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Environnement

Nouvelle décharge de Médiouna: Une association alerte sur les risques des choix techniques

Le processus du choix du gestionnaire vient d'être lancé. Selon Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre, la ville risque d'effectuer les mauvais choix et il sera alors difficile de reculer.

Nouvelle décharge de Médiouna: Une association alerte sur les risques des choix techniques
Amine Tiamaz
Le 19 juillet 2018 à 10h05 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

A environ 6 mois du choix du nouveau gestionnaire de la décharge de Médiouna, et à moins de 2 mois de l’établissement de la short-list des entreprises qui présentent les meilleures techniques de valorisation des déchets, Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre s’alarme.

Selon lui, il est inconcevable que le conseil de la ville procède à cette sélection avant d’ouvrir le débat avec les spécialistes et les universitaires d’une part, et avec la société civile de l’autre.

"Nous voulons que le débat soit ouvert à la société civile et l’ensemble des spécialistes (…) Nous ne voulons pas que le conseil de la ville choisisse une solution qui pourrait compromettre la santé de la population et le budget de la collectivité", explique le président de l’association.

L’incinération, par exemple, est "très nocive pour l’environnement, la santé et le budget".

Pour M. Ksiri, le conseil de la ville de Casablanca devrait envisager une technique de valorisation qui tienne compte des paramètres économiques, sociétaux et environnementaux de la région. D’où la nécessité de recourir aux associations, aux organisations de protection de l’environnement et aux spécialistes.

La décharge de Médiouna pendant toutes ces années

C'est la technique de l’enfouissement qui a été utilisée jusqu'ici pour gérer les déchets de la métropole. Elle est certes efficace pour se débarrasser des détritus. Cependant, elle n’est pas saine. Le lixiviat, un liquide résiduel très toxique provenant de la percolation de l'eau à travers les déchets, s’infiltre à travers la nappe phréatique.

"L’enfouissement a été utilisé à une certaine époque en Europe, je vous l’accorde, mais la technique devrait être au moins contrôlée, ce qui n’est pas le cas à Casablanca. Une géo-membrane est normalement placée par-dessus la carrière (et donc sous les déchets) pour contenir le lixiviat et l’empêcher d’infiltrer le sol. Puis le liquide est aspiré et placé dans des sacs spéciaux. Plusieurs pays étrangers ayant eu recours à cette méthode ont toujours du mal à se débarrasser des stocks de lixiviat contenus, nous explique M. Ksiri.

L’enfouissement est alors une technique, qui, même quand elle est utilisée selon les règles, reste peu concluante.

Comment font les pays européens

Un benchmark s’impose. En Europe, l’incinération est la technique la plus répandue. Les déchets sont placés dans un incinérateur, un four géant.

Le fonctionnement du four géant est assez simple. Grâce à l’énergie fossile, l’incinérateur réduit les déchets en cendres, toute en produisant de l'énergie électrique

Des systèmes d’évacuation sont mis en place pour épurer le CO2 émis.

 

L’incinérateur devait être un modèle d’innovation et de valorisation des déchets, mais les résultats ont été peu concluants.

En 2009, l’agglomération copenhaguoise avait décidé de construire un nouvel incinérateur dans la capitale. Le Danemark est aujourd’hui forcé d’importer des déchets pour fournir suffisamment de matière à l’incinérateur.

"En plus d’être énergivore, l’incinérateur nécessite beaucoup de déchets, de combustibles. Malgré le record du Danemark en Europe de 759 kilos de déchets ménagers produits par personne et par an, leur incinérateur ne peut être rentable. Le pays est alors obligé d’importer plus de déchets".

Ceci étant, pour pouvoir rentabiliser leur investissement, les usines sont dans l’obligation de signer des contrats de longue durée (entre 20 et 30 ans). Selon M. Ksiri, opter pour cette technique revient à suivre à la lettre le modèle européen. "Les pays européens essaient de changer de technique, mais sont contraints à cause de la longévité des contrats. Nous ne sommes pas obligés de suivre le même chemin, nous savons où cela mène", explique-t-il.

