img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Financement : voici ce qu’attendent les auto-entrepreneurs des banques

Les banques ont été appelées par le Roi à proposer des financements adéquats, entre autres aux auto-entrepreneurs. Ils sont aujourd'hui plus de 118 500 à détenir ce statut sans compter les demandes d'inscription en cours. Qu'attendent-ils des banques ? Médias24 leur a posé la question. 

Financement : voici ce qu’attendent les auto-entrepreneurs des banques
Hayat Gharbaoui
Le 25 novembre 2019 à 18h14 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Le vendredi 11 octobre, dans son discours d'ouverture de la première session de l'année législative, le Souverain a appelé les banques à s'impliquer davantage dans le développement économique en mettant en place des solutions de financement adaptées aux jeunes diplômés, aux porteurs de projets d’auto-emploi et aux TPE/PME notamment exportatrices.

Depuis, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) travaille en concertation avec le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib pour proposer de nouvelles offres de financement.

La création d’un fonds doté de 6 MMDH a déjà été annoncée par le gouvernement. Au-delà de cette offre commune, chaque banque travaille individuellement sur des programmes dédiés à ces catégories.

La problématique du financement de la PME/TPE n’est pas nouvelle, mais pourrait être approchée différemment depuis le discours du Roi. La nouveauté, par contre, est celle d’avoir enjoint les banques de s’intéresser aux auto-entrepreneurs.

Ces derniers représentent une communauté de 118 500 personnes. Ce chiffre arrêté à fin septembre 2019 est amené constamment à évoluer car les demandes d’inscription dans ce statut dépassent les 142.500.

Médias24 a donc décidé de donner la parole aux auto-entrepreneurs pour qu’ils expriment leurs attentes vis-à-vis du secteur bancaire.  

Cette communauté grandissante n’ayant pas de représentant légal qui parle en son nom, nous avons donc eu recours aux réseaux sociaux pour collecter leurs avis et propositions quant à la nature de l’accompagnement et du financement attendus. Plusieurs questions leur ont été adressées à travers le groupe Facebook "Auto Entrepreneur Maroc" qui regroupe à ce jour plus de 31 500 membres.

Peu de confiance dans les banques

De prime abord, il ressort des différents témoignages un manque de confiance dans ce qui se prépare. Certains AE n’hésitent pas à estimer qu’il ne s’agit là que «de nouvelles promesses qui ne verront pas le jour».

Certains témoignages évoquent justement des expériences malencontreuses avec le secteur bancaire comme le cas de cet AE qui partage son vécu :

«J'ai demandé un crédit à une banque pour une somme de 250 000 DH, elle m’a proposé 50 000 DH. Ce n'est pas suffisant pour un projet innovant. Pour recourir à StartUp Maroc, il faut suivre un accompagnement avant d’avoir la décision, donc ce n'est pas sûr. Cela freine vraiment le business au Maroc», témoigne Redouane.

«Ce n'est pas la banque qui devrait gérer les dossiers, mais des experts. Et il faut accorder des durées de financement adaptées car les projets ne sont pas rentables sur le champ. Au Maroc, c'est rare de voir un financement octroyé sur la base du business plan. Si on finance 100 entreprises et que 50 créent de la valeur, c'est bénéfique pour le pays, les 50 qui échouent devrons recevoir encore un accompagnement pour se redresser», poursuit-il.

Et à cet autre AE d’avancer : «les AE sont lassés de faire le tour des banques sans trouver un produit adéquat, les banques restent sceptiques même si certains profils ont de l'expertise et le potentiel pour mener à bien leurs projets. Et honnêtement concernant l'accompagnement, il laisse à désirer, beaucoup de gens surfent sur la vague et s'autoproclament accompagnateurs, alors que normalement il faut réussir beaucoup de projets pour se permettre de donner un avis, ou accompagner une autre personne. Par ailleurs, il existe beaucoup de salariés qui n'ont besoin que d'une partie de financement, et les initiatives comme MOUBADARA leur imposent un accompagnement de 6 mois, avec des ateliers qui leur apprennent ce qu'ils savent déjà».

Autant dire que les AE réfléchissent à deux fois avant de tenter leur chance avec le secteur bancaire car il y a cette idée largement partagée que les banques refusent d’accompagner les jeunes.

Malgré ce manque de confiance, plusieurs AE se sont livrés à l’exercice avec des propositions concrètes notamment sur le volet du financement. 

Un taux ne dépassant pas 2% 

Le premier axe sur lequel les AE sondés se sont prononcés concerne le taux d'intérêt qu’il espèrent. Quand ils n’évoquent pas la gratuité des crédits, ces derniers proposent un taux se situant entre 1% et 2%.

