Télé. Un dimanche soir sur 2M
La deuxième chaîne nationale nous a gratifiés ce dimanche d’une très belle soirée télévisuelle. Débat politique audacieux, documentaire culture bien senti et du cinéma bien de chez nous se sont succédé de 19h à minuit passé. Comme au bon vieux temps.
La télé marocaine, quand on l’évoque, c’est souvent pour la critiquer, taper dessus, pester sur sa programmation abrutissante, sa mauvaise gestion, ses déséquilibres financiers. Mais quand elle produit du bon, on est dans le devoir de le dire.
2M nous a offert dimanche une très belle soirée télé. De 19h jusqu’à minuit passé. Des programmes intelligents, intéressants, audacieux, stimulants.
Sexualité, politique et impôt sur la fortune
La soirée commence par Confidences de presse, l’émission de débat de notre confrère Abdellah Tourabi, une des rares plateformes de débat qui donnent encore la voix à des discours modernistes et progressistes. Dimanche, c’était le député Omar Balafrej qui est passé sur le gril, interrogé tour à tour par l’animateur et les directeurs de publication des journaux Al Massae et Al 3omk.
Le débat rebondit sur l’actualité brûlante de l’affaire Hajar Raissouni et les questions qu’elle suscite sur l’abrogation des articles du Code pénal criminalisant les relations sexuelles hors mariage, l’avortement, l’homosexualité et l’adultère. Des sujets tabous, très sensibles, que nous avons eu l’immense (et rare) plaisir de voir discuter sur une chaîne du service public.
Progressiste assumé, Balafrej est probablement le seul député à revendiquer publiquement cette volonté de réforme du Code pénal. Sur 2M, il défend en live sa position, l’explique, l’argumente. Et en darija. Il est contredit par l’animateur et les journalistes invités de l’émission, en bonne intelligence, dans le respect et le calme. Comme dans tout débat démocratique qui se respecte.
Puis, la discussion bifurque sur l’éducation, les pistes de réforme que défend Omar Balafrej, comme le choc budgétaire des 20 milliards de dirhams à tirer de l’instauration d’un impôt sur la fortune et d’une taxe sur l’héritage. Et s’achève sur la place de la gauche dans le paysage politique marocain, les (maigres) chances et conditions de sa renaissance.
Un débat politique audacieux, stimulant, qui donne à voir autre chose que le discours (populiste) ambiant, préférant caresser systématiquement le téléspectateur électeur dans le sens du poil, de peur de choquer ou de perdre tout simplement des voix…
Nayda en prime time
Passage au JT, et grande surprise de la soirée : un documentaire du prolifique Hicham Lasri qui revient sur le mouvement de la Nayda.
La culture n’a généralement aucune place dans nos chaînes. Mais ce soir, elle est fêtée en prime time. Et pas n’importe quelle culture : celle de l’urbain, de l’underground, de la rue, de L’Boulevard et des Abattoirs.
Avec son écriture perchée et intelligente, entrecoupée de scènes « Metal-Western », Lasri donne la parole à des acteurs culturels, des créateurs, des artistes et des journalistes qui ont vécu cette époque.
Le film revient sur les origines de cette « Movida » marocaine, la questionne, sans embellir la réalité, y porte un regard critique, sincère, sans tomber dans le romantisme facile ou le « c’était mieux avant ».
On en sort tout de même avec un brin de nostalgie de ces années où une folle (et très brève) énergie créative nous a explosé dans la figure, comme « une poussée d’acné sur le visage d’un ado » pour paraphraser le réalisateur, la tête remplie de questionnements sur tous ces rêves et espoirs avortés de la nouvelle ère.
« Eclats du passé »
Fin de soirée : place au cinéma. Exit les films d’action américains sentant la naphtaline. Au menu, ce soir : Eclats du passé (2003) de Mohamed Abdelkrim Derkaoui, un téléfilm présenté par la sublimissime Bouchra Alami qui nous gratifiera tout au long de ce mois d’octobre dans son émission Cinéstars d’un cycle dédié à cette figure du 7e art marocain.
Une belle occasion de (re)découvrir Derkaoui.
On en convient : il ne s’agit pas ici d’un cinéma d’auteur, Art & Essai, ce n’est pas du Gus Van Sant, du Godard intello (qu’on aimeraient bien voir un jour sur nos écrans), mais d’un réalisateur et d’un film bien de chez nous, où un Zakaria Atifi donne la réplique à Abdellatif Hilal. Où la jeune génération des Aziz Al Hattab côtoie des seniors comme Mohamed Majd ou Abdelkader Moutaâ. De la "tamaghrabit" pure et dure. Mille fois meilleure que la culture "Samhini".
La tamaghrabit, en politique, en culture comme dans le divertissement, voilà justement ce qu’une chaîne marocaine du service public doit nous donner à voir. Et c’est ce qu’a réussi avec brio 2M ce dimanche. Une soirée qui nous rappelle le bon vieux temps de cette jeune chaîne des années 1990, qui osait, qui titillait le téléspectateur, qui le nourrissait, lui donnait matière à réfléchir.
On n'aimerait qu’une chose : que ça dure.
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