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Huile d'olive: 80% de ce qui est consommé au Maroc échappe au contrôle sanitaire

Le gros de l’huile d’olive consommée par les Marocains est vendu en vrac et ne respecte aucune norme sanitaire. Les exportations marocaines demeurent invisibles sur le marché international.

Huile d'olive: 80% de ce qui est consommé au Maroc échappe au contrôle sanitaire

Le 5 janvier 2020 à 13h57

Modifié 10 avril 2021 à 22h09

Le gros de l’huile d’olive consommée par les Marocains est vendu en vrac et ne respecte aucune norme sanitaire. Les exportations marocaines demeurent invisibles sur le marché international.

Chaque année, au moment de l’arrivée de l’huile d’olive nouvelle sur le marché, les alertes contre la vente d’huiles frelatées à travers les circuits informels reviennent comme un leitmotiv.

Le procédé qui consiste pour les trafiquants à mélanger de l’huile d’olive avec d’autres huiles végétales, ou avec l’huile des récoltes antérieures, existe depuis longtemps. Mais, de nouveaux procédés, autrement plus dangereux pour le consommateur, ont fait leur apparition ces dernières années.

Des associations de consommateurs ont récemment attiré l’attention sur l’utilisation par les trafiquants de produits chimiques importés en contrebande, certains sous forme de comprimés, lesquels mélangés avec n’importe quel liquide lui donnent l’apparence d’une bonne huile d’olive. Ce qui ouvre la voie à tous les trafics possibles.

Certes, les autorités sévissent quand ces trafiquants sont signalés ou sont surpris en flagrant délit, mais le problème n’est pas facile à éradiquer.

Comme l’explique Rachid Benali, président de l’Inteprolive, « le problème de l’huile frelatée se pose au niveau des ventes en vrac où il n’ y a ni traçabilité ni sécurité. Nous, les professionnels, déconseillons toute huile non étiquetée et qui n’a pas l’autorisation de l’ONSSA (Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires) ».

Une consommation moyenne de 3 litres par an et par habitant

Selon la même source, sur les 120.000 tonnes d’huile d’olive consommées en moyenne annuelle par les Marocains, 25.000 tonnes seulement sont conditionnées selon les normes de l’ONSSA, le reste transitant par les circuits informels.

Ce que les professionnels de la filière oléicole déconseillent aux consommateurs représente à peu près 80% de la consommation nationale. En d’autres termes, les 4/5èmes de la quantité d’huile d’olive consommée par les Marocains échappent au contrôle technique et sanitaire.

Comment dans ce cas prétendre être compétitif à l’export quand les circuits du marché intérieur sont loin d’être maîtrisés, s’exclame un professionnel de la filière.

Les Marocains sont amateurs d’huile d’olive même si leur consommation moyenne par habitant ne dépasse pas 3 litres par an, contre 5 litres pour les Tunisiens, 14 litres pour les Espagnols et 21 litres pour les Grecs, poursuit-il. Mais pour s’approvisionner, ils ont recours au marché traditionnel où ils achètent de grandes quantités, soit leur consommation pour toute l’année, qu’ils stockent chez eux dans des conditions qui ne sont pas toujours conformes aux bonnes pratiques sanitaires.

« Il existe pourtant sur le marché des huiles d’olive conditionnées, étiquetées, et emballées dans des bouteilles aux normes et à des prix abordables, tient à souligner Rachid Benali, entre 40 et 60 dirhams le litre ». Soit le même prix que celui de l’huile en vrac, vendue souvent dans des bouteilles d’eau minérale recyclées pour la circonstance et dont on peut deviner la provenance.

Médias24 a pu constater de visu ce phénomène dans plusieurs épiceries, bureaux de tabac et autres téléboutiques et marchands de légumes.

L'objectif à l'export loin d'être atteint

Une situation qui interpelle les autorités locales au même titre que d’autres questions relatives à la santé des personnes, s’agissant des produits alimentaires et de consommation courante.

Dès lors, on n’est plus en droit de s’étonner que le Maroc qui s’est hissé parmi les plus grands pays producteurs d’olive, se classant au 5ème rang mondial, continue de constater que son huile est quasiment invisible sur les marchés étrangers.

L'huile marocaine est exportée souvent en vrac pour être vendue sous d’autres étiquettes. Ce fait interpelle cette fois-ci les pouvoirs publics pour passer à la vitesse supérieure afin de pousser à la modernisation de la chaîne de transformation et de commercialisation. De même, il s’agit de sensibiliser la population à s’orienter vers la consommation d’une huile contrôlée et obéissant aux normes.

Selon les chiffres officiels, la filière oléicole contribue au PIB agricole à hauteur de 5%. La culture de l’olivier occupe une superficie qui approche les 1.080.000 hectares pour une production d’olives qui oscille autour de 1,5 million de tonnes. Celle-ci atterrit sur le marché sous forme d’huile de différentes qualités (160.000 tonnes) et sous forme d’olives de table (90.000 tonnes).

S’agissant de l’exportation, le Maroc envoie sur les marchés étrangers, Europe et Etats Unis principalement, 17.000 tonnes d’huile et 64.000 tonnes d’olives de table.

Le plan Maroc Vert prévoyait à son démarrage en 2008 de hisser les exportations d’huile d’olive à 120.000 tonnes et celles des olives de table à 150.000 tonnes à l’horizon 2020. Nous y sommes, et le gap à rattraper demeure important.

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