Un livre blanc sur la médecine d’urgence au Maroc: le diagnostic inquiétant de la SMMU
Un plaidoyer de la Société marocaine de médecine d’urgence pour l’amélioration de l’exercice de la médecine d’urgence au Maroc et des conditions de travail des opérateurs des urgences vient de voir le jour. Des lacunes aux pistes d'amélioration: les grandes lignes de ce projet important.
La SMMU publie son livre blanc sur la médecine d'urgence au Maroc. Selon l'association, les raisons derrière cette réflexion sont multiples. Elles se présentent comme suit:
- Les services des urgences sont de plus en plus confrontés à des défis importants qui leur imposent d’être au diapason du progrès enregistré au niveau international;
- Les exigences d’efficacité, de qualité et d’efficience du système de soins imposent la diversification des modes d’exercice de la médecine, notamment par la promotion de la médecine d’urgence hospitalière et extrahospitalière;
- Le secteur des services de santé joue un rôle de plus en plus important dans la croissance économique d’un pays en raison des opportunités qu’offre le développement du commerce des services de santé et de la biotechnologie médicale.
L’objectif de ce livre blanc est d’adapter les besoins professionnels et le dispositif juridique pour répondre à la demande croissante de la population marocaine, en quantité et surtout en qualité en tout ce qui concerne les soins d’urgences, à travers la promotion de la médecine d’urgence. Et ce, tout en tenant compte des mutations des systèmes de santé à l’échelon international et de l’évolution de l’environnement médical et économique national, pour rendre cette spécialité et ainsi le système de santé plus attractifs.
Le projet du plaidoyer comprend quatre volets:
- Les conditions générales du cursus universitaire et de la formation des médecins spécialisés en médecine d’urgence;
- Les conditions générales et modes d’exercice de la médecine d’urgence au Maroc que ce soit dans le secteur public et/ou privé;
- L’utilité d’une telle discipline dans le panel de l’offre médicale et notamment dans son volet extrahospitalier et de la télémédecine;
- Les dispositions juridiques diverses relatives à l’exercice de la médecine d’urgence.
Pénurie flagrante de ressources humaines
Selon l'association, malgré les efforts mis en œuvre par le ministère de tutelle pour améliorer la qualité des services rendus, de nombreuses faiblesses persistent encore et exigent une approche globale et intégrée de la problématique des urgences hospitalières et pré-hospitalières, notamment :
- Des services d’accueil des urgences (SAU) surchargés : plus de 6 millions de patients fréquentent annuellement les urgences hospitalières, avec un accroissement annuel moyen d’environ 10 %. Ce qui représente plus de 50% des consultations ambulatoires des hôpitaux publics, dont 10% se soldent par une hospitalisation. Il est à noter aussi que 35,5% des interventions chirurgicales majeures sont réalisées en urgence. Ce qui justifie la nécessité de restructurer ces services, d’en assurer la mise à niveau et d’actualiser leurs fonctions et attributions;
- Une prise en charge interconnectée : la prise en charge aux SAU exige une étroite coordination entre les intervenants, tant en intra-sectoriel (prise en charge pluridisciplinaire) qu’en intersectoriel dans un souci de gestion des délais d’intervention (protection civile, SAMU, secteur privé, etc.);
- Une nécessité de la qualification professionnelle des intervenants : la prise en charge urgente exige un personnel médical et paramédical ayant des compétences spécifiques, leur permettant d’agir rapidement et très souvent dans des situations d’incertitude. Sur les 118 services d’urgence au Maroc (soit 85% des hôpitaux publics) fonctionnels 24 h/24 et 7 j/7 durant toute l’année, le travail y est assuré dans la plupart des cas par des médecins généralistes appuyés, dans certains hôpitaux, par des médecins spécialistes. Au moment où l’évolution rapide des sciences médicales font de plus en plus appel à des techniques de diagnostic, d’organisation et de traitement de plus en plus sophistiqués qui exigent une réponse adaptée aux différentes situations d’urgences.
- Une augmentation des exigences de la société marocaine : les Marocains fréquentant les SAU exigent d’avoir un accès équitable et effectif, à des soins de qualité avec respect des droits humains, délivrés par un personnel médical et paramédical qualifié et d’un professionnalisme exemplaire.
- Une situation préoccupante des professionnels des urgences et de la spécialité de médecine d’urgence : il existe une pénurie flagrante de ressources humaines, notamment qualifiées, que ce soit pour le personnel médical ou paramédical dans les deux secteurs de santé (public et privé).
Par ailleurs, les Unités pédagogiques et de recherche (UPR) assurant la formation de ces personnels n’existent que dans deux universités, dont celle de Casablanca qui n’est plus active. Aussi l’inexistence de postes d’enseignement universitaire constitue un pronostic "sombre" dans la transmission des connaissances, des compétences et des valeurs.
- Un désert professionnel en secteur privé : En effet aucun spécialiste en MU ou ISSUSI n’exerce en secteur privé, où les urgences sont gérées par des généralistes et infirmiers polyvalents, souvent non qualifiés et/ou des médecins en formation surtout en vacations de nuit. Toutefois, il est à noter que le secteur a connu un développement rapide lors des dix dernières années, où le nombre des cliniques privées s’est élevé à 332 avec une capacité d’environ 8.400 lits, soit 23% de la capacité litière nationale totale.
Problème de formation
Actuellement, la majorité du personnel des urgences se constitue essentiellement de médecins généralistes, souvent non qualifiés, aidés en cas de détresses vitales par des réanimateurs appelables si besoin, et en fonction de leur disponibilité, car ces derniers gèrent en même temps la réanimation et le bloc opératoire.
"Cette situation est source de retard de prise en charge. Pire encore, les urgences des CHU, sont gérées dans les meilleurs des cas par des internes ou des faisant fonction d’internes. Ils s’occupent des malades sans la moindre qualification ni formation nécessaire pour ce genre de situations critiques. La séniorisation des urgences n’est plus aujourd’hui un choix, c’est une obligation !", insiste la même source.
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