Ce qu’il faut savoir sur Douar Tech, l’organisation d’entreprenariat rural au féminin
Cette organisation marocaine entend mettre les technologies du numérique au service des femmes du monde rural pour leur permettre de développer des projets entrepreneuriaux. Certaines vendent des produits artisanaux, d’autres vendent des services, mais toutes ont des compétences sur lesquelles elles veulent capitaliser et générer des revenus.
L’organisation marocaine Douar Tech, créée à l’autonome 2017 par Hanae Bezad, a pour objectif de "contribuer à renforcer la résilience de la jeunesse vulnérable au Maroc, et plus particulièrement les femmes issues du monde rural, à travers des formations à l’entreprenariat et aux technologies du Web", nous explique Oumaima Farik, coordinatrice des programmes au sein de l’organisation. Parmi ses partenaires, l’Unicef, l’ambassade des Etats-Unis au Maroc, l’Agence française de développement, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) et AfriLabs, un réseau panafricain qui regroupe 225 centres d’innovation dans 47 pays africains.
Le dernier programme que l’organisation a développé est celui de l’Academy for Women Entrepreneurs (AWE), en partenariat avec l’ambassade américaine au Maroc. Il vise à promouvoir l’indépendance économique des femmes entrepreneures originaires de plusieurs régions et villes du Maroc : Marrakech, Tata, Taza, Settat, Benslimane, Sidi Ifni, Khourigba, Agadir, Ouarzazate, Salé, Meknès, Kénitra, Taroudant, Chefchaouen, Tanger, Casablanca et Rabat.
Après un appel à candidatures lancé en octobre dernier, 50 femmes de ces villes et régions ont récemment été sélectionnées pour bénéficier d’un programme de formation de six mois dispensé en ligne, contexte sanitaire oblige, et d’un camp d’entraînement en personne qui prendra fin en juillet 2021. "Le programme comprend des sessions et des ateliers animés par des experts du numérique et de l’entreprenariat, ainsi que du mentorat", explique Oumaima Farik.
Des femmes de régions et de milieux différents
Le mentorat fait effectivement partie des quatre axes privilégiés par l’organisation. Il consiste à faciliter les contacts entre les bénéficiaires des différents programmes et les acteurs du numérique de l’écosystème marocain. "Dans le cadre du programme de l’Academy for Women Entrepreneurs, les femmes qui ont déjà démarré leur projet entrepreneurial et celles qui, sans l’avoir initié, ont en tout cas une idée précise de ce qu’elles veulent développer, sont mises en contact avec des experts de l’entreprenariat qui, à leur tour, leur transmettent des compétences numériques pour favoriser leur accès au marché du travail dans leur domaine", précise Oumaima Farik.
Toutes ces femmes ne font pas partie de la même région, et encore moins du même milieu social : "Certaines ne sont pas diplômées mais ont un savoir-faire manuel ; elles fabriquent des produits artisanaux et veulent se former à l’entreprenariat pour les vendre. D’autres, en revanche, sont fraîchement diplômées mais peinent à accéder à l’emploi. Nous avons par exemple des jeunes femmes qui ont des diplômes d’interprètes ou de traductrices mais qui ne parviennent pas à trouver un emploi. Notre but, c’est de les mettre en contact avec des entreprises ou des institutions en lien avec leur domaine, afin qu’elles trouvent du travail. Il y a donc des femmes qui vendent des produits, et d’autres qui vendent des services."
Quant aux trois autres axes, il s’agit de l’engagement dans l’écosystème, de l’insertion professionnelle et de l’apprentissage mixte. Concernant le premier, Douar Tech a lancé, pendant la période de confinement, entre mars et juin 2020, la série Digital Expert Series. Elle a accueilli des conférenciers, marocains et étrangers, pour parler écosystème numérique et entrepreneurial au Maroc – le tout en darija. Au total, 11 sessions ont été organisées avec une participation moyenne de 12 bénéficiaires.
Concernant le volet insertion professionnelle, la mise en pratique de la formation permet aux bénéficiaires de s’approprier leurs compétences et d’évaluer leurs lacunes, tout en les corrigeant, afin de réussir sur le marché du travail. Enfin, le dernier volet, celui de l’apprentissage mixte, se matérialise sous la forme d’une plateforme de Learning Management System, lancée en avril 2019, qui dispense des modules de culture technologique, d’entrepreneuriat et de développement Web. Il s’agit d’une plateforme d’apprentissage en ligne qui héberge les contenus de cours dans divers formats multimédias.
Un réseau panafricain pour diversifier les échanges
D’autres programmes ont également été conçus pour faciliter la mise en relation de femmes porteuses de projets avec des experts dans leur domaine. C’est le cas du Marana Digital Expert Series, qui met en relation des acteurs de l’écosystème numérique local dans diverses spécialités afin d’établir un lien avec les bénéficiaires du programme.
Sa particularité : un réseau qui va au-delà des frontières marocaines, puisqu’il est soutenu par le réseau panafricain AfriLabs. La série Marana Digital Expert est conçue pour répondre à un besoin d’approfondissement des relations entre les femmes africaines dans l’espace technologique. Elle vise trois objectifs : diffuser la culture numérique, en particulier auprès des femmes entrepreneures, en mettant l’accent sur les populations vulnérables, au moyen de la langue locale ; offrir aux bénéficiaires l’adhésion à un réseau collaboratif de femmes leaders dans l’écosystème numérique panafricain par le biais de plateformes communautaires en ligne ; enfin, permettre le parrainage de solutions ou de projets numériques menés par des femmes bénéficiaires pour catalyser le potentiel entrepreneurial des femmes dans les communautés locales.
Les jeunes ne sont pas en reste. Durant l’été 2020, à la sortie du confinement, Douar Tech a formé et accompagné 70 jeunes dans les communes de Fès, Ameur et Sidi Yahya Zaër, à proximité de Salé et Rabat, dans le cadre du programme Tech Entrepreneur’s Path. Ce dernier s’articule autour de trois modules clés : culture technologique, entreprenariat et développement Web. Les modules sont mis en œuvre après identification de projets à forte valeur ajoutée au sein de ces communautés, en collaboration avec des coopératives et des entreprises au niveau local. Au total, 70 jeunes ont été formés sur ces trois modules par cinq formateurs, quatre coordinateurs et 43 mentors bénévoles.
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