«Un taux zéro si ce n'est 1% ou 2%», propose Amina. Hanane avance quant à elle, que «le taux ne doit pas dépasser 1,5%. Le financement doit être régi par des règles très flexibles que ce soit pour la durée ou pour les pénalités». Pour argumenter sa proposition, elle ajoute qu’il ne faut pas «oublier qu'un AE ne restera pas toute sa vie dans ce statut. Une fois que le projet commencera à grandir, le changement de statut devient une obligation et là, l'Etat n'aura pas seulement sauvé un jeune du chômage mais il aura donné naissance à un investisseur qui travaillera pour le pays».

La deuxième proposition commune à presque tous les AE qui nous ont répondu: un différé de remboursement du crédit et un accompagnement ciblé.

«Profiter d'un différé d'au moins 6 mois ou plus, le temps du démarrage du projet et de souffler un peu», avance Amina. «Il faut avoir un bon délai d'un an, le temps que le projet commence à être rentable. Il faut aussi un plafond de crédit pour chaque secteur d'activité», propose quant à elle Ahlem.

Pour cet autre AE, «il faut prendre en compte le début d'un projet qui ne génère des bénéfices qu'après une durée de son lancement, d'où la nécessité de l'accompagnement. L’auto-entrepreneur a besoin d'un accompagnement pour pérenniser son projet et d'un financement qui le fera avancer au lieu d'être une contrainte qui le tirera vers le bas». 

Tarik verse dans le même sens, «un crédit s’il n’est pas sans intérêt, il doit au moins être doté d’une période de franchise et d’une durée de 5 ans ou plus avec un accompagnement».

Au-delà de ces aspects, les AE ont évoqué plusieurs autres propositions dans le cadre de la relation avec les banques et même en dehors.

Favoriser l'accès aux commandes

Un AE demande à avoir des offres de «crédits de rotation des stocks, de financement de trésorerie ou encore un crédit d'investissement».

Adil s’attaque quant à lui à la problématique du paiement en devises et demande l’élargissement du paiement en devises pour les campagnes publicitaires online (google ads, facebook ads, linkedin...). «Actuellement la dotation maximale est de 40.000 DH/an ce qui est insuffisant. Il faut l’augmenter mais surtout séparer la dotation touristique de celle qu’on utilise pour le paiement des campagnes dans ces plateformes», explique-t-il.

Enfin, certains AE ont estimé que le crédit bancaire ou le financement n’est pas forcément la solution pour soutenir les AE, ils proposent plutôt un renforcement des mécanismes d’aide d’accès aux marchés.

«Le crédit bancaire est plus une contrainte qu'une aide. Ce qu'il faudrait, c’est assouplir les règles d'octroi des appels d'offres publics, obliger les banques, assurances et pétroliers (largement profitables) à prendre comme prestataires des TPE, et donner la possibilité de saisie sur compte bancaire dans le cas de non-paiement par un grand groupe de ses créances aux TPE», propose Mehdi.

Abdessamad estime pour sa part que «la réussite de l'auto-entrepreneur ou des TPE n'est pas liée au financement, ou bien des services bancaires tels que le crédit ou bien les moyens de paiement. C'est lié à la pérennité de l'activité et au développement du chiffre d'affaires. C'est plutôt le rôle de l'Etat de garantir l'accès de cette catégorie d'entreprises aux marchés publics avec des conditions avantageuses en termes de garantie et de délai de paiement et de mettre en place des organismes dédiés à la mise en valeur de cette cible à travers la formation et l'encadrement».

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Hayat Gharbaoui
Le 25 novembre 2019 à 18h14

à lire aussi

Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM): - Températures en hausse avec temps […]

Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP
BUSINESS

Article : Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP

Derrière le succès de son émission obligataire hybride d’avril 2026, le groupe OCP révèle une équation financière complexe. Entre montée de la fiscalité, politique de dividendes, investissements massifs dans la transition verte et dans des activités hors cœur de métier, le champion des phosphates doit désormais arbitrer dans un environnement compliqué.

Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial
IDEES

Article : Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial

Un ouvrage collectif dirigé par l’anthropologue marocain Hassan Rachik propose une relecture de la période coloniale à travers un format original de dictionnaire, réunissant une vingtaine de chercheurs marocains, français et espagnols.

Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged
DIPLOMATIE

Article : Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged

On the sidelines of the Antalya Diplomacy Forum in Turkey, Algeria’s foreign minister and the U.S. president’s senior advisor for Arab and African affairs discussed several regional issues, including the Sahara. Yet behind the carefully worded Algerian statement, Washington’s support for Morocco’s territorial integrity remains clear and unchanged. Since December 2020, that position has taken on the weight of state continuity, suggesting it will endure regardless of political turnover in Washington or diplomatic initiatives from Algiers.

Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat
Santé

Article : Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat

La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.

Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
SOCIETE

Article : Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa

Les autorités ont démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité