5.200 généralistes privés toujours écartés de la lutte anti-Covid (Dr. Merimi)

Les structures sanitaires publiques seront bientôt saturées malgré la prise en charge en ambulatoire de certaines catégories de patients Covid, estime Dr Sanaa Merimi. Elle appelle à la constitution d’une première ligne de riposte forte impliquant le public et le privé.

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5.200 généralistes privés toujours écartés de la lutte anti-Covid (Dr. Merimi)

Le 14 septembre 2020 à 14:24

Modifié le 14 septembre 2020 à 22:16

Dr Sanaa Merimi est la fondatrice de l’Initiative vers l’unité pour la Santé – Maroc et consultante en pratiques communautaires en médecine générale. Elle vient de réaliser un Policy Paper intitulé: "Qu’attendons-nous pour mobiliser 5.190 généralistes privés ?". Une sorte de plaidoyer destiné aux décideurs pour impliquer les médecins libéraux, spécialement les généralistes, dans la lutte anti-Covid, compte tenu de l’aggravation de la situation sanitaire, de la proximité de ces médecins avec la population et du rôle qu'ils peuvent jouer dans l'éducation, la prévention et la prise en charge des patients.

Cette recommandation est défendue par d’autres professionnels de la santé, dont Dr Tayeb Hamdi, vice-président de la fédération nationale de la Santé, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé.

Absence d'une stratégie proactive

Dans son Policy Paper, Dr Merimi déplore une gestion de la pandémie par le ministère de la Santé basée sur la réaction et non sur la proactivité.

Après avoir pris la décision de prendre en charge les cas positifs de Covid exclusivement dans les structures hospitalières publiques au début de la pandémie, le ministère a fait face à une augmentation significative du nombre de patients qui a presque saturé les capacités hospitalières publiques.

La construction d’hôpitaux de campagne et la mobilisation de structures privées (cliniques privées, polycliniques de la CNSS) a permis de soulager le secteur public pour un temps, mais la dégradation de la situation sanitaire depuis le déconfinement, la forte propagation du virus pendant l’été et l’augmentation des cas sévères ou critiques nécessitant des services de soins intensifs ou de réanimation ont rapidement rattrapé les efforts entrepris.

C’est la raison pour laquelle le ministère a décidé, début août, de prendre en charge une partie des asymptomatiques à domicile, puis début septembre, de prendre en charge également une partie des symptomatiques bénins à domicile, dans l’objectif de soulager les hôpitaux pour les patients Covid dans un état grave et pour les malades non Covid. Ceci alors que les spécialistes appelaient plusieurs semaines avant à l’adoption de ces mesures.

Mais pour Dr Merimi, cette prise en charge en ambulatoire d’une partie des cas de Covid se fait exclusivement dans les structures publiques (hôpitaux du jour, centres de santé de proximité…) qui seront à leur tour bientôt saturées.

Les capacités publiques en ambulatoire seront à leur tour saturées

"La prise en charge en ambulatoire des cas peu symptomatiques a été prise, non pas comme une décision planifiée, mais plutôt suite à la saturation des structures hospitalières et des centres d’hébergement. Dans d'autres systèmes de santé, elle a démarré dès le mois de mars 2020, avec implication de l'ensemble des professionnels de santé de première ligne, sans distinction de secteur d'activité.

"L'orientation exclusive des cas covid vers les structures ambulatoires publiques, aura la même conséquence que pour les structures hospitalières publiques, une saturation rapide et programmée. Il y a une totalité de 3 855 médecins généralistes au niveau du secteur public dont seulement une partie couvre les 838 centres de santé en zone urbaine, où sont totalisés plus de 88% des cas Covid19. Cette situation aggravera encore plus la difficulté et le retard d’accès aux soins, pour une population déjà en situation sanitaire précaire. Elle met aussi la lumière sur le défi de la crise sanitaire actuelle, l'obligation d'assurer pour les populations, à la fois, une riposte anti-Covid efficace et une continuité des soins adaptée", peut-on lire sur le document du Dr Merimi.

D’où son appel pour impliquer les médecins généralistes du secteur libéral, dont le nombre s’élève à 5 190 selon les données du ministère qui remontent à octobre 2019.

Selon une enquête qualitative menée auprès de 45 généralistes au début du confinement, 70% proposent de s’impliquer dans le circuit Covid, 53% ont mis en place un circuit Covid dans leurs cabinets, 100% consacrent du temps à l’éducation et la prévention à chaque consultation, et 78% utilisent le téléphone comme outil privilégié de contact avec les patients. Ce qui montre leur prédisposition à contribuer à la lutte anti-Covid.

Une stratégie pour impliquer le secteur privé

Dr Merimi propose une stratégie d’implication des médecins généralistes privés dans cette lutte pour opérationnaliser la première ligne:

- Une directive stratégique: pour chaque patient Covid actif ou cas contact identifié, mettre un médecin généraliste public ou privé.

