Financement : voici ce qu’attendent les auto-entrepreneurs des banques
Les banques ont été appelées par le Roi à proposer des financements adéquats, entre autres aux auto-entrepreneurs. Ils sont aujourd'hui plus de 118 500 à détenir ce statut sans compter les demandes d'inscription en cours. Qu'attendent-ils des banques ? Médias24 leur a posé la question.
Le vendredi 11 octobre, dans son discours d'ouverture de la première session de l'année législative, le Souverain a appelé les banques à s'impliquer davantage dans le développement économique en mettant en place des solutions de financement adaptées aux jeunes diplômés, aux porteurs de projets d’auto-emploi et aux TPE/PME notamment exportatrices.
Depuis, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) travaille en concertation avec le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib pour proposer de nouvelles offres de financement.
La création d’un fonds doté de 6 MMDH a déjà été annoncée par le gouvernement. Au-delà de cette offre commune, chaque banque travaille individuellement sur des programmes dédiés à ces catégories.
La problématique du financement de la PME/TPE n’est pas nouvelle, mais pourrait être approchée différemment depuis le discours du Roi. La nouveauté, par contre, est celle d’avoir enjoint les banques de s’intéresser aux auto-entrepreneurs.
Ces derniers représentent une communauté de 118 500 personnes. Ce chiffre arrêté à fin septembre 2019 est amené constamment à évoluer car les demandes d’inscription dans ce statut dépassent les 142.500.
Médias24 a donc décidé de donner la parole aux auto-entrepreneurs pour qu’ils expriment leurs attentes vis-à-vis du secteur bancaire.
Cette communauté grandissante n’ayant pas de représentant légal qui parle en son nom, nous avons donc eu recours aux réseaux sociaux pour collecter leurs avis et propositions quant à la nature de l’accompagnement et du financement attendus. Plusieurs questions leur ont été adressées à travers le groupe Facebook "Auto Entrepreneur Maroc" qui regroupe à ce jour plus de 31 500 membres.
Peu de confiance dans les banques
De prime abord, il ressort des différents témoignages un manque de confiance dans ce qui se prépare. Certains AE n’hésitent pas à estimer qu’il ne s’agit là que «de nouvelles promesses qui ne verront pas le jour».
Certains témoignages évoquent justement des expériences malencontreuses avec le secteur bancaire comme le cas de cet AE qui partage son vécu :
«J'ai demandé un crédit à une banque pour une somme de 250 000 DH, elle m’a proposé 50 000 DH. Ce n'est pas suffisant pour un projet innovant. Pour recourir à StartUp Maroc, il faut suivre un accompagnement avant d’avoir la décision, donc ce n'est pas sûr. Cela freine vraiment le business au Maroc», témoigne Redouane.
«Ce n'est pas la banque qui devrait gérer les dossiers, mais des experts. Et il faut accorder des durées de financement adaptées car les projets ne sont pas rentables sur le champ. Au Maroc, c'est rare de voir un financement octroyé sur la base du business plan. Si on finance 100 entreprises et que 50 créent de la valeur, c'est bénéfique pour le pays, les 50 qui échouent devrons recevoir encore un accompagnement pour se redresser», poursuit-il.
Et à cet autre AE d’avancer : «les AE sont lassés de faire le tour des banques sans trouver un produit adéquat, les banques restent sceptiques même si certains profils ont de l'expertise et le potentiel pour mener à bien leurs projets. Et honnêtement concernant l'accompagnement, il laisse à désirer, beaucoup de gens surfent sur la vague et s'autoproclament accompagnateurs, alors que normalement il faut réussir beaucoup de projets pour se permettre de donner un avis, ou accompagner une autre personne. Par ailleurs, il existe beaucoup de salariés qui n'ont besoin que d'une partie de financement, et les initiatives comme MOUBADARA leur imposent un accompagnement de 6 mois, avec des ateliers qui leur apprennent ce qu'ils savent déjà».
Autant dire que les AE réfléchissent à deux fois avant de tenter leur chance avec le secteur bancaire car il y a cette idée largement partagée que les banques refusent d’accompagner les jeunes.
