La crise du coronavirus met à nu la précarité de la population marocaine
Près de 12 millions de personnes inactives ou au chômage. Les 11 millions qui travaillent occupent dans leur majorité des emplois précaires. Une population qui vit majoritairement sans filets sociaux institutionnels. A l’origine de cette précarité, la défaillance de l’école et une économie rigide au progrès.
Casablanca - Quartier des Hôpitaux, dimanche 5 avril à 22h. Au moins 6 couples, groupes d’individus ou des personnes seules, de tous âges dont une femme enceinte, défilent dans la rue et crient pour demander l’aide des habitants : argent, nourriture, habillement. Du jamais vu dans ce quartier, ou du moins jamais avec cette ampleur.
A cause de la crise du Coronavirus et des mesures prises pour contrer la pandémie, le voile est levé sur des millions de personnes qui vivent dans la précarité et qui n’ont désormais plus de source de revenus. Ceux qui n’ont plus de moyens de subsistance finissent par sortir dans la rue demander l’aumône.
Les autorités ont fait preuve de réactivité et les entreprises publiques et privées de solidarité en créant rapidement le Fonds Covid-19, en l’alimentant à coup de milliards de DH et en activant rapidement une opération de distribution d’aides monétaires directes à grande échelle, jamais réalisée au Maroc.
L’indemnité CNSS aux travailleurs déclarés en arrêt d’activité, l’aide de 800 à 1.200 DH aux ménages Ramédistes impactés par la crise, et bientôt l’aide aux travailleurs informels et non déclarés qui ne bénéficient pas du Ramed, vont certainement atténuer les difficultés que rencontrent au moins 4 millions de ménages, pour ne pas dire beaucoup plus (les statistiques des bénéficiaires seront connues ultérieurement).
Mais cette crise a mis à nu la précarité structurelle de la population marocaine. Des millions de personnes en âge d’activité (15 ans et plus) sont soit au chômage, soit inactives (ne recherchent même pas un travail). Et celles qui ont un emploi ne sont pas mieux loties : la majorité travaille dans la précarité, vulnérable aux chocs comme celui que l’on vit actuellement.
Ces personnes, du moins en grande partie, font face à l’absence de filets sociaux institutionnels : pas d’allocation chômage, d’assurance santé universelle, de pension vieillesse… D’ailleurs, la création du Fonds Covid-19 et les mesures de soutien aux ménages auraient été superflues si le Maroc disposait d’un système de protection sociale solide.
A l’origine de cette précarité, la défaillance de l’école publique et l’échec de l’économie marocaine à se transformer car reposant toujours sur l’agriculture, l’artisanat, le commerce de produits importés et les services à faible valeur ajoutée. Nul besoin de s’attarder sur ces deux sujets traités longuement par Médias24, ses confrères et de nombreux économistes et analystes.
Ci-dessous, un petit rappel chiffré de la précarité de la population marocaine, tiré des données du HCP.
Les tristes chiffres du HCP
> La population au chômage ou inactive : près de 12 millions de personnes
- Sur une population en âge de travailler (15 ans et plus) de 26,4 millions de personnes, 14,3 millions sont inactives (45,8%). En enlevant les jeunes de 15-24 ans qui poursuivent leurs études (environ 3 millions), on se retrouve avec 11,3 millions de personnes inactives.
- Le Maroc compte 1,1 million de chômeurs.
- Plus de 2 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans sont au chômage ou inactives, sans être en formation ou en apprentissage.
- Près de 2,7 millions de personnes âgées de 25 à 34 ans sont au chômage ou inactives.
- Près de 2 millions de personnes âgées de 35 à 44 ans sont au chômage ou inactives, principalement des femmes au foyer.
- 5 millions de personnes âgées de 45 ans et plus sont inactives, en grande partie des retraités, vieillards, malades ou infirmes en plus des femmes au foyer.
Toutes ces personnes ne bénéficient d’aucune protection sociale, hormis les retraités et les personnes couvertes par le régime de sécurité sociale du conjoint quand il existe. Et connaissant le niveau des pensions vieillesse au Maroc, celui de l’assurance maladie et l’ampleur du travail informel, on peut dire que même ces deux dernières catégories vivent dans des conditions précaires.
> Moins du quart des travailleurs bénéficient d'une protection sociale
- L’emploi salarié ne représente que la moitié des emplois au Maroc (5,5 millions de personnes). L’emploi salarié qualifié et valorisant n’en représente qu’une petite partie. 55% des salariés ne disposent pas d’un contrat de travail. 40% des salariés déclarés à la CNSS touchent moins que le SMIG et les trois quarts moins de 4.000 DH.
- 30% des actifs occupés sont des indépendants (3,3 millions), exerçant dans leur majorité dans l’informel.
- 16% sont des aides familiales (1,7 million de personnes), c’est-à-dire travaillant sans aucune rémunération.
- Plus de la moitié des actifs occupés n’ont aucun diplôme (55,4%). 7 indépendants sur 10 n’ont aucun diplôme.
- 1 travailleur sur 10 exerce un emploi occasionnel ou saisonnier.
- A peine 24% des travailleurs bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi.
- A peine 22% des travailleurs sont affiliés à un système de retraite.
- Plus de 1 million de travailleurs sont sous-employés, principalement dans le BTP et l’agriculture.
>>Lire aussi : Le chômage explose au Maroc à cause de la crise du Coronavirus
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