pu espérer, les Marocains n’ont pas été d’un grand secours", regrette Abouricha qui a cependant tenu à saluer le retour des artistes ambulants sur la place Jamaâ El Fna.
"Malgré les restrictions sur les rassemblements publics qui les empêchaient de travailler, ces troubadours (hlaykiyas) ont réinvesti, depuis le samedi 13 novembre, cette place mythique pour tâcher de survivre car ils n’ont plus aucun moyen de subsistance depuis bien trop longtemps.
"Ce qui est vraiment extraordinaire est que, même s’il y a très peu d’étrangers, les Marocains sont de retour et l’animation dure désormais jusqu’à une heure du matin", explique le chargé de communication.
Il espère d'ailleurs que les autorités vont rapidement rétablir la vie nocturne qui est un volet essentiel, voire vital pour l’activité de la locomotive touristique du Royaume.
« Des T-O toujours méfiants vis-à-vis du Maroc accusé de jouer avec leurs nerfs »
"Si la levée du couvre-feu est une excellente nouvelle pour tout le secteur, il faut continuer sur cette lancée en permettant la réouverture des spectacles et animations nocturnes, boîtes de nuit, casinos…", recommande Abouricha en prévision des fêtes de fin d’année qui pourraient signer un vrai début de reprise, jusque-là reporté.
"En fait si le taux de réservations pour les prochaines fêtes est encore très bas, voire insignifiant, c’est parce que le Maroc a beaucoup joué avec les nerfs des tour-opérateurs étrangers qui restent très méfiants sur notre destination ; ils craignent de nouvelles mesures restrictives, un retour du couvre-feu ou, pire encore, de nouvelles fermetures aériennes.
"Sans assurance ou visibilité de nos autorités, ces prescripteurs de voyages, essentiels à notre secteur, attendent toujours de nouvelles annonces qui iraient dans le sens d’un assouplissement des conditions de voyages."
"En effet, si la grande majorité des réservations hôtelières se font désormais à la dernière minute par des ventes directes via Internet, notre secteur a besoin plus que jamais des tour-opérateurs et des compagnies aériennes étrangères qui constituent de vrais leaders ou plutôt influenceurs d’opinion.
"Pour l’instant, avec ses quarante vols hebdomadaires, la plupart du temps complets, la France reste le seul marché émetteur étranger qui donne l’impression d’être fidèle à notre pays. Si la méfiance est toujours de mise, les touristes français sont très attendus à Marrakech à partir du 25 ou du 26 décembre."
Un explosion des arrivées n’est pas à exclure, en cas de véritable assouplissement
"Grâce à la levée récente du couvre-feu nocturne et à moins d’un nouveau confinement général plus qu’improbable, les prochaines fêtes de fin d’année ne pourront qu’être meilleures que celles de décembre 2020, où les touristes avaient dû se terrer dans leur chambre à partir de vingt heures, privés des traditionnels spectacles du réveillon.
"Après toutes les désillusions vécues par le secteur, il faut rester très prudent ; mais si toutes les conditions sont réunies (boîtes de nuit ouvertes, jauge de présence élargie…), il ne faut pas exclure une véritable explosion des arrivées de tous nos marchés traditionnels, sans compter bien évidemment les nationaux.
"Sachant que dans le monde entier, Marrakech est assimilée à une des capitales mondiales du tourisme, les touristes seront, en cas de vrais assouplissements, très nombreux à vouloir la découvrir ou y retourner", conclut Abouricha en indiquant toutefois que le suspense risque de durer jusqu’à la veille des fêtes.
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