Malgré ce manque de confiance, plusieurs AE se sont livrés à l’exercice avec des propositions concrètes notamment sur le volet du financement.
Un taux ne dépassant pas 2%
Le premier axe sur lequel les AE sondés se sont prononcés concerne le taux d'intérêt qu’il espèrent. Quand ils n’évoquent pas la gratuité des crédits, ces derniers proposent un taux se situant entre 1% et 2%.
«Un taux zéro si ce n'est 1% ou 2%», propose Amina. Hanane avance quant à elle, que «le taux ne doit pas dépasser 1,5%. Le financement doit être régi par des règles très flexibles que ce soit pour la durée ou pour les pénalités». Pour argumenter sa proposition, elle ajoute qu’il ne faut pas «oublier qu'un AE ne restera pas toute sa vie dans ce statut. Une fois que le projet commencera à grandir, le changement de statut devient une obligation et là, l'Etat n'aura pas seulement sauvé un jeune du chômage mais il aura donné naissance à un investisseur qui travaillera pour le pays».
La deuxième proposition commune à presque tous les AE qui nous ont répondu: un différé de remboursement du crédit et un accompagnement ciblé.
«Profiter d'un différé d'au moins 6 mois ou plus, le temps du démarrage du projet et de souffler un peu», avance Amina. «Il faut avoir un bon délai d'un an, le temps que le projet commence à être rentable. Il faut aussi un plafond de crédit pour chaque secteur d'activité», propose quant à elle Ahlem.
Pour cet autre AE, «il faut prendre en compte le début d'un projet qui ne génère des bénéfices qu'après une durée de son lancement, d'où la nécessité de l'accompagnement. L’auto-entrepreneur a besoin d'un accompagnement pour pérenniser son projet et d'un financement qui le fera avancer au lieu d'être une contrainte qui le tirera vers le bas».
Tarik verse dans le même sens, «un crédit s’il n’est pas sans intérêt, il doit au moins être doté d’une période de franchise et d’une durée de 5 ans ou plus avec un accompagnement».
Au-delà de ces aspects, les AE ont évoqué plusieurs autres propositions dans le cadre de la relation avec les banques et même en dehors.
Favoriser l'accès aux commandes
Un AE demande à avoir des offres de «crédits de rotation des stocks, de financement de trésorerie ou encore un crédit d'investissement».
Adil s’attaque quant à lui à la problématique du paiement en devises et demande l’élargissement du paiement en devises pour les campagnes publicitaires online (google ads, facebook ads, linkedin...). «Actuellement la dotation maximale est de 40.000 DH/an ce qui est insuffisant. Il faut l’augmenter mais surtout séparer la dotation touristique de celle qu’on utilise pour le paiement des campagnes dans ces plateformes», explique-t-il.
Enfin, certains AE ont estimé que le crédit bancaire ou le financement n’est pas forcément la solution pour soutenir les AE, ils proposent plutôt un renforcement des mécanismes d’aide d’accès aux marchés.
«Le crédit bancaire est plus une contrainte qu'une aide. Ce qu'il faudrait, c’est assouplir les règles d'octroi des appels d'offres publics, obliger les banques, assurances et pétroliers (largement profitables) à prendre comme prestataires des TPE, et donner la possibilité de saisie sur compte bancaire dans le cas de non-paiement par un grand groupe de ses créances aux TPE», propose Mehdi.
Abdessamad estime pour sa part que «la réussite de l'auto-entrepreneur ou des TPE n'est pas liée au financement, ou bien des services bancaires tels que le crédit ou bien les moyens de paiement. C'est lié à la pérennité de l'activité et au développement du chiffre d'affaires. C'est plutôt le rôle de l'Etat de garantir l'accès de cette catégorie d'entreprises aux marchés publics avec des conditions avantageuses en termes de garantie et de délai de paiement et de mettre en place des organismes dédiés à la mise en valeur de cette cible à travers la formation et l'encadrement».
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