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Santé

EXCLUSIF. Vaccination anti-Covid au Maroc: Médias24 fait le point avec Ait Taleb

Dates de démarrage de la vaccination; état d'avancement de l'essai clinique au Maroc; cibles prioritaires de la vaccination; laboratoires partenaires... Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé publique, répond aux questions de Médias24.

Naceureddine Elafrite
Le 18 octobre 2020 à 17h32 | Modifié 10 avril 2021 à 22h58

Le mot qui domine cette interview de Khalid Ait Taleb est l’incertitude. L’incertitude étend son ombre sur la santé, et partant, sur l’économie et la vie sociale.

Au-delà de cette incertitude, partagée par la majorité de l’humanité et qui ponctue les propos de Ait Taleb, il y a les perspectives d’une sortie du tunnel grâce au vaccin.

Le Maroc est “déterminé “, répète le ministre de la Santé. “Sous la conduite de Sa Majesté, le Maroc veut réussir la vaccination. Il veut donner aux citoyens ce qui se fait de mieux et au plus tôt, dans la lutte contre la Covid. Il prépare la vaccination à l’échelle nationale. Mais pour la lancer, il faut qu’il y ait un vaccin sûr et efficace. Sûr signifiant sans danger pour la population.

Notre entretien avec le ministre a comporté deux grandes parties :

- le récit de ces douze mois passés à la tête du département. 12 mois entamés le 9 octobre 2019 par sa nomination par le Roi Mohammed VI.

- les éléments factuels concernant le futur et espéré vaccin, ainsi que sur la préparation de la vaccination par le Maroc.

Notre entretien a duré 1 H 41 mn, durée insuffisante pour faire le tour de la question, surtout le récit de ces 12 mois qui pèsent des années dans la vie d’un homme.

Ci-dessous, nous publions la partie réservée à la vaccination. La première partie, consacrée au récit, avec les questions relatives à la lutte contre le coronavirus, l’épidémiologie, les marchés, les moyens, les protocoles, les budgets, les réformes à venir … sera publiée dans quelques jours.

 Dans le meilleur des cas, fin décembre ou début janvier

Dans le meilleur des cas, au moins un vaccin anti-Covid sera autorisé d’ici début janvier ou en décembre. “Dans le meilleur des cas“, signifie que les essais en cours de phase 3 concluront que tel ou tel vaccin est “sûr et efficace“ ; que ce vaccin bénéficie d’autorisations d’urgence de la part des autorités médicales nationales ou internationales. Dans cette hypothèse, la vaccination au Maroc commencera fin décembre ou début janvier. Le ministre de la Santé répond avec beaucoup de prudence aux questions concernant le calendrier possible. Presque réticence. Donc, il s’agit d’hypothèses.

 

> Où en est l’essai vaccinal du Chinois Sinopharm phase 3 qui se déroule au Maroc ? 

“Il est arrivé à la dernière étape et tout sera terminé exactement le 15 novembre“, répond Ait Taleb. Il s’agit d’un vaccin à deux doses, prises à 21 jours d’intervalle. La deuxième dose sera injectée la “semaine prochaine“ [interview réalisée le 17 octobre].

Notre interlocuteur explique : 600 volontaires marocains y prennent part. Tous reçoivent une injection, sans savoir s’il s’agit d’un placebo ou du produit testé. A la fin, il y a prélèvement de sang chez ces volontaires pour vérifier s’il y a eu immunogénicité ou pas (sécrétion d’anticorps neutralisants ou pas). Les résultats des deux groupes (placebo et candidat vaccin) seront comparés. Cette troisième étape sera terminée le 15 novembre.

 

> Y a-t-il lieu d’être optimiste à ce stade ?

Le ministre affirme être optimiste, pour plusieurs raisons : d’une part, il n’y a pas vraiment eu d’effets indésirables, à part les désagréments habituels des premiers jours après l’injection. D’autre part, “le Maroc n’est pas le seul pays à avoir effectué l’essai vaccinal avec le partenaire chinois. Il y a le Pérou, les Emirats, l’Argentine, Bahreïn… Partout, les résultats connus étaient très bons. S’il y a eu immunogénicité dans les autres pays, pourquoi pas chez nous ?“

 

> Quelles sont les dates possibles de confirmation du vaccin ?

A partir de la fin de l’année.

“Tous ces vaccins qui sont en phase 3, ont prouvé leur innocuité en phase 1. Ils ont prouvé leur efficacité en matière de sécrétion d’anticorps neutralisants en phase 2 et aujourd’hui, on les teste au niveau des communautés, pour connaître leur immunogénicité dans le cadre d’une population donnée“.

