Equipements sportifs communaux : “la gestion privée est la solution” (Jonathan Harroch)
La gestion de biens communaux, par des entreprises privées fait polémique, ces derniers temps. Tel est le cas de Meknès et Mohammedia qui se sont heurtées au refus catégorique de la société civile. Jonathan Harroch, PDG de City Club, en négociation avec différentes communes, livre sa vision sur la gestion des infrastructures sportives communales dans le cadre de PPP.
Bien avant tout, M. Jonathan Harroch revient sur l’affaire de Meknès qui a fait débat. Il pointe du doigt un manque de communication de la commune, avec les citoyens de la ville.
"L’article 7 de la loi sur les PPP (partenariats publics-privés, NDLR) permet, à un président de commune, de passer des contrats de gré à gré" pour la gestion d’une infrastructure communale, nous a-t-il confié.
En effet, l’article en question précise qu’"un contrat de partenariat public-privé peut être passé, par voie de procédure négociée, dans les cas suivants :
- Le service ne peut être réalisé ou exploité, pour des considérations techniques ou juridiques, que par un seul opérateur privé ;
- L’urgence résultant d’événements imprévisibles pour la personne publique ;
- Les raisons de défense nationale ou de sécurité publique.
Par dérogation aux dispositions de l’article 3 de ladite loi, la procédure négociée peut ne pas faire l’objet de publicité préalable et/ou de règlement d’appel à la concurrence".
"Ce dispositif n’est pas connu par la population", explique notre interlocuteur. Celle-ci "se demande ainsi pourquoi une société privée va faire des projets à Meknès, sans donner la chance à d’autres sociétés de proposer leur offre, ce qui est totalement légitime".
"Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’en 2019, lorsque je visitais régulièrement la ville de Meknès, je me suis aperçu qu’une piscine municipale qui se trouve en plein milieu de la ville, était fermée, depuis un certain nombre d’années. City Club s’est donc rapproché de la commune de la ville, pour lui faire trois propositions : une gestion déléguée, un affermage ou un partenariat public-privé, avec un investissement à la charge de City Club qui reviendra à la commune après 10 ans de gestion. Mais le président de la commune avait considéré, dans le temps, qu’il faut plutôt lancer un appel à manifestation, pour lequel il n’y a eu aucun soumissionnaire".
"En 2021, on s’est, à nouveau, réuni avec le gouverneur de la ville, pour lui proposer notre projet (gestion d’une piscine olympique et d’une piscine municipale ainsi que la création et la gestion d’installations sportives et de divertissement à Ryad Parc, NDLR) qui nous a donné son aval". Ensuite, après l’adoption des trois partenariats, lors de la session ordinaire de la ville, "il n’y a eu aucune opposition. Nous avons attendu le délai légal à l’opposition, qui était passé. Pour nous la machine était alors en marche".
"Plusieurs citoyens de la ville de Meknès se sont insurgés, en disant que Meknès n’est pas à vendre, alors que City Club n’a jamais parlé d’acquisition. On n’a parlé que de gestion d’infrastructures qui ne sont même pas ouvertes pour en profiter". Face à cette contestation et à l'insistance de la population, le gouverneur a appelé au lancement d'un appel à manifestation d’intérêt, "qui a été validé le 23 mars dernier et auquel City club va participer. Pourvu qu’il y ait de meilleures offres que celles de City Club, parce que le grand bénéficiaire sera le citoyen finalement".
Selon M. Harroch, "personne n’a fait d’erreur, ni le gouverneur, ni le président de la commune. Au contraire, ils ont voulu être précurseurs dans le cadre de l’article 7 de la loi sur les PPP, permettant à City Club de gérer des infrastructures, avec la commune, suite à une demande très spécifique de la ville qui se présente comme suit: des infrastructures grandioses, un investissement qui dépasse les 80 millions de DH et un retour de tous les investissements, au profit de la commune après 10 ans de gestion".
En revanche, "il y a eu une erreur d'information et de pédagogie, la commune ayant mal communiqué avec la population. Mais est-ce que la commune doit mener des actions d’investissement pour une vie meilleure dans la ville ou est-ce qu’elle doit passer son temps à se concerter avec les citoyens ?".
Au Maroc, 2.000 infrastructures financées par l’INDH encore fermées
M. Harroche nous confie que le cas de Meknès n’est pas isolé, puisque le groupe est en négociation pour la gestion d’autres infrastructures communales, notamment à Mohammedia, Nador, Oujda et dans certaines communes du Grand Casablanca.
"Aujourd’hui, 2.000 infrastructures financées par l’INDH restent fermées, faute de gestionnaire". Ce qui n’est pas admissible pour notre interlocuteur.
En effet, les communes ne disposent pas d’assez de moyens pour gérer de telles infrastructures qui nécessitent un budget énorme d’entretien.
A titre d’exemple, "la piscine municipale de Meknès est connue de tous", mais elle est fermée depuis 5 ans, sans que la ville ne puisse la gérer, "vu que c’est très complexe et que ça a un coût exorbitant, surtout qu’elle est en plein air. Elle ne peut intéresser que des jeunes et elle n’est pas adaptée à des enfants qui mesurent moins de 1m40 et qui ne savent pas nager. Elle nécessite ainsi beaucoup d’entretien, des maîtres-nageurs… Egalement, la majorité des femmes ne seront pas intéressées par cette infrastructure, vu qu’elles seront à la vue de tous".
La question du coût d'accès au service public reste posée
Pour pallier cette situation, Jonathan Harroch estime qu'"il faut faire appel au privé. Quand un acteur privé développe ses affaires, tout en ayant un impact social, il répond aux discours tenus par le Roi Mohammed VI, appelant à multiplier les PPP".
"Une étude récente a, aussi, démontré que seul le privé peut donner une cadence et faire en sorte que tout le monde prenne conscience. Plus on aura de gymnases et de stades ouverts, plus on aura de citoyens qui font du sport et des villes qui sont plus attractives".
Egalement, "la politique publique de formation d’encadrants sportifs est mise en place" par l’Etat, "mais elle reste insuffisante".
"Aujourd’hui, c’est dans le cadre de la formation professionnelle qu’on arrivera à former des encadrants sportifs. Un président de commune ne voudra pas investir dans le sport, tant qu’il n’y a pas d’encadrants sportifs".
"On ne peut donc pas se résigner à l’urbanisme seulement. Au Maroc, nous avons une jeunesse très importante. Si on ne lui donne pas d’infrastructures sportives, avec de l’encadrement digne, les jeunes se retrouveront à la rue".
"Il faut donc booster le privé, pour renforcer la gestion du besoin. Si nous voulons aller vite, il faut intégrer le privé", martèle-t-il.
Toutefois, la question qui se pose dans l’intégration du privé pour la gestion d’infrastructures communales, financées par l’INDH, est que ces infrastructures sont destinées à une population pauvre. Comment les sociétés privées peuvent-elles intégrer l'aspect social, sachant qu'elles doivent réaliser un retour sur investissement ?
Pour le cas de City Club, M. Harroch nous explique que "la tarification proposée est sociale. Personne ne peut mieux faire. Je considère que le prix moyen d’une salle de sport au Maroc est de 4.300 DH par an. City Club propose le tarif le plus bas sur le marché qui est de 2.450 DH par an".
Pour Meknès, par exemple, "City Club offre jusqu’à 1.000 abonnements gratuits, à des gens qui sont éligibles à l’INDH. Dans chaque PPP qu'on fait on va jusqu’à offrir des abonnement gratuits pour bien situer le projet social".
Mais est-ce que ces initiatives sont suffisantes pour attirer tous les citoyens d'une ville donnée, ayant des moyens limités?
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