- Deux mesures d’accompagnement générales: Développer une stratégie d’éducation à base communautaire et généraliser la couverture médicale (et l’améliorer pour une prise en charge dans le secteur privé sans coûts élevés pour le patient).

- Trois mesures d’accompagnement spécifiques: former les médecins généralistes privés en matière de prise en charge Covid; assurer les équipements adéquats (protection, informatisation…) et réorienter la pratique en intégrant la régulation, la télémédecine, le recueil de données, et le travail en réseau.

- Quatre mesures opérationnelles: Intégrer des généralistes privés dans les commissions Covid, mettre en place des réseaux de médecins généralistes privés impliqués dans le circuit Covid; impliquer les médecins privés dans les unités de proximité habilitées Covid en tant que prestataires et instaurer des permanences de soins de médecine générale à l'échelle locale.

En gros, Dr Sanaa Merimi appelle les autorités publiques et sanitaires à prendre leurs responsabilités pour assurer à l'ensemble des citoyens, sur tout le territoire national, avec la même qualité de service:

-Une continuité des soins non Covid,

-Une éducation santé adaptée,

-Une prévention individuelle adéquate,

-Un dépistage rapide,

-Un suivi rapproché des contacts,

-La prise en charge en ambulatoire des cas Covid simples,

-La prise en charge hospitalière des cas Covid graves,

-Un suivi post-Covid,

-Une veille sanitaire efficace.

Pour elle, ces objectifs peuvent être atteints en impliquant le secteur privé. Ce qui devient une urgence, selon ce médecin.

"La pandémie Covid rentre dans son neuvième mois, et est partie pour durer. Elle impose plus qu'une gestion nouvelle de crise sanitaire, mais surtout, la mise en place rapide et précise de mesures permettant de repositionner le système de santé sur une première ligne forte impliquant les secteurs public et privé.

"Le Maroc va au-devant de grands défis durant les prochains mois; plusieurs facteurs vont rajouter à la gravité de la situation épidémique:

- La hausse progressive et rapide des cas actifs non compliqués (déconfinement, rentrée scolaire...),

- Le cumul et l’aggravation des pathologies non Covid ayant souffert, et qui continuent de souffrir, du retard de prise en charge durant le confinement,

- L'augmentation des autres pathologies respiratoires et l'arrivée de la grippe saisonnière (automne et hiver) qui pointe".

5.200 généralistes privés toujours écartés de la lutte anti-Covid (Dr. Merimi)

Le 14 septembre 2020 à14:24

Modifié le 14 septembre 2020 à 22:16

Les structures sanitaires publiques seront bientôt saturées malgré la prise en charge en ambulatoire de certaines catégories de patients Covid, estime Dr Sanaa Merimi. Elle appelle à la constitution d’une première ligne de riposte forte impliquant le public et le privé.

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Dr Sanaa Merimi est la fondatrice de l’Initiative vers l’unité pour la Santé – Maroc et consultante en pratiques communautaires en médecine générale. Elle vient de réaliser un Policy Paper intitulé: "Qu’attendons-nous pour mobiliser 5.190 généralistes privés ?". Une sorte de plaidoyer destiné aux décideurs pour impliquer les médecins libéraux, spécialement les généralistes, dans la lutte anti-Covid, compte tenu de l’aggravation de la situation sanitaire, de la proximité de ces médecins avec la population et du rôle qu'ils peuvent jouer dans l'éducation, la prévention et la prise en charge des patients.

Cette recommandation est défendue par d’autres professionnels de la santé, dont Dr Tayeb Hamdi, vice-président de la fédération nationale de la Santé, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé.

Absence d'une stratégie proactive

Dans son Policy Paper, Dr Merimi déplore une gestion de la pandémie par le ministère de la Santé basée sur la réaction et non sur la proactivité.

Après avoir pris la décision de prendre en charge les cas positifs de Covid exclusivement dans les structures hospitalières publiques au début de la pandémie, le ministère a fait face à une augmentation significative du nombre de patients qui a presque saturé les capacités hospitalières publiques.

La construction d’hôpitaux de campagne et la mobilisation de structures privées (cliniques privées, polycliniques de la CNSS) a permis de soulager le secteur public pour un temps, mais la dégradation de la situation sanitaire depuis le déconfinement, la forte propagation du virus pendant l’été et l’augmentation des cas sévères ou critiques nécessitant des services de soins intensifs ou de réanimation ont rapidement rattrapé les efforts entrepris.

C’est la raison pour laquelle le ministère a décidé, début août, de prendre en charge une partie des asymptomatiques à domicile, puis début septembre, de prendre en charge également une partie des symptomatiques bénins à domicile, dans l’objectif de soulager les hôpitaux pour les patients Covid dans un état grave et pour les malades non Covid. Ceci alors que les spécialistes appelaient plusieurs semaines avant à l’adoption de ces mesures.

