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Santé

Covid-Grippe: le diagnostic différentiel sera de plus en plus difficile

Les professionnels de la santé s'inquiètent de l'arrivée de la saison grippale en pleine pandémie de la Covid-19. Comment faire la différence? Quelle attitude adopter ? Comment traiter ? Eléments de réponses. 

Covid-Grippe: le diagnostic différentiel sera de plus en plus difficile
Hayat Gharbaoui
Le 5 octobre 2020 à 18h32 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Le diagnostic différentiel entre la grippe et la Covid-19 pose un véritable problème aux médecins. Selon quelques témoignages recueillis par Médias24, certaines personnes présentant des symptômes communs entre la grippe et la Covid-19 ont été appelées par leurs médecins traitant à prendre de la vitamine C, du zinc et de s'isoler pendant quelques jours sans pour autant savoir si c'était l'un ou l'autre des deux virus. Après analyse PCR réalisée, il s'est avéré que c'était une simple grippe.

L'amalgame entre grippe et Covid est courant

"L'amalgame entre les symptômes de la grippe et de la Covid19 est courant. Qui peut dire aujourd'hui si les cas qui affluent sur le système de santé sont des cas de grippe ou de Covid ? Personne ne peut l'attester avec certitude sauf si des tests PCR sont effectués systématiquement. Jusqu'à maintenant, s'il y a apparition de symptômes évocateurs de l'une ou de l'autre, il y a plus de chance que ce soit la Covid plutôt que la grippe", nous déclare Tayeb Hamdi, président du syndicat marocain de médecine générale (SMMG) et médecin chercheur en politique de santé qui précise que nous ne sommes pas encore arrivés à la saison de grippe qui intervient généralement vers les mois de novembre/décembre. 

Cela dit, quand l'épidémie de la grippe battra son plein, différencier entre les deux deviendra de plus en plus difficile. On sera alors en présence d'une "Twindemic" (Twindemie), nouveau terme anglo-saxon qui désigne l’épidémie de la grippe saisonnière au cours de la pandémie de Covid-19, comme le précise Dr Hamdi. 

"La Twindemic posera un problème de surmortalité qui concerne une partie commune des populations fragiles face aux deux maladies. La grippe à elle seule tue de 300.000 à 650.000 personnes par an. La saison grippale épuisera encore plus les professionnels de santé, engorgera les établissements de soins, les hôpitaux, les services de réanimation et déstabilisera les systèmes de santé. La ressemblance des symptômes épuisera les tests de diagnostic Covid, peu disponibles et indispensables pour le contrôle de la pandémie", ajoute le Dr. Hamdi. 

Protéger et vacciner les populations fragiles 

Dr. Said Afif, président de la Société Marocaine des Sciences Médicales (SMSM), s'attend à avoir moins de cas de grippe cette année. "Les mesures de distanciation et les gestes barrières vont également diminuer la circulation du virus de la grippe". Ce qui réduira la pression aussi sur le système de santé qui risque d'être très sollicité.

Malgré cela, les médecins restent inquiets et préconisent un certain nombre de mesures pour diminuer au maximum l'amalgame entre les deux maladies qui malgré des symptômes en commun restent différentes notamment en termes de contagiosité et de létalité dans le sens où ces deux indicateurs sont plus importants avec la Covid-19 qu'avec la grippe. 

Dans ce sens, le Dr Afif préconise que "pour les personnes fragiles et à risques, au moindre doute, il faut faire un test PCR pour être fixé sur le diagnostic et orienter le traitement et éviter toute complication". 

"Et dès que le vaccin sera disponible, ils doivent se faire vacciner pour réduire les risques. Pour les enfants, l'OMS recommande aussi la vaccination contre la grippe, car à l'inverse de la Covid-19, la grippe se transmet des enfants vers les adultes", ajoute Dr. Said Afif. 

Le Dr Hamdi est du même avis. "Vacciner le plus largement possible les populations fragiles, dès la mise à disposition des nouveaux vaccins antigrippaux, et obligatoirement les professionnels de santé. Il faut aussi respecter des mesures barrières (distanciation, masque, hygiène, aération des espaces clos, éviter les rassemblements ..). Ces mesures freinent l’épidémie Covid et en même temps l’épidémie grippale ainsi que d’autres maladies respiratoires".

Attention, le vaccin n'est pas la solution pour la diagnostic différentiel 

Le président de la SMMG tient tout de même à préciser que "le vaccin de la grippe a une efficacité entre 30 à 60% en fonction de plusieurs facteurs (le profil du vacciné, la nature du virus,...). Une personne vaccinée contre la grippe et qui développe des symptômes, cela ne veut pas dire que c'est à 100% de la Covid-19. Il y a un risque que ca soit aussi de la grippe, mais au moins cette grippe sera atténuée sous une forme bénigne. Cette personne, surtout si c'est une personne fragile, ne risque pas de faire une aggravation et arriver en réanimation". 

Dans ce contexte, Dr Hamdi attire donc l'attention que le vaccin de la grippe ne doit pas être considéré comme la solution au risque de confusion. Pour lui, "il faudrait également prendre vite les mesures nécessaires pour adapter la riposte aux nouvelles donnes et ainsi limiter au maximum les contraintes d’isolement en allégeant le protocole thérapeutique essentiellement chez les jeunes cas positifs sans comorbidité, raccourcissant la durée d’isolement pour les positifs, en ramenant cette période de 14 à 10 jours puis à 7 jours pour encourager l’observance de l’isolement tout en accentuant le respect des mesures barrières par la suite (ces durées de 10 jours sont en application depuis des mois aux USA et en Grande-Bretagne, de 7 jours depuis quelques semaines en France)". 

En plus clair, il faut alléger les mesures pour la Covid-19 afin de considérer toutes les personnes présentant des symptômes comme des contaminées Covid-19 et éviter ainsi tout risque de contamination. 

"Il faudrait également sensibiliser la population sur les symptômes des deux maladies, prendre en charge au maximum des malades chez eux ou dans les centres de santé et cabinets médicaux et ne laisser arriver aux hôpitaux que les cas symptomatiques avec des signes respiratoires aigus, pour éviter le débordement et les contaminations inutiles. L’apport des médecins libéraux, qu’il faudrait obligatoirement associer à cette stratégie, sera d’un apport inestimable", ajoute-t-il. 

Lire aussi: Le vaccin contre la grippe saisonnière sera disponible fin octobre

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Tags : coronavirus, covid
Hayat Gharbaoui
Le 5 octobre 2020 à 18h32

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