Le modèle ne peut donc être recommandé pour Casablanca. L’incinérateur est polluant (impossible de contenir les émissions à 100%), énergivore (énergie fossile pour la combustion), et nécessite plus de déchets que les Casablancais n'en produisent.

Les déchets incinérés produisent des cendres. Que faut-il en faire? Les jeter à la mer?

L’effet que les cendres ont sur l’écosystème marin est à craindre, selon le président de l’association. L’eau de mer sera polluée.

"En plus d’être coûteuses, les techniques d’enfouissement ou d’incinération bloquent les tentatives de valorisation des déchets et les campagnes de sensibilisation pour aboutir à un tri à la source. Selon les termes du contrat signé avec le prestataire, la commune est obligée de respecter le poids quotidien de déchets à fournir. Ce qui freine les actions réparatrices des associations. Sensibiliser les habitants d’un quartier et les pousser à trier leurs déchets, ou lancer un programme de réutilisation ou de valorisation des déchets sont considérés comme des atteintes aux clauses du contrat, et donc pas envisageables».

La position de l’association des enseignants de sciences de vie et de terre ainsi que de tous ses partenaires (l'alliance marocaine pour le climat et le développement durable, l'observatoire de protection de la nature et des monuments historique de Tanger, la COVAD) est claire: "Non seulement les deux techniques ne sont pas adaptées à la ville, sur tous les plans, mais entravent également le travail de la société civile".

Quelles techniques pour limiter la production de déchets?

Selon M. Ksiri, les déchets ont une valeur. "Nos détritus sont considérés selon les nomenclatures internationales comme étant des sources d’énergie verte (…) Pourquoi alors payer et consommer de l’énergie pour se débarrasser d’une éventuelle source d’énergie?".

La méthode la mieux adaptée au niveau local serait, selon M. Ksiri, «le séchage». Les déchets sont déposés dans une sorte d’entrepôt couvert avec des ouvertures autour pour permettre à l’air ambiant de s’introduire et circuler.

Des plantes sont mises sur le toit de l’entrepôt pour stopper l’odeur désagréable.

Les déchets sont séchés grâce aux courants d’air (l’opération dure environ 10 jours), puis compressés sous formes de blocs.

Ces blocs sont utilisés dans des usines industrielles en tant que combustible (exemple des centrales thermiques ou autres qui ont fort besoin de combustible pour produire de la chaleur).

Le séchage ne nécessite aucune source d’énergie fossile et permet la réutilisation des détritus en tant qu’alternative aux énergies fossiles.

Trop beau pour être vrai?

Que fait-on si la technique de séchage n’arrive pas à contenir la quantité de déchets produite par les Casablancais (3.200 T/jour)?

«Les 35 ha alloués par la commune au futur gestionnaire sont suffisantes pour l’entrepôt (…) Nous ne sommes pas non plus obligés de traiter tous les déchets dans un seul point. Plusieurs points de traitement peuvent être mises à disposition de la ville».

«Cette technique, en plus d’être totalement verte, peu coûteuse, peut être plus profitable si nous arrivons à recourir au tri en amont. Nous réutiliserons les déchets réutilisables et produirons de l’énergie à partir des restes».

L’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre a d’ailleurs lancé un programme intitulé «Coproduction de la propreté» visant à améliorer l’état des espaces de vie des citoyens dans les quartiers urbains, les milieux périurbains et les écoles.

67 quartiers et 66 écoles ont été impliqués jusqu’ici, 47 associations de quartier ont été formées et initiées au projet. 27 points noirs ont été éliminés parmi les 74 identifiés.

«Nous avons travaillé auprès des citoyens, nous savons que c’est possible. Malheureusement, les techniques de gestion des déchets que nous essayons d’éviter à la ville n’aideront pas à travailler auprès des citoyens».

Dans les plus brefs délais

«En tant qu’association, nous ne demandons que l’ouverture du débat, que les autorités et les responsables consultent tous les acteurs de la société civile, les universitaires et les spécialistes. Nous ne voulons pas que la commune soit catégorique par rapport à la prochaine short-list. Nous risquons de signer des contrats que peut-être le prochain gouvernement regrettera et ne pourra rien y faire».

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Amine Tiamaz
Le 19 juillet 2018 à 10h05

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