Mais pour Dr Merimi, cette prise en charge en ambulatoire d’une partie des cas de Covid se fait exclusivement dans les structures publiques (hôpitaux du jour, centres de santé de proximité…) qui seront à leur tour bientôt saturées.

Les capacités publiques en ambulatoire seront à leur tour saturées

"La prise en charge en ambulatoire des cas peu symptomatiques a été prise, non pas comme une décision planifiée, mais plutôt suite à la saturation des structures hospitalières et des centres d’hébergement. Dans d'autres systèmes de santé, elle a démarré dès le mois de mars 2020, avec implication de l'ensemble des professionnels de santé de première ligne, sans distinction de secteur d'activité.

"L'orientation exclusive des cas covid vers les structures ambulatoires publiques, aura la même conséquence que pour les structures hospitalières publiques, une saturation rapide et programmée. Il y a une totalité de 3 855 médecins généralistes au niveau du secteur public dont seulement une partie couvre les 838 centres de santé en zone urbaine, où sont totalisés plus de 88% des cas Covid19. Cette situation aggravera encore plus la difficulté et le retard d’accès aux soins, pour une population déjà en situation sanitaire précaire. Elle met aussi la lumière sur le défi de la crise sanitaire actuelle, l'obligation d'assurer pour les populations, à la fois, une riposte anti-Covid efficace et une continuité des soins adaptée", peut-on lire sur le document du Dr Merimi.

D’où son appel pour impliquer les médecins généralistes du secteur libéral, dont le nombre s’élève à 5 190 selon les données du ministère qui remontent à octobre 2019.

Selon une enquête qualitative menée auprès de 45 généralistes au début du confinement, 70% proposent de s’impliquer dans le circuit Covid, 53% ont mis en place un circuit Covid dans leurs cabinets, 100% consacrent du temps à l’éducation et la prévention à chaque consultation, et 78% utilisent le téléphone comme outil privilégié de contact avec les patients. Ce qui montre leur prédisposition à contribuer à la lutte anti-Covid.

Une stratégie pour impliquer le secteur privé

Dr Merimi propose une stratégie d’implication des médecins généralistes privés dans cette lutte pour opérationnaliser la première ligne:

- Une directive stratégique: pour chaque patient Covid actif ou cas contact identifié, mettre un médecin généraliste public ou privé.

- Deux mesures d’accompagnement générales: Développer une stratégie d’éducation à base communautaire et généraliser la couverture médicale (et l’améliorer pour une prise en charge dans le secteur privé sans coûts élevés pour le patient).

- Trois mesures d’accompagnement spécifiques: former les médecins généralistes privés en matière de prise en charge Covid; assurer les équipements adéquats (protection, informatisation…) et réorienter la pratique en intégrant la régulation, la télémédecine, le recueil de données, et le travail en réseau.

- Quatre mesures opérationnelles: Intégrer des généralistes privés dans les commissions Covid, mettre en place des réseaux de médecins généralistes privés impliqués dans le circuit Covid; impliquer les médecins privés dans les unités de proximité habilitées Covid en tant que prestataires et instaurer des permanences de soins de médecine générale à l'échelle locale.

En gros, Dr Sanaa Merimi appelle les autorités publiques et sanitaires à prendre leurs responsabilités pour assurer à l'ensemble des citoyens, sur tout le territoire national, avec la même qualité de service:

-Une continuité des soins non Covid,

-Une éducation santé adaptée,

-Une prévention individuelle adéquate,

-Un dépistage rapide,

-Un suivi rapproché des contacts,

-La prise en charge en ambulatoire des cas Covid simples,

-La prise en charge hospitalière des cas Covid graves,

-Un suivi post-Covid,

-Une veille sanitaire efficace.

Pour elle, ces objectifs peuvent être atteints en impliquant le secteur privé. Ce qui devient une urgence, selon ce médecin.

"La pandémie Covid rentre dans son neuvième mois, et est partie pour durer. Elle impose plus qu'une gestion nouvelle de crise sanitaire, mais surtout, la mise en place rapide et précise de mesures permettant de repositionner le système de santé sur une première ligne forte impliquant les secteurs public et privé.

"Le Maroc va au-devant de grands défis durant les prochains mois; plusieurs facteurs vont rajouter à la gravité de la situation épidémique:

- La hausse progressive et rapide des cas actifs non compliqués (déconfinement, rentrée scolaire...),

- Le cumul et l’aggravation des pathologies non Covid ayant souffert, et qui continuent de souffrir, du retard de prise en charge durant le confinement,

- L'augmentation des autres pathologies respiratoires et l'arrivée de la grippe saisonnière (automne et hiver) qui pointe".

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