Le flou persiste sur le report ou l'application de la hausse du SMIG
Le flou entoure la seconde hausse du SMIG prévue pour juillet 2020. Sera-t-elle ou non appliquée par les entreprises? La CGEM a demandé il y a plus d'un mois son report à cause de la situation économique. Mais aucune décision n'a été prise ni annoncée jusqu'à aujourd'hui.
Ce 1er juillet est la date prévue pour l'entrée en vigueur de la seconde tranche de la hausse du SMIG (5%), décidée dans l'accord signé dans le cadre du dialogue social en 2019. Et le flou persiste sur l'application ou non de cette hausse par les entreprises.
La CGEM a demandé au cours du mois de mai 2020 le report de cette hausse. Elle a adressé un courrier dans ce sens au chef du gouvernement. Le patronat justifie cette demande par "la crise sans précédent" que vit le secteur privé et par le fait que les entreprises sont "actuellement dans une logique de préservation des emplois et des entreprises". Une demande qui a été mal accueillie notamment par les syndicats.
Aucune réponse du gouvernement
Qu'en est-il actuellement ? Médias24 a sondé des sources clés dans le dossier. Il en ressort qu'à ce jour, aucune décision n'a été prise. Deux sources du patronat nous expliquent que la CGEM n'a obtenu aucune réponse du gouvernement, notamment du chef du gouvernement Saadeddine Elotmani qui a été saisi par la CGEM sur cette question.
Une source proche de la primature nous explique pour sa part que le chef du gouvernement ne peut pas se prononcer sur cette question. "Les relations entre la CGEM et le gouvernement sont institutionnalisées à travers deux outils. Le premier est la plateforme CGEM-gouvernement et le second est le Dialogue social tripartite. La hausse du SMIG est une mesure qui a été actée dans le cadre du dialogue social. Toute modification devra passer par le même cadre", nous répond-on. Entendez, ce n'est pas au chef du gouvernement de prendre la décision de reporter la hausse du SMIG.
Blocage du dialogue social
Justement, une réunion tripartite gouvernement-syndicats-patronat s‘est tenue mercredi 24 juin au ministère du Travail, présidée par Mohamed Amekraz. Elle avait pour objectif de discuter de plusieurs sujets dont la demande de report du relèvement du SMIG lancée par la CGEM.
Aucun des sujets n'a au final été discuté car les syndicats se sont opposés à la forme et ont demandé que les discussions reprennent dans le cadre "d'un Comité de veille sociale" à créer. Une instance similaire au Comité de veille économique. Les questions de fond n'ont finalement pas été abordées et encore moins la question du SMIG.
Face à ce blocage, aucune décision ne pourra être prise dans l'immédiat. Que feront alors les entreprises ? Appliqueront-elles la hausse comme prévu ou s'abstiendront-elles ?
"Aucune idée. Chaque entreprise prendra la décision en fonction de sa situation", nous répond une source du patronat.
Néanmoins, il y a bien des secteurs qui affirment ne pas pouvoir appliquer cette hausse. C'est le cas du secteur touristique. "Nous n'avons eu aucun retour de la part du gouvernement. Les opérateurs touristiques rejettent catégoriquement cette hausse du SMIG", affirme à Médias24 un membre de la Confédération nationale du tourisme (CNT).
"Nous sommes en arrêt total depuis mars. Nous nous préparons à peine à reprendre l'activité. Ce n'est pas que nous ne voulons pas appliquer la hausse, nous ne le pouvons pas. Nous n'avons même pas de quoi payer les salaires, donc parler de hausse du SMIG est hors sujet", poursuit notre source.
"Les opérateurs touristiques ne seront pas en mesure d'appliquer la hausse. Nous demandons le report de cette mesure jusqu'à juillet 2021", ajoute ce membre de la CNT.
Un report uniquement pour les secteurs sinistrés ou les entreprises gravement touchées par la crise est envisagé ou à l'étude ? "Il faut que le dialogue soit ouvert d'abord pour commencer à parler de ce sujet", conclut un membre du patronat.
À découvrir
à lire aussi
Article : Avenue Royale. Ce que les documents officiels révèlent sur le chantier le plus sensible de Casablanca
À Casablanca, le projet de l’avenue Royale franchit une nouvelle étape, marquée par l’accélération des démolitions dans l’ancienne médina. Si les opérations avancent sur le terrain, le projet reste entouré d’un flou persistant, notamment sur sa configuration finale et son calendrier. Consultés par Médias24, les marchés publics permettent toutefois d’en éclairer plusieurs volets. Le point sur l’avancement du projet.
Article : Bourse. Le pourquoi de la décision de Sothema de diviser ses actions par cinq, l'intérêt pour les investisseurs
À compter du 5 mai 2026, le titre Sothema changera de format à la Bourse de Casablanca. Derrière cette opération technique, des enjeux de liquidité, d’accessibilité du titre et d’attractivité auprès des investisseurs particuliers. Décryptage.
Article : Bonnes feuilles. Et si on faisait renaître le Conseil national du commerce extérieur ?
Ancienne conseillère auprès de plusieurs Premiers ministres, Nezha Lahrichi revient, dans "Le Pouvoir entre réalisme et illusion", sur une trajectoire passée au plus près de la décision publique. Le livre tient à la fois du témoignage, du portrait politique et de l’essai sur les dérives contemporaines du pouvoir. Médias24 en publie ici des bonnes feuilles consacrées au Conseil national du commerce extérieur, institution dont l’histoire contrariée résonne avec une question très actuelle : comment penser, organiser et anticiper le commerce extérieur marocain ?
Article : African Lion 2026 : à Cap Drâa, les drones FPV s'invitent sur le théâtre d’exercice
Une précision chirurgicale pour quelques centaines de dollars : le drone FPV a brisé les codes de la guerre conventionnelle. Face à ce prédateur qui impose un stress permanent aux troupes au sol, les Forces armées royales ripostent.
Article : Du jamais vu. Flambée de la viande ovine qui frôle les 200 DH/kg
À l’approche de Aïd al-Adha, la viande ovine atteint jusqu’à 170 DH le kilo chez le boucher. Pour les morceaux les plus demandés, les prix grimpent à 190, voire 200 DH le kilo. Ces niveaux sont inédits au Maroc par leur ampleur, mais aussi par la rapidité avec laquelle ils se sont imposés.
Article : “Rabat ne sera pas une ville-musée”. La transformation de l'offre culturelle de la capitale expliquée par Mehdi Bensaïd
ENTRETIEN. Dans un contexte de transformation accélérée des infrastructures de la capitale, le ministre de la Culture évoque pour Médias24 les leviers qui doivent faire de Rabat un pôle culturel majeur à l’international. Entre modernisation, développement de la formation et démocratisation de l’accès à la culture, Mehdi Bensaid défend une vision globale à long terme.