“Donc, on s’est déjà fait une idée sur l’efficacité et l’innocuité. Si au sein des différentes populations qui ont subi des vaccins à différentes nationalités, on va estimer que le produit est bon et au vu de ce qui se passe au niveau mondial et au vu des risques socio-économiques de la situation actuelle, je pense que l’utilisation du vaccin peut devenir imminente. Mais je ne saurais dire selon quel calendrier.“

 

> Que prévoit l’accord marocain avec Sinopharm ?

L’essai vaccinal “a été introduit au Maroc dans un cadre global de coopération stratégique qui comprend l’essai vaccinal, le transfert technologique pour que le Maroc devienne un producteur de vaccins, et enfin dans le cadre d’un approvisionnement du Maroc en vaccins“.

L’accord ne prévoit pas que ce vaccin serait dès la première étape fabriqué au Maroc. Si une fabrication au Maroc est confirmée, une implantation est prévue au sein de la cité technologique Mohammed VI à Tanger pour la production du vaccin.

Le partenaire chinois a promis 10 millions de doses au Maroc avant la fin de l’année et on peut espérer davantage en 2021.

 

> Les caractéristiques du vaccin.

La plupart des candidats vaccins, sauf celui de Johnson & Johnson, nécessiteront deux doses ainsi que des conditions draconiennes de conservation à des températures très basses, ce qui imposera des contraintes logistiques de transport et de stockage.

Donc, lorsque le Maroc achète 10 millions de doses, il servira 5 millions de personnes.

 

> Est-ce que le Maroc fabriquera le prochain vaccin, celui de Sinopharm ou un autre, dès les premières étapes?

“On ne sait pas combien de temps va durer l’épidémie, on ne connaît pas la saisonnalité du virus, s’il va devenir endémique ou non, s’il va devenir un vaccin routinier…“, tempère le ministre. “L’infrastructure sera là éventuellement pour le futur“.

  10 millions de doses chez l'un, 17 millions chez l'autre

> Les labos contactés par le Maroc.

Le ministre de la Santé confirme que le Maroc “ne veut pas mettre ses œufs dans le même sac“. Après avoir conclu avec Sinopharm et AstraZeneca, il est en contact avec CanSino Bio, Pfizer et Johnson & Johnson.

L’accord avec AstraZeneca prévoit la fourniture de 17 millions de doses avec 3 millions supplémentaires en option. Donc de quoi vacciner 8,5 à 10 millions de personnes.

 

> L’organisation de la vaccination.

Elle se fera sous l’égide d’un comité technique et scientifique de vaccination “qui aura la latitude de calculer la population cible, les priorités, les gens à vacciner, la durée de l‘opération, sous forme de campagne ou de vaccination normale -mais je pense que ce sera plus sous forme de campagne-, la période à choisir, comment amortir cette période, l’organiser dans le contexte Covid en évitant les rassemblements. Il y aura de nombreuses autres questions comme les délais par rapport à un vaccin antigrippal…“, explique M. Ait Taleb.

Plusieurs questions seront clarifiées dans les prochains jours, promet-il.

“Sous l’impulsion de Sa Majesté, nous faisons le maximum d’efforts pour procurer le vaccin aux citoyens marocains. Nous ferons de notre mieux pour que le Maroc soit parmi les premiers pays à en bénéficier“.

 

> Quels seront les groupes cibles prioritaires dans la vaccination ?

 “L’OMS a statué sur ça depuis la nuit des temps dans le cadre de la vaccination. Dans un programme de vaccination, il y a une population cible dans laquelle il y a les personnes utiles en première ligne, les professionnels de la santé, les personnels de sécurité, des personnels publics dont je cite comme exemple, un chauffeur de transport en commun.“

“Et puis, il y a les personnes à risque, les personnes vulnérables, de plus 65 ans, ou ayant des morbidités. Une cartographie des personnes à vacciner dans chaque région est évidemment nécessaire.“

Le ministre de la Santé souligne qu’il n’y aura pas de problème pour définir ces groupes vulnérables et rappelle que le ministère de la Santé a une grande expérience en matière de vaccination.

 

> La vaccination anti-Covid sera-t-elle obligatoire ?

“Il n’y aura aucune obligation. Cela devra être volontaire.“ Le ministère prévoit de mener des campagnes de communication pour faire prendre conscience à tout le monde de la nécessité de se faire vacciner. Et rappelle que la vaccination contre la Covid “risque de conditionner demain la libre circulation internationale“.

Il nous confirme que l’objectif est bien de vacciner 80% de la population de plus de 18 ans. Il n’exclut pas que cette fourchette soit élargie aux plus jeunes. “Notre devoir aujourd’hui dans le cadre de cette pandémie est d’assurer 80% de vaccination. Maintenant, est-ce qu’on va atteindre cet objectif ? Cela dépendra quand même de la volonté de la population“.

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Tags : coronavirus, covid
Naceureddine Elafrite
Le 18 octobre 2020 à 17h32

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