Covid-19 : “Moul L'hanout” a lui aussi soutenu les ménages pendant le confinement
Durant les trois mois de confinement, l'épicier du quartier a joué plus que d'habitude le rôle du "banquier" auprès des ménages. Ces derniers, impactés financièrement, recouraient davantage à l'achat à crédit de leurs biens de consommation.
Aux côtés des aides financières de l'Etat, délivrés aux citoyens ayant perdu leur emploi durant le confinement, et du report des échéances de crédits par les banques, les épiciers ont également été d'une grande aide aux familles impactées par la crise.
Ces derniers n'ont pas fermé leurs portes, malgré la baisse des ventes, des carnets de crédits bien remplis, la hausse des dettes auprès des fournisseurs et des difficultés à honorer leurs charges.
Selon une étude récente du Haut-commissariat au plan, sur les répercussions de la pandémie sur la situation économique des ménages, les épiciers ont été très sollicités durant les mois de confinement, sans pour autant percevoir tout leur argent.
En effet, "parmi les ménages ayant une dette auprès des épiciers suite à l’acquisition, à crédit, de biens de consommations, 20% n’ont pas pu honorer leurs dettes, 21,4% en milieu urbain et 16,8 en milieu rural".
L'étude souligne également qu'"environ 24% les ont payées sans difficulté, 22,3% avec difficulté, et 33,9% ont pu négocier des facilités de paiement".
Contacté par Médias24, Hikam Alaoui, président de l’Association du commerce de proximité de Tifelt, nous confirme ces constats.
"Tous les épiciers, membres de l’Association, ont des carnets de crédits bien fournis, mais nous ne pouvons pas faire autrement. Les riverains traversent une période difficile et on ne peut pas leur refuser des produits de première nécessité".
"On est habitué à des situations pareilles, particulièrement à l’approche de l’Aid Al Adha, qui coïncide ces dernières années avec les vacances d’été et la rentrée scolaire. Mais cette année, la situation est particulière".
Baisse de près de 60% des ventes
D'après notre interlocuteur, les épiciers ont été lourdement impactés par la crise. "Le capital d’un épicier ne dépasse pas les 10.000 DH. A côté, nous avons des sommes 'en noir', variant entre 20.000 à 30.000 DH, pour gérer ces crédits, mais elles n'ont pas été suffisantes cette fois, les montants des crédits ayant explosé".
"Les artisans et les ouvriers sont les personnes qui se sont le plus endettées auprès des épiciers durant cette période, suite à l’arrêt de leurs activités. En revanche, nous n'avons pas eu de grands soucis avec les fonctionnaires qui ont continué à percevoir leurs revenus mensuels en dépit de la crise".
"A Tifelt, nous comptons énormément sur l'arrivée des MRE durant les vacances d'été et la période de l'Aid. Actuellement, nous nous contentons des gens du quartier, mais les chiffres qu'on réalise ne sont même pas suffisants pour régler nos charges (loyer, électricité...), le volume des ventes ayant diminué de près de 60%".
"D'un autre côté, les sociétés qui nous fournissent, ainsi que les commerçants de gros, ne sont plus patients avec nous. Ils refusent à présent de nous livrer si nous n'avons pas de quoi payer", conclut notre source, qui regrette par ailleurs que les épiciers ne soient pas représentés, ni dans les chambres de commerce, ni dans les conseils locaux, ni au Parlement. "On n'est pas entendu, alors que nous sommes toujours les premiers mobilisés auprès des citoyens".
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